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Départ. Dégoûtés par des prix trop bas, des producteurs bios jettent l’éponge

Des agriculteurs abandonnent la production de lait bio. En cause: des prix qui ne couvrent pas les dépenses. De leur côté, des grands distributeurs viennent de baisser le montant de la brique bio en rayon.

Pierre Savoy, producteur de lait à Attalens (FR), avec le dernier veau né sur son exploitation.P. Clerc

Pauline Clerc

Pauline Clerc

4 juillet 2024 à 16:08, mis à jour à 16:13

Temps de lecture : 6 min

«Dans ce système, certains se font de l’argent sur notre dos!», s’insurge Pierre Savoy, producteur de lait encore jusqu’au 1er janvier 2025. «Après, j’arrête. C’est fini. Et je peux vous dire que c’est un soulagement!» Voilà plus de 30 ans qu’il a repris l’exploitation familiale, nichée dans les collines d’Attalens (FR). «À l’époque, en 1993, le litre de lait conventionnel nous rapportait 1,07 franc chez Cremo. Aujourd’hui, nous en tirons seulement 74 centimes, alors que nous produisons en bio. On est loin des chiffres présentés habituellement dans les médias.» Fiche de paie à l’appui, l’agriculteur pointe les nombreuses déductions opérées sur son salaire mensuel. «En mai, c’est quelque 1800 francs en moins, alors que je n’ai aucune pénalité sur la qualité du lait! Cela représente une belle somme pour une modeste structure comme la nôtre.»

Pierre Savoy et sa femme, Michèle, ont fait le choix de garder une exploitation à taille humaine de 35 vaches. «Avec l’introduction des paiements directs et la libéralisation partielle des marchés, on a encouragé les fermes à s’agrandir. Cela va à l’encontre de ma conception de la durabilité», relève le Fribourgeois, qui a longtemps bataillé pour des prix équitables. «Je faisais partie de ceux qui ont participé à la grève du lait de 2008. Pendant une semaine, je n’ai pas livré.» Il se souvient avec émotion des efforts de ses camarades de lutte, notamment ceux de Pierre-André Tombez, ancien président d’Uniterre.

En 2013, le prix du lait chute à 50 centimes. Pierre Savoy doit trouver une activité annexe. Il fait chauffeur poids lourd, cumule les semaines sans congé, et travaille parfois jusqu’à 20 heures par jour. L’idée de passer en bio émerge. «Mon père ne faisait déjà que très peu appel à la chimie concernant les cultures.» Le cap à franchir n’est donc pas si important. Le producteur entame une reconversion en 2016. Les quatre premières années se déroulent à merveille. Pierre Savoy réussit à valoriser son lait à 80 centimes le litre. «Mais depuis quelque temps, le coût des contrôles et le manque à gagner dû à certaines mesures ont eu raison d’un prix déjà en baisse», rapporte le producteur. Et les quotas livrés pour le lait équitable ne suffisent pas à compenser les pertes. L’année prochaine, l’exploitation sera reprise par un jeune producteur de lait conventionnel.

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  • Question: Si vous êtes vous-même producteur de lait bio, pensez-vous que la récente augmentation du prix du lait sera capable de couvrir vos frais?

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