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Les lombrics, ces infatigables ouvriers


Les sols regorgent d’organismes vivants. Parmi eux, les lombrics occupent une place centrale, en apportant de nombreux avantages agronomiques. Par leurs pratiques, les agriculteurs peuvent favoriser leur développement.


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Sur l’ensemble de la surface de la terre, il existe plus de 7000 espèces répertoriées de vers de terre. En Suisse, on en dénombre une quarantaine. Leur présence varie selon les milieux. Ils se plaisent dans les sols mi-lourds et n’apprécient ni les terres trop argileuses ni les milieux trop sableux. Ils sont également sensibles à l’acidité du sol: dans les tourbières, seules quelques espèces spécifiques survivent. Comme ordre de grandeur, les terres agricoles peuvent abriter de quelques individus à 500 vers par mètre carré. Dans de bonnes conditions et si la nourriture est suffisante, la barre de 1000 individus/m² peut même être atteinte (lire ci-dessous).
    
Types de vers
Les vers vivant sous la surface du sol sont répartis en deux groupes distincts: les endogés et les anéciques.

Les espèces endogées sont dépourvues de pigments; les vers sont souvent pâles, voire transparents. Supportant très mal l’exposition à la lumière solaire, ils vivent dans les premiers centimètres du sol, où ils creusent un réseau de galeries horizontales. Les endogés constituent environ 20% de la biomasse lombricienne du sol.

Les anéciques représentent les 80% restants de la biomasse des vers de terre. Leur couleur brune à rougeâtre les rend moins sensibles à la lumière que les endogés. Ils creusent des galeries verticales qui peuvent atteindre 3 voire 4 mètres de profondeur pour un diamètre pouvant dépasser un centimètre. Avec une longueur comprise entre 15 et 45 centimètres, ils sont plus grands que les endogés. Le plus célèbre des anéciques est sans conteste le lombric commun: Lumbricus terrestris.
   
Labour et structure du sol

Parfois appelés architectes ou ingénieurs du sol, les vers de terre modifient leur habitat dans un sens qui leur est favorable, mais qui profite également aux plantes, aux bactéries et aux champignons.

Les vers influencent la structure du sol par leurs activités d’excavation, d’excrétion de macro-agrégats et d’ingestion de matière organique. Non seulement les galeries qu’ils creusent permettent d’aérer le sol, mais elles constituent également des chemins préférentiels pour les racines des plan­tes, l’eau et les autres organismes du sol (bactéries, champignons, acariens, etc.). Les terres contenant beaucoup de vers ont une plus grande capacité d’absorption, de stockage, d’infiltration et de drainage de l’eau, ce qui contribue fortement à empêcher le ruissellement et l’érosion.

Du mucus, de l’urine et des fèces sont déposés sur les parois des galeries et leur con­fèrent des propriétés biochimiques particulières. En excrétant du mucus et en mélangeant intensivement la matière organique avec des particules minérales du sol et des micro-organismes, les vers de terre forment une structure grumeleuse stable qui contribue à diminuer la battance des sols et à les rendre plus faciles à ameublir.
   
Humification et fumure
Selon les sols, le climat et les espèces de lombrics, on estime entre 40 et 100 tonnes de turricules (les petits monticules de terre rejetée par les vers) qui sont excrétés par an et par hectare. Autrement dit, toute la terre d’un jardin ou d’un champ passe dans le tube digestif des lombrics en une cinquantaine d’années. Leur biomasse est telle que dans un champ cultivé, les chercheurs estiment que tout le sol sur l’épaisseur d’un soc de charrue est passé au moins une fois dans leur tube digestif en moins de cinq ans.

Les anéciques se servent en déchets végétaux à la surface pour les tirer en profondeurs dans leurs galeries, où ils les ingéreront. Dans les champs, ils incorporent au sol jusqu’à 6 tonnes de matière organique morte par hectare et par année, participant ainsi grandement aux processus de formation d’humus et de minéralisation de la matière organique.

Cette activité d’ascenseur induit des échanges entre les différents horizons du sol. En enfouissant des résidus végétaux, les lombrics participent à la lutte contre certaines maladies, comme la tavelure du pommier, dont le champignon pathogène subit une décomposition biologique lorsqu’il est enfui.

Les turricules concentrent l’humus et les sels minéraux directement assimilables par rapport à la matière environnante. Ils contiennent notamment quatre fois plus d’azote, sept fois plus de phosphore, onze fois plus de potasse, trois fois plus de magnésium, deux fois plus de calcium. Du fait du passage de la terre dans le tube digestif du ver, ces turricules sont enrichis en bactéries qui rendent les nutriments immédiatement disponibles pour les racines des plantes avoisinantes, qui s’y approvisionnent en priorité. Les déjections des lombrics sont un véritable concentré d’engrais naturel prêt à l’emploi.
   
Activité saisonnière

L’hiver, les vers de terre se réfugient dans les parties non gelées de leurs galeries. En mode «veille», ils y attendent que la température monte. Ils n’apprécient pas non plus les conditions chaudes et sèches de l’été. Pour lutter contre les chaleurs estivales, ils s’enrou­lent sur eux-mêmes et diminuent drastiquement leur activité jusqu’à ce que la fraîcheur et l’humidité reviennent.

Ils sont ainsi beaucoup plus actifs au printemps (mars-avril) et en automne (septem­bre-octobre). Ce sont également ces périodes qui sont propices à leur reproduction. Le développement des vers de terre peut être considéré comme lent.

Contrairement à une croyance largement répandue, un ver de terre coupé en deux ne peut pas donner deux organismes viables. Tout au plus, suivant le lieu de la coupure, la partie antérieure pourra survivre.
Vincent Gremaud, 25 mai 2018


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DIMINUER LE TRAVAIL DU SOL

Des recensements montrent généralement que le nombre de lombrics est beaucoup plus réduit dans les parcelles agricoles labourées. En un siècle, certains terrains sont passés de 2 tonnes de vers de terre à l’hectare à 50 kg voire moins.

Selon le moment où on les emploie, les charrues et les herses rotatives peuvent provoquer une hécatombe parmi les vers de terre, le taux de mortalité atteignant jusqu’à 25% après un labour et même 70% après un passage de herse rotative.

Si le recours à ces machines s’avère nécessaire, il convient d’éviter de les utiliser lors des périodes d’activité intense des vers de terre (avril-mai et septembre-octobre). L’idéal serait de travailler le sol lorsque celui-ci est sec et froid. Dans ces conditions, les anéciques se réfugient dans les couches plus profondes, où ils sont à l’abri des machines de préparation du sol.


 
Sensibles au tassement et aux traitements
Les lombrics se développent mal dans les terres compactées ou inondées. Si un labour est nécessaire, il est préférable d’opter pour une charrue horsraie (avec laquelle le tracteur n’a pas à rouler dans le sillon) afin de limiter le tassement des couches profondes du sol. Il est également important de ne pénétrer dans les parcelles que lorsque le terrain est bien ressuyé et portant.

Il est conseillé d’adapter la mécanisation de manière à réduire le plus possible la pression sur le sol. Plus les machines sont lourdes plus le compactage du sol augmente et influence négativement le nombre de vers de terre et des autres êtres vivants. L’utilisation de pneumatiques larges permet aussi de prévenir le tassement.

Même si l’impact des différents produits phytosanitaires homologués sur les organismes du sol reste encore largement méconnu, des études ont mis en évidence l’effet négatif de certains de ces produits sur les populations de vers de terre. L’agriculture biologique n’est pas épargnée, puisqu’il a été démontré que le cuivre (bouillie bordelaise) nuisait aux lombrics.
VG, 25 mai 2018
 

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DES COUVERTS POUR NOURRIR LES VERS

L’alimentation des vers de terre est décisive pour leur développement. Un approvisionnement abondant et diversifié du sol en débris végétaux y contribue de manière importante. De même, une rotation culturale variée avec des dérobées ou des engrais verts riches en légumineuses, de longue durée et à enracinement profond favorise le développement des vers.

Lors d’un essai, l’épandage de fumier solide de bovin, dans une proportion de 50 tonnes par hectare et par année, a augmenté le nombre d’anéciques de près de 250%. Leur nombre a même dépassé 1000 individus/m², ce qui représente 5 tonnes de vers de terre à l’hectare.

Comptage des lombrics
Il est possible d’estimer approximativement le nombre de vers de terre de ses sols. Pour ce faire, deux techniques existent: le test à la bêche ou le décompte des turricules. La première méthode consiste à extraire avec une bêche un échantillon de sol de dix centimètres sur dix sur une profondeur de 25 centimètres. Un sol mi-lourd et fertile devrait contenir un ou deux vers de terre par échantillon, ce qui correspond à 100 à 200 vers par mètre carré. Durant les périodes d’intense activité (mars-avril et septembre-octobre), il est aussi possible de compter les turricules sur un carré de 50 centimètres de côté. En dessous de cinq amas de déjections, l’activité lombricienne est jugée faible. Elle est moyenne lorsque une dizaine de turricules sont comptés. Dès 20 rejets d’anéciques, le sol est considéré comme riche en vers de terre.
 
 

Il est particulièrement important de veiller à ce que les lombrics bénéficient de matière organique en suffisance durant les périodes d’activité. Agriculteur à Torpes (F), Eloi Petit avait fait part, lors d’un cours organisé par Grangeneuve en mars dernier, d’une mauvaise expérience sur une parcelle où les vers étaient régulièrement dénombrés. Après la récolte d’un maïs hâtif, le sol était resté nu en septembre. La population de vers de cette parcelle en avait été décimée!
VG, 25 mai 2018

 

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