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La question d’un apport de sang étranger est à nouveau sur la table


La question de sang neuf a refait surface au sein de la FSFM. Un programme de croisement est attendu.


Franches Montagnes



En 2017, les délégués de la Fédération suisse du Franches-Montagnes (FSFM) avaient refusé à une courte majorité le principe d’un apport de sang étranger dans la race. Le groupe de travail qui avait planché sur la question en amont s’était pourtant positionné en faveur de sang neuf. En juillet dernier, le sujet était à nouveau à l’ordre du jour des assises, à la demande de deux syndicats d’élevage. Les délégués ont rejeté leurs revendications, mais ont donné suite à la contre-proposition du comité et de la commission d’élevage. Ils ont ainsi accepté de se pencher à nouveau sur un apport de sang étranger dans la race des Franches-Montagnes (FM), dont le stud-book est fermé depuis 1997. La commission d’élevage devra présenter un programme d’apport de sang complet et détaillé dans un délai de deux ans.

Qui-Sait et Noé, les derniers «invités»
La race Franches-Montagnes s’est construite au fil de croisements. Les derniers en date remontent aux années nonante et ne sont donc pas si lointains. Entre 1990 et 1992, les demi-sang suisses Qui-Sait (lignée Q) et Noé (lignée N) saillissent à eux deux plus de 110 juments FM. Deux nouvelles lignées voient ainsi le jour. Dans les années qui suivent, face à la diminution du nombre de sujets de race pure – c’est-à-dire comportant moins de 2% de sang étranger – des éleveurs fondent la Communauté d’intérêt pour le maintien du cheval originel de la race des Franches-Montagnes.
Avec le temps, il apparaît que la lignée Q peinera à se maintenir. Selon Jean-Pierre Graber et son ouvrage «Utilisation des étalons reproducteurs Franches-Montagnes», cette tendance se doit au fait que ses membres tendent à s’éloigner du comportement calme, docile et agréable propre à la race. Il en va autrement des descendants de Noé, qui rencontrent un franc succès. Parmi les fils de Noé, Népal est particulièrement apprécié pour les aptitudes sportives qu’il lègue. En près de trente ans de carrière, ce dernier a engendré une dizaine de sujets admis à la reproduction. Sur les étalons qui occupent les quatre premiers rangs du classement du test en station 2021, trois d’entre eux comportent Népal dans leur arbre généalogique.
A l’heure actuelle, certains éleveurs craignent d’ici cinq à dix ans un étranglement du matériel génétique autour de la lignée de Noé. En effet, en théorie, un stud-book fermé implique une hausse de la consanguinité sur le moyen à long terme. La FSFM s’est saisie de cette question dans un rapport qui présente sa réponse à la proposition d’apport de sang étranger. Elle y examine la situation sous l’angle du taux de consanguinité génomique, et non pas sur la base du taux de consanguinité calculé à partir du pedigree. Plusieurs races européennes ont déjà eu recours au taux de consanguinité génomique. Une équipe d’Agroscope s’attelle à faire de même pour les Franches-Montagnes. Leur taux de consanguinité génomique a ainsi été estimé sur la base des échantillons génétiques récoltés ces dernières années. La FSFM conclut que pour l’instant, le taux de consanguinité génomique moyen de son échantillon n’impose pas d’apport de sang étranger en regard des cinq autres races européennes considérées. La fédération souligne toutefois qu’il faut rester vigilant lors des accouplements. A ce titre, le simulateur en ligne «poulain virtuel» (Agri du 11 décembre 2020) permet de facilement contrôler le degré de parenté des parents et le taux de consanguinité d’un futur poulain.

Gare au patrimoine génétique
Un apport de sang étranger permet, à court terme, de faire baisser la consanguinité des générations suivantes. En revanche, dans le même rapport, la FSFM souligne qu’une telle opération remplace le patrimoine génétique. Des qualités existantes peuvent ainsi être perdues. Au-delà du caractère typique du Franches-Montagnes, la démarche pourrait mettre sur la sellette l’identité et l’authenticité de la race. Si des croisements s’opèrent, des critères d’élevage devront probablement être revus. En effet, les individus qui en découlent pourraient ne plus remplir les conditions actuelles d’admission au stud-book.
Se pose également la question du soutien de l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG). En 2019, lorsque la FSFM avait reconduit sa demande de reconnaissance en tant qu’organisation d’élevage, il avait été précisé que la fédération pratiquait l’élevage en race pure.
Sabine Guex, le 16 décembre 2021
 
 
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«NOUS NE VOULONS PAS PERDRE L'IDENTITE DE LA RACE»

INTERVIEW
Roland Baumgartner
Ancien professeur de zootechnologie et membre de la Communauté d’intérêt «Nouveau sang dans l’élevage FM

> En 2017, les délégués avaient refusé d’entrer en matière au sujet d’un apport de sang étranger. L’été dernier, un pas a donc été franchi…
Oui. Notre Communauté d’intérêt s’est emparée à nouveau de cette question en 2019. Au total, 126 éleveurs ont signé notre courrier qui présentait nos revendications à la fédération. Parmi eux figurent aussi d’éminents éleveurs romands. Nous sommes heureux que le Syndicat chevalin neuchâtelois et le syndicat zurichois FMZ aient relayé notre voix à l’assemblée des délégués. Ces derniers se sont prononcés à 95% en faveur d’une réouverture du stud-book. C’est exactement ce que nous souhaitions.

> Quelle est la race qui vous semble la plus appropriée?
A mon avis, le demi-sang présente le plus grand potentiel. Le marché recherche de jolis FM sportifs, qui présentent de bonnes aptitudes à l’équitation. J’en veux pour preuve le nombre de départs toujours plus importants dans les compétitions de sport de loisirs.

> Actuellement, les chevaux Franches-Montagnes se vendent très bien. Cet apport de sang étranger est-il nécessaire?
Je pense, oui. Dans dix ans, aurons-nous une lignée typée sport alternative à celle de Noé? Nous ne voulons pas perdre l’identité du Franches-Montagne pour autant. Il ne faut pas oublier qu’au siècle passé, des croisements avec des demi-sang ont déjà eu lieu. Si l’on observe les valeurs moyennes de la hauteur au garrot et du tour de canon des étalons FM approuvés entre les années 2000 et 2020, les chiffres sont stables, malgré ces apports de sang dans les années nonante.

> Avec les demi-sang, certains craignent de perdre le caractère docile du FM. Qu’en dites-vous?
Si l’on jette un coup d’œil aux valeurs d’élevage, on s’aperçoit que les étalons issus du demi-sang Noé présentent les meilleures valeurs, également du côté du caractère. Certains descendants ont peut-être plus de tempérament, mais restent faciles à vivre. Un nouvel apport de sang doit se faire de manière étroitement réfléchie, avec des juments bien sélectionnées. Le choix des étalons doit également être rigoureux. Il y a trente ans, les deux étalons utilisés, Noé et Qui-Sait, avaient la même mère! L’évaluation des descendants à l’âge de trois ans lors des tests en terrain doit être stricte. Néanmoins, pour pouvoir juger d’un étalon issu d’un croisement sur la base de sa descendance, il faut compter sur un horizon de plus de dix ans.

> Est-ce que le temps presse?
Sur les quelque 150 étalons actuellement à disposition en Suisse pour la monte, 37% descendent de Noé, que ce soit du côté maternel ou paternel. La situation devient pressante car rien n’est entrepris. Certaines lignées, les D, P, Q, R et V, sont en train de disparaître, car elles sont trop peu demandées sur le marché. C’est un phénomène que l’on ne peut pas éviter. Le Franches-Montagnes est une race dynamique, pas un musée. Pourtant, la Confédération s’obstine à sauvegarder ces lignées.

> Vous faites référence au programme d’accouplement dirigé?
Oui. Des centaines de milliers de francs ont été investis dans ce programme, qui espérait voir se réaliser quelque 170 accouplements avec des étalons issus de lignées menacées. Une prime est prévue que les éleveurs qui mettent leur jument à disposition. Elle se monte à 700 francs depuis 2021. En pratique, seule une vingtaine de contrats a été conclue. Il faut dire que la moyenne d’âge des étalons proposés dépasse les 30 ans. Leurs valeurs d’élevage sont dépassées. Elles sont négatives pour quasiment toutes les caractéristiques, à l’exception du modèle et du caractère, où elles s’avèrent moyennes. Même avec les meilleures juments, les poulains nés de ces accouplements seront de moindre qualité. Pour l’heure, seul un étalon issu de ce programme, Condor, a été approuvé.

> Comment expliquez-vous que la Confédération tienne tant à conserver ces lignées?
Ceci découle de la signature de la Convention sur la diversité biologique. Cette dernière englobe également les animaux de rente.

> Un apport de sang étranger pourrait-il menacer l’octroi de la contribution pour jument suitée?
A l’article 14 alinéa 3 du programme d’élevage, il est écrit que «les descendants d’un programme de croisement peuvent être enregistrés dans les sections FM race pure s’ils remplissent les conditions fixées préalablement par le projet». En 2015, l’Office fédéral de l’agriculture nous avait même confirmé par courrier que la prime pourrait être maintenue. Il est temps que la fédération saisisse que c’est elle qui décide de l’orientation de l’élevage, et non pas la Confédération.
Propos recueillis par Sabine Guex, 16 décembre 2021
 
 
 
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EN COURS D'EXAMEN

Martin Stegmann préside la commission d’élevage de la FSFM, qui est chargée d’élaborer un programme de croisement: «Fondamentalement, la commission n’est pas opposée à un apport de sang étranger. Notre position est neutre. J’ai parlé de cette perspective avec de nombreux éleveurs. Certains ne veulent pas en entendre parler, d’autres sont favorables. Je pense que les avis sont équilibrés entre les deux camps». L’éleveur bernois indique qu’actuellement, la commission clarifie si le projet est tout simplement réalisable. Plusieurs facteurs entrent en jeu. D’une part, la question du maintien du soutien de l’OFAG se pose. «Si les produits des croisements ne peuvent pas toucher les primes d’élevage, le projet n’est pas intéressant pour la pratique». Les discussions sont en cours. Martin Stegmann insiste d’autre part sur l’importance de ne pas perdre les forces de la race au travers d’un apport de sang étranger, ni d’importer des maladies. Pour l’heure, la race FM est saine et robuste.
SG, le 16 décembre 2021

 

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