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Le plant robert a été sauvé de justesse


Vers la fin des années soixante, le cépage plant robert allait disparaître du paysage de Lavaux. C’était sans compter avec un pépiniériste puis trois vignerons encaveurs qui l’ont sauvé in extremis en croyant ferme à son originalité et à son potentiel.
 
Quelques années avant 1970, le tracé de l’autoroute du Léman (actuelle A9) était mis à l’enquête. Cette nouvelle voie de communication allait provoquer la disparition d’une parcelle rare de plant robert appartenant au pépiniériste de Cully Robert Monnier, aujourd’hui décédé. Ni une ni deux, ce dernier décida alors de prélever la vigne afin de préserver cette variété exclusivement liée aux terres de Lavaux. Le travail de multiplication pouvait commencer, suivi de près par la station de recherche viticole de Caudoz à Pully, une sous-station de Changins, sous la houlette de Jean-Louis Simon, un chercheur qui croyait fermement en cette résurrection et en son avenir, puis de son successeur François Murisier.

Histoire et légende
Le plant robert est présent dans le vignoble de Lavaux probablement depuis environ quatre cents ans. Le premier écrit qui le mentionne date de 1785. Le plant robert (ou robez, robaz selon le patois de l’époque) est un ancien cépage rouge de la famille des gamay. L’origine du mot «robert» n’est pas connue avec précision mais il y a un apparentement avec le verbe dérober. Une légende indique même que ce serait un marchand de bois à greffer venu de France qui s’était fait dérober sa marchandise lors d’une halte dans notre région sur son chemin pour l’Italie. Mais la légende ne précise pas si le marchand s’appelait Robert!.. Quoi qu’il en soit, ce cépage est parfaitement adapté au climat et aux terres de Lavaux, il est historiquement lié à cette contrée. Il le prouve encore aujourd’hui.

Un cahier des charges très contraignant
En 1999, une poignée de vignerons encaveurs de la région ont décidé d’assurer la pérennité du cépage et de le protéger. La première étape de cette courageuse démarche a abouti à la fondation, le 30 avril 2002 à Cully, de l’Association Plant Robert-Robez-Robaz par trois vignerons encaveurs: Henri Chollet, domaine de Mermetus à Aran/Villette, Blaise Duboux, à Villette et Jean-François Potterat, à Cully. Pour atteindre son objectif, l’asso­ciation a établi un cahier des charges contraignant, toujours dans le but de garantir durablement l’authenticité du cépage plant robert et du vin du même nom.
 
Cette authenticité, dans les grandes lignes, c’est un vin à 100% issu de plant robert, entièrement cultivé et élaboré à Lavaux et des vignes ne provenant que de pépinières sises dans cette région viticole. Ces pépiniéristes sont homologués et agréés comme seuls vendeurs autorisés à commercialiser le produit de leurs vignes mères. Henri Chollet insiste sur le fait que «ce cépage est planté depuis très longtemps dans la région et que cela est vérifié de manière irréfutable». Jean-François Potterat souligne que «le travail a été considérable mais que l’équipe a eu toujours eu à cœur de réussir la résurrection de ce cépage autochtone. Sans céder à la facilité, chacun a travaillé de façon sérieuse et professionnelle, avec le soin du détail et aussi du marketing». Car, complète Henri Chollet: «Il faut apprendre à vendre un tel vin. Notre clientèle privée a besoin d’explications à la fois sur le cépage et notre démarche. Il faut qu’il y ait une histoire et des renseignements utiles». Pour Jean-François Potterat, qui s’est aussi impliqué dans le dossier Unesco, «il ne fait aucun doute que le cépage plant robert fait partie du patrimoine de Lavaux».

Les principales règles du cahier des charges établi, rappelons-le, d’une façon totalement volontaire, sont les suivantes: l’exploitation doit répondre aux exigences des prestations écologiques requises (PER); seule la taille courte est admise (cordon permanent ou gobelet); la densité minimum est de 7500 pieds minimum; le rendement maximum est fixé à 0,7 l/m2, la vigne doit être régulièrement dégrappée car le cépage est généreux. A la vendange, «le degré Œchslé minimum est fixé à 85, ce qui est exceptionnel», indique encore Blaise Duboux. Qui enchaîne: «Nous avons voulu un cahier des charges fort, mais évitant de tomber dans une réglementation trop compliquée et ne tenant pas compte du savoir-faire ancestral qui caractérise toujours nos familles vigneronnes. En clair, les aspects pratiques n’ont pas été sacrifiés au profit de règles ne correspondant pas aux besoins des praticiens. Nous avons pu aussi nous appuyer sur une grande particularité, le cépage est tellement adapté à notre région que sa floraison tombe toujours à pic».

«Swiss Certification» sur les bouteilles
Mais la démarche ne s’est pas arrêtée en si bon chemin. L’association a très vite mandaté l’Organisme intercantonal de certification (OIC), indépendant et neutre, afin de garantir le strict respect du cahier des charges par chacun des membres. L’OIC agit sous la haute surveillance du Service d’accréditation suisse (SAS). Pour le cépage plant robert, il a fallu que l’OIC crée une structure adaptée la vitiviniculture. C’était pour l’organisme la première fois qu’il était sollicité par la branche vitivinicole. «La certification du cépage et des bouteilles reste d’ailleurs encore aujourd’hui un cas unique dans cette filière», affirment les trois producteurs. Après différents contrôles tant à la vigne qu’à la cave et la dégustation, l’OIC délivre l’autorisation d’apposer la marque munie du logo «Swiss Certification» sur les bouteilles, ce que les vignerons appellent dans le jargon «facetta» (nom italien).

En fait, l’OIC dispose de personnel spécialisé pour les contrôles de la vigne, à savoir le respect de la taille courte, la densité et la charge. Le contrôle de cave s’effectue chaque année, sur les bouteilles en stock et le vin en cuve. Il est vérifié entre autres qu’il n’y pas eu d’assemblage. La commission de dégustation de l’OIC, forte de 7 membres, se réunit 4 à 5 fois par année. Là les crus doivent obtenir au minimum 80 points sur 100 pour avoir l’autorisation d’apposer le tim­bre de certification sur les cols. Par ailleurs, c’est la commune de Cully (Bourg-en-Lavaux) qui est détentrice de la marque «Plant Robert de Lavaux», marque déposée à Berne. Blaise Duboux reconnaît «qu’il a fallu quelques années de travail pour sortir le premier millésime certifié en 2006». A l’heure actuelle, 11 producteurs sont certifiés, d’autres sont encore en attente car leur vigne ou leur vin est trop jeune. Le plant robert couvre 4,5 hectares, uniquement sur le territoire de Lavaux.

Du côté de la commercialisation, pas de souci d’écoulement pour ce vin original qui se vend comme des petits pains le moment venu. Les producteurs ont une belle clientèle privée qu’ils privilégient. Il faut ajouter à cela quelques restaurateurs vivement intéressés qui tiennent à proposer sur leur carte des vins qui sortent de l’assortiment traditionnel. La plupart de ces restaurateurs ont leur établissement dans la région mais quelques-uns œuvrent à l’étranger (à Paris par exemple) où ils servent non sans fierté des bouteilles estampillées Plant Robert. A noter que le cahier des charges n’autorise la commercialisation de ces crus qu’à partir du 1er septembre de l’année suivante. C’est encore ici une contrainte que les vignerons ont choisi eux-mêmes d’appliquer.

Un vin particulier
«La couleur du vin affiche un solide rubis, voire un rubis foncé. Au nez, des notes de cerise, entre la griotte et la cerise noire. En bouche, le vin est épicé avec une note poivrée en finale, peu acide mais bien tendu. Dynamique, de caractère, il bénéficie aussi d’une belle rondeur.» Après avoir fait cette description, Blaise Duboux précise: «Le cahier des charges n’impose pas de critères précis pour la vinification, elle est libre, chacun y va de sa touche personnelle. Le plant robert est un cépage réducteur. Le bois, de préférence dans un gros contenant, lui convient bien mais sans excès.
Michel Pilet, 4 septembre 2015

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Les membres certifiés à ce jour

L’association compte aujourd’hui 11 membres qui ont passé par l’étape de la certification: des communautés publiques, une coopérative et des privés. Il s’agit de la commune de Corcelles-Payerne, de la commune de Bourg-en-Lavaux (Cully), de l’Union vinicole Cully, de Marianne Monnier, Cully, Jean-François Chevalley, Cully, Hervé et Vincent Chollet, Aran, Blaise Duboux, Epesses, Patrick Fonjallaz, Epesses, Yves-Alain Perret, Lutry, Jean-Daniel Porta, Aran, Jean-François et Jacques Potterat, Cully.
MP, 4 septembre 2015


 

 

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