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Abandon des fongicides en point de mire


«Viticulture: objectif zéro traitement. »Sur le site Internet d'Agroscope, onglet Magazine en ligne et rapport annuel, s'affiche cette visée de renoncement aux traitements. Qu'en est-il ? Questions dans les milieux de la recherche et de la pratique.


Vigne


«L'introduction de l'oïdium en 1845 puis celle du mildiou en 1878 frappa de plein fouet la vigne européenne dont la sélection naturelle séculaire n'avait pas évolué avec ces pathogènes». Le problème (AMTRA, Agroscope, 2014) est bien connu. La solution proposée par les spécialistes : introduire des gènes de résistance aux maladies et aux ravageurs par hybridation avec des espèces ou des variétés résistantes. On le fait depuis la fin du 19e siècle. Après quelques déboires en France avec Vitis labusca, la découverte de Vitis orientales et américaines redonne un nouvel élan.

Investigations des stations

La photo qui accompagne le credo anti-traitement montre la phyto-pathologiste Katia Gindro et le chercheur viticole Jean-Laurent Spring. Voyons ce qui les occupe ! «Zéro traitement... oui, il s'agit surtout des fongicides. En viticulture, c'est le vrai problème, en qualité comme en quantité, car ils peuvent impacter les moûts. L'herbicide, c'est très peu de chose, et puis l'insecticide, bien sûr s'il faut combattre la cicadelle pour empêcher une flavescence...!». Jean-Laurent Spring, chef du groupe de recherche en viticulture à l'Agroscope de Pully, confirme son approche de sélectionneur de cépages interspécifiques résistants en utilisant sa collection de cépages tous azimuts, en particulier les espèces américaines rupestris et aestivalis, ainsi que la chinoise amurensis.
 
L'agronome et ses collaborateurs planchent d'abord sur la résistance à la pourriture grise (Botrytis), principal pathogène de la vigne en Suisse, en créant les Gamaret, Garanoir, Diolinoir, Carminoir, Galotta... complétés récemment avec Carbenello, Cornarello, Gamarello, Merello et Nerolo. S'attaquant à la résistance au mildiou et à l'oïdium, l'équipe de Pully sort en 2013 le Divico. Cette variété rouge, issue d’un croisement en 1997 entre Gamaret et Bronner, met en jeu des mécanismes internes de défense bien performants, via une synthèse de dérivés fongicides naturels.
 
L'approche du processus de blocage anti-champignon intéresse la pathologiste Katia Gindro. Celle-ci met au point des tests pour sélectionner les meilleurs candidats dotés d’une résistance au mildiou. Par ailleurs, la chercheuse d'Agroscope s'investit dans l'exploitation de la guerre chimique que se livrent les champignons comme source de molécules antifongiques utilisables aussi bien en médecine qu'en agronomie. Pour  revenir aux travaux de Jean-Laurent Spring, on le retrouve aux «effeuilles» sur le thème «Intensité et précocité de l’effeuillage sur vigne de Chasselas dans le canton de Vaud». Avec comme avantages, un meilleur état sanitaire et le développement qualitatif des vins en arômes et en polyphénols; sans omettre les risques qui en découlent : échaudage et coulure.

Réactions vigneronnes
«Intéressant pour toute la viticulture, bio comme conventionnelle. Cette année, par exemple, zéro traitement dans mon Divico et zéro taches de mildiou, alors qu'elles sont présentes dans les vignes traitées», s’enthousiasme le viticulteur bio Reynald Parmelin, du Domaine La Capitaine à Begnins. La demi-douzaine de vignerons consultés apprécient l'approche de la recherche en matière de cépages résistants. Le Divico, trop récent sur le marché des plants, et encore plus sur celui des vins, laisse parfois une certaine méfiance. «En Suisse Romande, et encore plus près de la frontière française, ça va être difficile de régater avec les cépages traditionnels qui ont et garderont la faveur du consommateur, mais je continuerai d'en planter», avance Willy Crétegny, au Domaine (biologique) de la Devinière à Satigny (GE).
 
Noé Graff, au Domaine Le Satyre à Begnins (VD), se montre assez émerveillé et sort illico une bouteille de la première récolte (environ dix ares!) de sa cave. Nous admirons la jolie noirceur de la robe et nous nous laissons surprendre par une belle présence de tannins qui donnent un côté un peu sauvage à ce vin, des tannins mûrs, non agressifs, qui promettent une belle garde à ce frais millésime. Sur le sujet phare de nos lignes, l’abandon des fongicides, l'optimisme se fait plus tempéré. «On aura bien de la peine à se passer du cuivre, mais il faudra apprendre à l'utiliser d'une façon beaucoup plus intelligente», sourit Willy Crétegny, référence à la fiche technique du Divico: «résistance élevée au mildiou et au botrytis, moyenne à l’oïdium. Un à trois traitements contre le mildiou et l’oïdium sont préconisés en fonction de la pression des maladies durant la période floraison». Zéro traitement reste l'objectif prioritaire... «sachant que traiter n’est pas intéressant, coûte et prend du temps, chaque vigneron s'en passe volontiers!», dixit Parmelin, réjouit de voir arriver prochainement un Divico blanc.
Bernard Messerli, 17 août 2018



 

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