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La génétique sans cornes prend racine

La génétique sans cornes prend racine


La popularité des animaux portant le facteur génétique sans cornes commence à grimper dans l’élevage laitier, en lien avec une offre génétique de meilleure qualité.

 

De Bettina dans les années 1990 au tout jeune Melon né ce printemps, l’étable de Charles Bachmann à Combremont-le-Petit a vu se succéder plusieurs générations de bovins ayant en commun une particularité encore peu répandue dans l’élevage laitier: l’absence génétique de cornes. Une caractéristique naturellement présente dans certaines races de bovins à viande et qui commence à faire son chemin auprès des éleveurs laitiers auxquels elle épargne la con­trainte de l’écornage.

 

Intérêt récent
Chez l’éleveur de Combremont-le-Petit, tout a commen­cé par hasard avec l’achat de Bettina, une génisse dépourvue de cornes. Elle donne plusieurs veaux femelles dont Sabrina, née en 1991, sans cor­nes mais avec des «rudiments» de cornes à peines visibles. Puis vient Milady, avec cor­nes. Inséminée avec Perplex, un taureau d’origine allemande portant le gène «sans cornes», elle donne naissance à Hornless Perplex Mikey en 2004. Porteur du gène «sans cornes» de manière hétérozygote, ce taureau peut potentiellement donner 50% de descendants sans cornes hétérozygotes (lire l’encadré ci-dessous: Transmission génétique). Char­les Bachmann élève ce taureau et lui fait faire une saison de saillies en monte naturelle dans quel­ques troupeaux de Red Holstein en 2005.

 

Mais à l’époque, l’intérêt pour la génétique sans cornes est minime. «Les éleveurs me disaient qu’ils avaient bien le temps d’écorner, que l’intervention ne leur posait pas de problème», se souvient Char­les Bachmann. L’éleveur a le sentiment d’être arrivé une dizaine d’années trop vite avec ses bêtes sans cornes. D’autant qu’il ne parvient pas à obtenir un reproducteur homozygote pour établir le caractère sans cornes dans son troupeau. Et Charles Bachmann a de quoi avoir des regrets. Aujourd’hui, la génétique sans cornes se répand à vitesse grand «v», à l’étranger et la Suisse devrait suivre.

 

Gain de temps et d’argent
Swissgenetics, leader sur le marché dans le domaine de l’insémination artificielle, con­firme que la demande pour les taureaux sans cornes prend de l’importance. «Il y a dix ans, le téléphone sonnait trois à quatre fois par an pour de semences de taureaux génétiquement sans cornes. Aujour­d’hui, c’est toutes les deux semaines», indique Jürg Stoll de Swissgenetics. «La raison est en partie à chercher dans la politique agricole et le renforcement de la protection des animaux, notamment en ce qui concerne l’écornage.»

 

Car les cornes n’ont plus d’utilité. Autrefois précieuses pour la traction animale, elles sont aujourd’hui considérées comme gênantes voire dangereuses. Généralisation des stabulations libres, augmentation de la taille des troupeaux, sécurité de ceux qui manient les bêtes... autant d’arguments pour faire tomber des cornes! Près de 90% du cheptel laitier doivent ainsi être écornés à la naissance. Mais l’écornage n’est pas une opération anodine. Depuis 2006, elle se pratique sous anesthésie locale. L’éleveur qui souhaite écorner ses veaux doit en plus être au bénéfice d’une attestation de compétence. «L’écornage prend du temps et ne paie pas», illustre Samuel Girard, éleveur à Cheiry. En épargnant ce travail aux éleveurs, la génétique sans cornes fait gagner de précieuses heures et de l’argent. L’argument n’est pas négligeable dans des troupeaux dont la taille va croissant.

 


Melon est le dernier-né sans cornes de l'élevage Bachmann.
Avantage pour l’homme, mais aussi pour l’animal. «Eviter l’écornage, pour le veau, c’est le top: plus de stress, de douleurs, de ris­ques d’infection, etc. On ne peut que le recommander», affirme Maria Ruiters, vétérinai­re au Service sanitaire bovin.
 
Argument de vente
Pour répondre à cette nouvelle demande, Swissgenetics vient d’inclure Parma-ET PP, un taureau Red Holstein sans cornes homozygote dans son offre standard. Doodoo, un taureau hétérozygote porteur du facteur rou­ge est également disponible, avec l’avantage d’appartenir à une très bonne famille d’élevage. Prochainement, Delect, Atwell et Major, trois taureaux Red Holstein seront également proposés au catalogue. Pas d’emballement toutefois, du côté de Swissgenetics. «Les Etats-Unis et l’Allemagne se lancent très vite dans la génétique sans cornes. Il faut tout de même veiller à ne pas perdre ce que l’on a sélectionné ces trente dernières années», avertit Jürg Stoll.
 
Pour les centres d’insémination ou pour des éleveurs de mâles reproducteurs, la génétique sans cornes peut déjà s’imposer comme un argument de vente.«A génétique ou génomique égale, l’acheteur choisira le taureau sans cornes de préférence à un autre», indique Samuel Girard, également membre du groupe Swissbec génétique, actif dans la sélection génomique et la production de génétique Holstein de pointe.
 
Offre de qualité
Selon Samuel Girard, la génétique sans cornes est vouée à se se répandre dans les troupeaux suisses. «D’ici cinq à dix ans, les acheteurs de mâ­les pour les centres d’insémination verront même comme un défaut d’avoir des cornes», prédit Samuel Girard. «C’est pourquoi nous travaillons fortement à obtenir d’excellents mâles sans cornes.»
 
Car pour s’établir, la génétique sans cornes nécessite, au-delà de la curiosité ou de la conviction des éleveurs, une offre en reproducteurs de qualité. Lorsque le caractère sans cornes est présent chez des taureaux de bon niveau génétique, il peut faire partie des buts d’élevage et se répandre dans les troupeaux suisses. «Aux Etats-Unis, la génétique sans cornes n’a pas été autant travaillée que la génétique conventionnelle et conserve des petits défauts en tendan­ce, par exemple moins de lait, des taux faibles en protéine et matière grasse ou une morphologie moins complète. Mais ces dernières années, une immense attention a été mise pour accoupler les géniteurs sans cornes avec les meilleurs animaux de la race. La locomotive génétique sans cornes est en route», conclut Samuel Girard. Il ne reste plus qu'aux éleveurs à prendre le taureau… par les cornes.
Elise Frioud, 20 setembre 2013
 
 
TRANSMISSION GÉNÉTIQUE
 
Les taureaux porteurs du caractère sans cornes sont désignés par un P, de l’anglais «polled», qui signifie absence génétique de cornes. Le caractère absence de cornes P est dominant par rapport à l’état cornu désigné par un p. Un taureau avec cornes est toujours porteur de deux gènes p (homozygote pp). Un taureau sans cornes porte les gènes PP ou Pp. Un taureau PP ne donne que des descendants sans cornes, quel que soit le génotype de la mère. Un taureau Pp donnera 50% de veaux sans cornes (Pp) avec une femelle cornue pp et 75% de veaux sans cornes avec une femelle sans cornes Pp, dont 25% seront à leur tour homozygote (PP).

ÉF, 20 setembre 2013

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«UN AVANTAGE INDÉNIABLE EN ÉLEVAGE ALLAITANT»

 

Interview
Claude Baehler
Vice-président
 
Vache mère Suisse
 
La génétique sans cornes commence à intéresser en élevage laitier. Se répand-elle également dans l’élevage allaitant?
Oui, depuis peu, elle se répand dans les principales ra­ces allaitantes présentes en Suisse, c’est-à-dire la Simmental, la Limousine et la Charo
laise. Elle est en discussion pour l’Aubrac. Les races Angus, Galloway et Luing sont même naturellement sans cor­nes depuis longtemps.
 
Quels avantages apporte ce caractère pour les éleveurs?
La sécurité et la facilité surtout. A la naissance, il est encore facile de faire des soins aux veaux. Par contre, au moment de pratiquer l’écornage, les veaux sont déjà nettement plus farouches. L’éleveur qui a recours à la génétique sans cornes s’épargne donc cette intervention. Et plus tard, on constate aussi que les animaux sans cor­nes sont aussi plus calmes en troupeau.
 
En misant sur la génétique sans cornes, ne risque-t-on pas de voir disparaître toutes les vaches à cornes?
Je pense que les éleveurs qui aujourd’hui trouvent les cornes embêtantes y feront davantage recours, pour les raisons que je viens de mentionner. Par contre, si un éleveur veut garder des vaches avec des cornes, il trouvera toujours un géniteur cornu pour maintenir ce caractère dans son troupeau. Et dans certaines races, comme chez les Highland par exemple, la génétique sans cornes n’entrera sans doute jamais en ligne de compte.
Propos recueillis par Elise Frioud, 20 setembre 2013

 

 

 


 

 

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