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Des îlots en faveur de la biodiversité


La mise sur pied d’îlots de sénescence favorise la présence de bois mort dans les forêts, indispensable pour de nombreuses espèces. Les surfaces ne sont plus exploitées pour 25 ou 50 ans.


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Depuis le début des années 90, les objectifs de protection de la nature sont de plus en plus intégrés dans la gestion des forêts. La politique forestière actuelle cherche à obtenir une forêt aussi proche que possible de l’état naturel et qui puisse également remplir ses fonctions essentielles. La Confédération a d’abord encouragé la création de réserves forestières naturelles (sans interventions) ou particulières. La mise sur pied d’îlots de sénescence ou d’arbres-habitat est une mesure complémentaire qui va dans le même sens. Un rapport a été mandaté par l’Office fédéral de l’environnement en 2005 dans le but d’esquisser une stratégie pour la préservation du bois mort et des vieux arbres. Dans le manuel des conventions-programmes de 2008 à 2011 dans le domaine de l’environnement, les îlots de sénescence sont pour la première fois admis comme objet de subvention fédérale. Petit à petit, les cantons introduisent également ces îlots dans leurs politiques forestières.
Ils sont «une surface forestière où l’on renonce à toute intervention et dans laquelle les arbres sont laissés jusqu’à leur effondrement et décomposition complète en vue de favoriser la conservation des espèces dépendantes des vieux arbres et du bois mort (environ 25% des espèces forestières)». Ils permettent encore de mettre en réseau les réserves, souvent éloignées les unes des autres, et qui ne permettent pas un échange des populations faunistiques et floristiques garant d’un transfert génétique nécessaire au maintien des espèces. Les îlots de sénescence servent ainsi de relais.
 
Facile à mettre en place
Au niveau de la gestion et de l’approche par la population, il n’y a que peu de différences entre un îlot de sénescence et une réserve. «C’est beaucoup plus facile à mettre en place», souligne Matthieu Détraz, garde forestier pour le triage Jorat-Moudon. Et Marc Rod, garde forestier pour le Jorat, d’ajouter: «Comme dans une réserve totale, le propriétaire ne peut plus exploiter mais les décisions lui reviennent. Et c’est aussi plus confidentiel, il y a moins de monde qui gravite autour. Il s’agit simplement d’un contrat entre le canton et le propriétaire». L’objectif est de laisser aller la nature. Il est prévu d’effectuer un suivi tous les 10 ans pour voir l’évolution et l’impact de l’arrêt de l’exploitation. «En cessant l’exploitation, le but est de favoriser les organismes qui ont besoin de vieux bois pour se développer. Toutefois, il arrive parfois que d’autres espèces n’apprécient pas ce nouvel environnement et le quittent progressivement», souligne Matthieu Détraz.
 
Des endroits réfléchis
Pour installer un îlot, il faudrait trouver un peuplement proche de la nature, pour lequel il n’y a pas eu d’interventions ces dernières années et qui compte des vieux arbres et une proportion de bois mort au sol déjà conséquente. Ce peuplement doit être le plus naturel possible et doit contenir surtout des essences indigènes et une présence nul-le ou modérée d’espèces invasives. La taille minimale requise est de 0,2 ha mais une surface d’un hectare est plus intéressante pour garantir leur fonctionnalité (mise en réseau, habitat, site de reproduction). Les contrats sont signés pour 50 ans ou 25 ans avec une clause de reconduction. «En gros, il faut de vieilles forêts plus trop exploitées ou des forêts avec des espèces/milieux particuliers», explique Matthieu Détraz. «Comme pour un réseau agricole, il faut les mettre en place où ça a du sens», relève Marc Rod. Au-delà de l’aspect de la biodiversité, ils sont également attentifs au côté pratique, l’objectif étant de ne pas prétériter l’exploitation du reste de la forêt. Les limites d’un îlot sont d’ailleurs souvent données par la topographie: pente, ruisseau, chemins, etc. «De nombreuses surfaces ne sont déjà plus exploitées. Il s’agit d’endroits où il est facile de faire primer la biodiversité sur la productivité», précise Marc Rod. La forêt a 4 fonctions: biodiversité, accueil, protection et exploitation. Dans une zone d’accueil, la mise sur pied d’un îlot est délicate car le promeneur doit être prévenu qu’il entre dans une zone non exploitée.
 
Contribution unique
Aujourd’hui, les îlots sont généralement bien acceptés et reconnus comme étant indispensables pour la protection de la biodiversité. Les différents acteurs en font un retour positif. Toutefois, certaines communes ou propriétaires refusent catégoriquement. Les raisons évoquées sont souvent l’inexploitation mais aussi un braquage contre l’écologie.
Les cantons versent une aide financière unique lors de la conclusion du contrat. L’indemnité se compose de deux volets différents: couverture des coûts reconnus et dédommagement de la perte de rendement. Pour le premier poste, il s’agit d’une contribution forfaitaire pour dédommager les propriétaires des frais liés au repérage et balisage des îlots et aux surcoûts d’exploitation à leurs abords. La Confédération donne un ordre d’idée pour le montant de l’indemnisation en fonction des régions géographiques mais les cantons sont libres de définir leurs propres montants. Sur Vaud par exemple, il y a encore une différence entre les seuils de fertilité. «Nous avons choisi d’introduire des classes de fertilité, en plus des régions géographiques, car la perte de rendement n’est pas la même selon les peuplements ou l’altitude», explique Anne-Mickaëlle Golay, du Département du territoire et de l’environnement du canton Vaud. En moyenne, sur le Plateau, un propriétaire vaudois reçoit 7000 à 9000 fr./ha pour 50 ans. Le montant est un peu plus élevé pour un privé.
Sarah Deillon, 25 janvier 2019
 
 
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Quelques spécificités dans les cantons
La Politique forestière 2020 a défini des valeurs souhaitées de bois mort pour les cinq régions de production. Pour le Jura, le Plateau et le sud des Alpes: 20 m³/ha; pour les Préalpes et les Alpes: 25 m³/ha. Ces objectifs devront être atteints en 2030. C’est sur le Plateau et dans le Jura que les valeurs actuelles sont les plus faibles. Une proportion logique puisque ce sont des forêts faciles à exploiter et à travailler.
 
Berne
Sur Berne, on compte 95 îlots de sénescence, d’une taille moyenne de 2 ha. Le canton a défini une surface minimale de 0,5 ha. Les plus grands font 5 ha. Les contrats sont généralement signés pour une durée de vingt-cinq ans, plus selon la volonté des propriétaires. La participation à ces programmes est plutôt bien perçue.
 
Fribourg
Le canton totalise 27 îlots, sur une surface d’environ 102 ha. Des projets sont en cours. Les îlots se basent sur la surface minimale de 0,2 ha définie par la Confédération. Depuis 2008 toutefois, aucun îlot de moins de 0,5 ha n’a été mis en place et la moitié fait plus d’un hectare. La durée minimale du contrat est de vingt-cinq ans, mais il est préférable que ce soit cinquante ans, comme c’est le cas pour la plupart des îlots du canton. Leur importance écologique est reconnue. Ce sont généralement les forestiers qui proposent de nouveaux peuplements.
 
Genève
Les 34 îlots représentent 67 ha. Le canton se base sur les directives fédérales pour la durée des contrats et les exigences de taille. Actuellement, la forêt genevoise ne comporte que 14 m3/ha de bois mort. Un projet vise à créer la réserve naturelle forestière des Grands Bois de Satigny. «Avec près de 100 ha, il s’agit de l’une des plus grandes réserves forestières sans intervention du Plateau suisse, dédiée en particulier à la libre évolution de la forêt et à la promotion du bois mort», explique Patrik Fouvy, directeur et inspecteur cantonal des forêts.
 
Jura
Le canton dénombre une soixantaine d’îlots existants, représentant une surface de 90 ha, et une quinzaine sont en projet. Leur taille moyenne est de 1,5 ha. Les exigences de taille correspondent à celles de la Confédération (0,2 à 5 ha), la moitié des îlots fait toutefois plus d’un hectare. Les contrats ont une durée de 50 ans. En principe, ils sont répartis à raison de 1 à 4 îlots par km2. L’outil est bien accepté et permet de s’adapter aux conditions locales des propriétaires (parcellaire, topographie, etc.).
 
Neuchâtel
Actuellement, le canton dispose de 45 îlots, d’une taille moyenne de 2 à 2,5 ha et totalisant une surface de 103 ha. La fourchette de taille est de 0,2 à 5 ha. Les contrats sont signés uniquement pour une durée de 50 ans. La protection de ces îlots est laissée au bon vouloir des propriétaires qui s’y intéressent d’une manière satisfaisante de l’avis des forestiers.
 
Valais
Il n’y a pas de programme pour la conservation du vieux bois en Valais.
 
Vaud
Le canton compte actuellement 241 îlots pour une surface totale de 755 ha. La moyenne est de 3,15 ha, avec le plus petit de 2000 m2 et le plus grand de 26,5 ha. La taille minimale a été définie à 1 ha. Des projets de plus petite envergure sont possibles, mais avec une analyse au cas par cas. Les contrats peuvent être signés pour 25 ou 50 ans. Nombreux contrats sont signés plutôt pour 50 ans.
SD, 25 janvier 2019

 

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