Menu
 

Eviter d’éliminer les poussins mâles en sélectionnant les femelles dans l’œuf


Les producteurs d’œufs sont conscients du problème éthique posé par l’élimination des poussins mâles et cherchent activement une alternative. La sélection in ovo semble se profiler pour être bientôt utilisée en Suisse.


ag39_dossier_sexage


La récente interdiction du broyage des poussins, une technique jusqu’alors autorisée mais quasiment jamais appliquée en Suisse, n’a pas suffi à clore le débat du devenir des mâles issus des filières de ponte. Aujourd’hui, c’est par une méthode développée en Asie que les coqs sont séparés des poules dès leur naissance. Cela représente annuellement entre 2,5 et 3 millions de coqs. La moitié d’entre eux servent à nourrir d’autres animaux, dans les zoos ou auprès de détenteurs de rapaces. Les autres poussins sont gazés et éliminés dans des installations de biogaz dès leur premier jour de vie. Cette pratique est décriée par les consommateurs. «Nous sommes conscients de ce problème éthique et la filière veut une solution, mais une solution durable», indique Daniel Würgler, président de GalloSuisse.

Diverses pistes sont suivies
La recherche fait preuve d’imagination pour tenter de développer des techniques per­mettant d’éviter l’élimination des poussins mâles peu après leur naissance. Invité à faire une présentation à ce sujet dans le cadre de Suisse Tier en novembre dernier, Thomas Bartels a dressé la liste des solutions imaginées. De la tomographie par résonance magnétique à la détection par biomarqueurs en passant par la spectroscopie, la plupart des méthodes sont encore au stade expérimental et nécessitent davantage de recherches.

Parmi les solutions les plus avancées, il y a aussi la sélection par génie génétique, dé­veloppée en Israël. Des poules génétiquement modifiées pondent des œufs qui peuvent être différenciés selon leur sexe avant même la fécondation. En passant sous une lumière spécifique, les œufs mâles deviennent luminescents. Ils sont alors commercialisés en tant qu’œufs non fécondés. Ni les législations ni les consommateurs n’accep­tent cette solution en Suisse comme en Europe.

«Actuellement, il existe deux méthodes de sexage des œufs qui fonctionnent», révèle Ruedi Zweifel, directeur d’Aviforum. La première se base sur la reconnaissance du plumage des fœtus au 13e jour après 

la fécondation. Cette méthode présente l’inconvénient de n’être efficace que pour les poules brunes. Les pondeuses blanches sont donc exclues. «Il faudra aussi sonder l’acceptation des consommateurs pour cette méthode», prévient Ruedi Zweifel. «Le système nerveux des poussins commence à se former dès le 7e jour après la fécondation. On ne peut donc exclure que l’élimination des œufs mâles provoque des douleurs.»

La seconde méthode, appelée Seleggt s’appuie sur une analyse endocrinologique. A l’aide d’un laser, un échantillon est prélevé dans les œufs fécondés. En laboratoire, la présence d’une hormone féminine est recherchée. Même si cette opération est réalisée plus tôt que la reconnaissance du plumage, soit entre le 8e et le 10e jour après la fécondation, elle intervient toujours après le début de la formation du système nerveux. C’est la méthode choisie par Migros pour son projet pilote lancé cette année. Le géant orange commercialisera en effet dès cet automne les œufs issus du premier troupeau de pondeuses de Suisse ayant été sélectionnées selon cette méthode.

Efficacité jugée encore insuffisante
«Cette technologie est une première étape vers une éventuelle solution», commente Daniel Würgler. «Mais à l’heure actuelle, cette méthode n’a pas le niveau de précision requis pour être utilisable à large échelle.» Selon les experts, il reste encore 4 à 5% de mâles dans les troupeaux de pondeuses sélectionnées à l’aide de Seleggt. «Actuellement, avec une sélection après l’éclosion, on obtient moins de 0,1% d’erreur», précise l’aviculteur. Avec Seleggt, ce sont près de 500 coqs que l’on trouvera dans les halles de 10 000 poulettes. «La question se pose de savoir ce qu’on va faire de ces coqs. Si cette technique devait s’imposer en l’état actuel, ce sont au minimum 150 000 coqs que l’on retrouverait dans nos élevages. Nous n’avons ni les infrastructures pour les engraisser et les abattre, ni les canaux d’écoulement pour les valoriser. D’autant plus que nos collègues allemands par­lent de premières expériences avec 10% d’erreur, voire plus», poursuit Daniel Würgler. «Nous ne voulons pas donner de faux espoirs aux consommateurs ni aux producteurs avec une méthode qui soulève elle aussi des questions éthiques et qui n’est, pour le moment, pas largement applicable dans la pratique.»

Pour Ruedi Zweifel, la meilleure solution viendra certainement d’une autre technique, encore au stade de développement. «En Allemagne, où la législation interdira l’élimination des poussins mâles dès 2022, de gros moyens sont mis sur la recherche. Même si elle n’est pas encore commercialisable, une méthode de sexage des œufs dès le 3e ou 4e jour est à l’étude», souligne le directeur d’Aviforum. «J’ai bon espoir que cette technique s’impose d’ici quelques années en Europe comme en Suisse.»
Vincent Gremaud, 25 septembre 2020

 

E-Paper & Archives

Cette semaine dans Agri

 

Prix du marché

Chaque semaine, suivez l'évolution des prix du marché de la viande, en conventionnel ou sous label: bovins, porcs, ovins. Consultez aussi les prix de la vente directe, des marchés surveillés et de Proviande.

Conseil de saison

Le Conseil de saison est disponible, toutes les deux semaines, dès le mercredi avant publication sur notre site internet pour les abonnés.

Voyages

Agri - Hebdomadaire professionnel agricole de la Suisse Romande
Site web réalisé par www.webexpert.ch

Actualités

Cette semaine

Dossiers

Prix du marché

Photos

Vidéos

Archives

Voyages

A table

Boutique