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De l'eau de pluie pour toute la ferme


Récupérer l’eau de pluie pour son rural et sa maison séduit certains agriculteurs. C’est le cas de Stéphane Guillaume qui a fait le pas pour des raisons écologiques.


28_Point fort


Stéphane Guillaume, agriculteur bio à La Côte-aux-Fées, se souvient du goût de l’eau provenant de la citerne de ses grands-parents, sans arôme de chlore. Ce goût, il peut le retrouver aujourd’hui grâce à l’installation de récolte d’eau de pluie qui équipe sa ferme depuis l’automne dernier.


Le recours à l’eau de pluie ou/et à l’eau de source n’est pas une solution archaïque, loin de là. De nombreux chalets d’alpage y recourent, à défaut d’être raccordés au réseau, explique Guy Raymond, de ProConseil.
 
 

Stéphane Guillaume devant le filtre et les pompes.
 
 
Si cette source d’approvisionnement tend toutefois à diminuer grâce à l’extension du réseau, d’autres font le chemin inverse, quittent les services d’approvisionnement communaux pour s’équiper en installation de récolte d’eau de pluie. C’est le cas justement de Stéphane Guillaume qui s’y est lancé à l’occasion de la réfection de son rural en 2014 afin d’approvisionner son exploitation de 25 vaches allaitantes en Simmental croisées Angus et  42 ha dont 37 en SAU de prairies et pâturages.

L’agriculteur de la Côte-aux-Fées a fait un choix plus rare: son installation fournit également l’eau potable pour la consommation courante de sa famille. «Cela fait quelques années déjà que je m’intéressais à l’utilisation de l’eau de pluie. Mon projet concernait l’approvisionnement du rural et lorsque l’installateur du système Alain Delplanque m’a proposé d’y inclure l’appartement, j’ai été plutôt sceptique.» Stéphane Guillaume accepte toutefois de faire le pas et après  huit mois d’usage, sa femme, ses trois enfants, son employé et lui-même s’y sont fait.

Mais pourquoi ce choix en l’absence de problème d’approvisionnement particulier? Ce n’est pas pour des raisons financières, car Stéphane n’a pas calculé en détail le gain en monnaies sonnantes et trébuchantes qu’il pourrait éventuellement retirer de son opération. «C’est plutôt une question de philosophie. Peut-être qu’en tant qu’agriculteur bio, certifié bourgeon depuis 2014, je suis plus sensible à l’utilisation des ressources naturelles sur l’exploitation. Dans le même ordre d’idée, cela permet de se passer de produits de traitement de l’eau. D’autre part, on parle beaucoup des problèmes de pénuries d’eau potable dans le monde et j’y suis sensible, même si on ne peut pas dire que nous en souffrons dans nos régions.»
 
 

Stéphane Guillaume avec sa femme Karin et ses enfants
Yann (à gauche), Elena et Mikael, toutes et tous à l'eau de pluie.

Citerne en béton

Quant au prestataire, c’est l’entreprise d’Alain Delplanque qui a recueilli les suffrages de Stéphane Guillaume. Deux citernes en béton de 20 000 litres chacune sont enterrées sous une aire de parcage couverte: «J’ai toujours entendu que le béton est meilleur pour la conservation de l’eau, en qualité et dans la durée», informe Stéphane Guillaume. Sans oublier le goût en comparaison d’une eau stockée dans une citerne en polyester.


Deux filtres assurent la qualité de l’eau, un premier à sédiment pour l’eau de la ferme et un deuxième au charbon actif plus fin pour le ménage. Le premier doit être changé tous les six mois au maximum, le deuxième, chaque année pour un coût annuel de 75 francs.
 
Des volumes suffisants
L’eau est recueillie depuis un des pans du toit de 30 x 15 mètres, couvert de tuiles en béton, puis d’un avant toit et des deux pans du parking, le tout pour une surface d’environ 500 m2. Stéphane Guillaume a renoncé à brancher l’autre pan du toit principal car les volumes suffisaient déjà et le raccordement supplémentaire s’avérait plus compliqué. Mais l’extension reste possible.

 

Deux pompes alimentent le rural et l’habitation. Le système est sous alarme en cas de problème. L’installation complète et les travaux ont coûté environ 48 000 francs. La ferme reste branchée sur le réseau de la commune, en respectant la condition stricte qu’il ne puisse pas y avoir de retour de l’eau de pluie dans les conduites du service public.


Du côté des autorités communales, on réfléchit à un règlement car les installations publiques sont financées par les usagers. Si l’idée des Guillaume faisait trop d’émules, on peut imaginer le manque à gagner. En attendant, Stéphane ne sait toujours pas comment il sera taxé pour la consommation d’eau de la commune.

En fonction depuis le 22 octobre, l’installation donne satisfaction. «Nous apprécions l’eau sans calcaire. On voit la différence avec les machines et les surfaces en verre.» Stéphane Guillaume a été très surpris de la vitesse à laquelle les citernes se sont remplies. «En un dizaine de jours, elles étaient pleines à 80%.» Il faut se souvenir que l’automne dernier n’a pas été des plus secs.
Pierre-André Cordonier, 10 juillet 2015
 
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LES PRESTATAIRES EXISTENT

Beaucoup de chalets d’alpage s’approvisionnent en eau via une source ou l’eau des toits tout en étant parfois raccordés au réseau. A Vaulion, près de la vallée de Joux, il y aurait 6 ou 7 fermes avec habitation qui n’auraient recours qu’à l’eau de pluie ou de source; certaines d’entre elles fabriquent du fromage ou de la viande, explique Guy Raymond, de ProConseil. Elles sont en général équipées d’anciennes citernes en béton.

Cette solution est aussi fréquente dans le canton du Jura, là où l’eau se fait rare, relève Baptise Huelin, de la Chambre jurassienne d’agriculture; «mais pour l’eau potable, c’est un peu plus rare.»
 

Aussi pour l’eau potable

Plusieurs entreprises proposent des cuves en polyester, en inox ou en béton. Ainsi Rovagro vend sur commande, sans installation ni équipement annexe, une gamme de citernes en polyester à enterrer, pour des volumes allant d’un peu plus de 1000 litres à près de 4500 litres. «Les commandes sont plutôt rares, explique Ricardo Lamego, employé à Rovagro, et elles concernent le plus souvent l’approvisionnement de la ferme. Mais nous avons aussi des clients qui s’informent à propos de l’eau potable.»

Ernest Roth, à Porrentruy, a plus de succès, selon Frédéric Parmentier, responsable du magasin. La société propose sur commande et sans installation des citernes en polyéthylène depuis 4 ans, souples ou à enterrer, d’un volume allant de 2500 litres à 15 000 litres en monobloc ou jumelée, accompagnée ou non de la pompe et de la centrale de gestion, qui règle notamment la prise sur le réseau en cas de débit insuffisant. Ernest Roth en vendait une par année au début. Il en est à une vingtaine en 2014. Pourquoi ce succès subit: «L’augmentation du prix de l’eau est la première raison», relève Frédéric Parmentier qui affirme qu’une bonne partie des citernes vendues fonctionnent à l’eau de pluie.
 
 


Filtre à gravier et à sable

Paul Hutmacher, à Soubey, dans le canton du Jura, a fait un autre choix. Sa ferme isolée, abreuvée par deux anciennes sources, devait revoir son approvisionnement. Les coûts pour se raccorder au réseau ou se relier à d’autres sources étant prohibitifs, il décide, sous les conseils du groupe d’étude RWB à Porentruy, d’améliorer le captage et la turbidité de la deuxième source. Le groupe RWB installe le filtre KLS, développé par la société Etertub à Bilten (Glaris). Le principe: un caisson cylindrique en polyéthylène contenant plusieurs compartiments. L’eau passe par gravité (pas de pompage) dans un ou deux compartiments contenant du gravier en filtration rapide, suivent deux étapes de filtration lente (12 heures) au travers de sables. Les travaux d’entretien se limitent au rinçage gravitaire du filtre à graviers (environ une fois tous les 2 mois) et au raclage manuel environ une fois par année des quelque 2 centimètre de sable à la surface du premier filtre lent.


Plusieurs fermes sont déjà équipées en Suisse de ce système. Paul Hutmacher a été soutenu par différentes aides afin d’amortir le coût du filtre élevé à 50 000 francs. L’eau est stockée dans l’ancienne citerne en béton de 12 000 litres et la ferme utilise 3000 litres d’eau par jour. Toute l’installation est enterrée.
PAC, 10 juillet 2015

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INTERVIEW

«Il faut redécouvrir les vertus de l’eau de pluie»
 
 

 

Alain Delplanque
Technicien de l’eau
Domdidier

> Pourquoi utiliser de l’eau de pluie dans un bâtiment?
L’eau de pluie est naturellement douce, sans calcaire. L’eau de votre toiture passe au travers de quatre étapes de filtration mécanique, 440 μ avant citerne puis 100 μ à l’aspiration avec une crépine flottante, aspirant l’eau toujours dans une zone claire, et un filtre à sédiment de 25 μ couplé à un filtre à charbon actif. En option, un osmoseur qui filtre à 0,0001 micron est posé pour l’eau de boisson et de cuisine. Enfin, il reste la stérilisation aux UV s’il faut traiter toute l’eau de la ferme comme eau potable. La plupart du temps, les deux premières solutions sont largement suffisantes pour assurer une bonne qualité de l’eau. L’eau de pluie contient nettement moins de charges polluantes que ce que l’on constate dans l’eau des villes et sa légère acidité est neutralisée par la citerne en béton. En fait, les réticences du public sont d’ordre psychologique. En 17 ans d’expérience, je n’ai été informé d’aucune gastro-entérite due à l’eau de pluie filtrée correctement.

> Effectuez-vous des contrôles?
Pour obtenir la qualité et la sécurité désirées, il faut une visite de maintenance annuelle et changer les cartouches de filtration – chaque six mois pour le 25 μ car il filtre 300 m3 durant cette période – et effectuer la stérilisation de l’osmoseur. Le client nettoie le pré-filtre de 440 μ tous les un ou deux mois et la citerne entre 5 et 10 ans.

> Vous proposez des citernes en béton.
Effectivement, c’est la matière la plus stable et de plus meilleur marché que  l’inox et le polyester. Le nettoyage en est plus aisé.

> Qu’en est-il de la durée d’amortissement des installations?
L’amortissement se fait déjà sur le nettoyage et la longévité prolongée de 30% des appareils de lavage et de production d’eau chaude. Auxquels il faut rajouter 50% d’économie sur les produits à lessive. Notre concept est entièrement automatique et conforme aux normes EN 1717 et DIN 1989. Selon mes calculs, une installation peut être amortie entre 5 et 7 ans en comptant toutes les économies et l’accès immédiat à l’eau douce pour un ménage et plus rapide pour une ferme (600 m3 ou plus selon le captage).

> Et le remplacement des installations?
Mes citernes en béton sont garanties dix ans, mais elles durent une vie d’homme. Le reste du matériel est garanti sur deux ans, mais une pompe dure de 10 à 15 ans, voire plus.

> L’eau de pluie ne manque-t-elle pas de minéraux?
Les minéraux, vous les avez dans les aliments. C’est la publicité qui nous fait croire qu’une eau minéralisée est indispensable.
Propos recueillis par Pierre-André Cordonier, 10 juillet 2015

 

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