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S’occuper de chevaux âgés demande du temps et beaucoup d’observation


Prendre en pension des vieux chevaux pour les mettre dans le coin d’un parc et penser qu’ils demanderont moins de temps que des équidés actifs est une erreur. Observation, soins et nourriture individualisés sont la clé.


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De plus en plus de propriétaires cherchent à offrir une retraite à leur cheval. Avec dans l’esprit de grands prés, entouré de congénères. Et ceux qui disposent de grandes parcelles et d’infrastructures existantes sont les agriculteurs.

Cependant, penser que prendre des chevaux retraités en pension donnera moins de travail est une erreur. Ce qui se confronte souvent avec des propriétaires qui ne sont pas prêts à payer le juste prix pour une pension-retraite. Car lâcher des chevaux au passé varié, dans un bâtiment vidé de son bétail, sans adapter la détention à leurs besoins et en voulant y consacrer le moins de temps possible ne donne pas un bon résultat. «Trop souvent j’ai récupéré des chevaux amaigris ou mordus de partout», appuie Florian Fünfschilling de La Molière à Murist (FR) qui accueille une cinquantaine de chevaux dont 37 retraités.

«Dans un troupeau mixte, le cheval âgé a tendance à se retirer, à laisser manger les autres, par exemple. Il est comme une personne âgée, parfois un peu raide, il doit être actif et avoir un quotidien intéressant pour rester en forme», relève Ursula Schminke, de La Paloma à Yens (VD). Pour certains chevaux ayant davantage été en contact avec l’humain, détenus en boxe et sans contact direct avec leurs congénères, être du jour au lendemain en troupeau peut être difficile. Si la majorité retrouve vite leur instinct, d’autres ont plus de peine. Une fois par mois, Ursula Schminke propose un cours, avec différents intervenants selon le thème du jour, consacré à la détention et aux soins des vieux chevaux.

Avoir de la patience
Dans le Jura, la Fondation pour le cheval accueille depuis plusieurs décennies des chevaux à la retraite. «Avec les aînés, il faut avoir de la patience, ils sortent plus lentement au parc, par exemple. S’ils ont besoin de mouvement, il leur faut aussi un rythme régulier», détaille la présidente Béatrice Michel.
Pour ces trois personnes, l’observation est l’un des éléments clés lorsqu’on détient ce type d’animal. Afin de constater rapidement le moindre changement et d’adapter la détention ou les soins en conséquence. «Le cheval doit marcher et manger, mais les vieux ont aussi besoin de davantage de nourriture. Nous avons un régime alimentaire qui s’adapte à chaque individu, explique Béatrice Michel. C’est pour cela que la détention, la nuit, en boxe est importante pour nous car la gestion de la nourriture en troupeau est difficile. De plus, ils peuvent se reposer, se coucher en sécurité et ils rentrent volontiers.»
La gestion de l’alimentation est donc cruciale. «J’ai plusieurs types de foin et si la majorité n’a pas besoin d’aliment, on leur donne à tous un petit peu pour qu’ils restent calmes pendant que les autres ont leur complément», continue Florian Fünfschilling. La nuit, le troupeau de La Molière qui en stabulation (les quatre autres groupes sont en boxe) est séparé en cinq secteurs – les nouveaux, les soins spéciaux, les maigres, les gros et les méchants – permettant ainsi d’éviter les conflits et que les soumis et trop maigres soient défavorisés.

Savoir composer avec le propriétaire
A Yens, tous sont en stabulation libre. Pour gérer la nourriture, les plus âgés qui ont des besoins spécifiques ont une puce tressée dans la crinière qui leur donne accès à un endroit où ils auront un autre type de foin à volonté et pourront être au calme. Ce qui n’est pas un gain de temps, mais un fonctionnement de plus à gérer et surveiller.
Parmi les autres éléments à ne pas négliger, ce sont les dents et les pieds.

Intégrer un nouveau pensionnaire dans un troupeau, surtout celui qui a connu uniquement le boxe et une à deux heures de parc individuel par jour, ne s’improvise pas. Dans le Jura ou à La Molière, il est quelques jours seul dans un parc pour être observé, puis parfois introduit avec un congénère au caractère social avant d’être lâché dans le troupeau. En général, il leur faut quelques jours à quelques mois pour s’habituer à leur nouvelle vie. «Nous hébergeons actuellement un cheval qui a mis deux ans avant d’être totalement à l’aise dans le groupe», souligne Ursula Schminke. L’âge d’arrivée d’un cheval joue aussi son importance, car à partir de 27 ans environ, il n’est pas judicieux de le déplacer d’écurie.

Prendre des chevaux retraités, c’est aussi savoir composer avec son propriétaire. Il faut aimer écouter et individualiser les échanges. Car un jour vient le moment de la mort. Elle peut arriver par accident ou naturellement, mais quand la qualité de vie est atteinte l’euthanasie s’impose. Un moment fort que le propriétaire de l’équidé n’est pas toujours prêt à assumer et c’est alors au détenteur de lui assurer qu’il sera présent durant toutes les étapes de ce moment difficile… pour le gérant de la pension aussi.
FM, le 11 décembre 2020

Sur le web
www.lapaloma.ch (pour les cours «Chevaux âgés», consultez la page Facebook «Association Les ailes de La Paloma» pour la prochaine date. Les frais d’inscription vont entièrement pour cette association).
 
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DES SOINS ET MALADIES SPECIFIQUES
 
«La maladie typique du cheval âgé est le syndrome de Cushing dont le début est un dysfonctionnement de l’hypophyse», répond Päivi de Jesus Maia, la vétérinaire qui s’occupe, notamment, des chevaux de la Fondation pour le cheval (Le Roselet, Jeanbrenin et Maison Rouge). Les symptômes d’un Cushing sont parfois très clairement identifiables – le poil qui ne change pas avec les saisons, qui devient hirsute –, et d’autres fois pas du tout. Ils peuvent prendre la forme d’un cheval qui boit et urine beaucoup, qui a des fourbures chroniques ou des infections secondaires (sinusite, des plaies qui ne se soignent pas). «Le Cushing est assez fréquent, se détecte par une prise de sang et le traitement qui existe doit être administré à vie», ajoute la spécialiste.

L’un des autres problèmes récurrents chez un équidé âgé est ses dents qui ont un impact évident sur sa prise de nourriture et son état de santé. Elles poussent tout le temps. Si l’usure est inégale et pas contrôlée par un dentiste équin, cela peut générer de fortes douleurs. Parfois des dents tombent et la place permet à d’autres de bouger. «Le cheval n’arrive ainsi plus à se nourrir, il maigrit. Dans la nature, il meurt souvent à cause des dents, comme les éléphants», continue Päivi de Jesus Maia. D’où l’importance, comme l’ont relevé nos trois interlocuteurs qui s’occupent de vieux chevaux, de faire contrôler régulièrement les dents. Un élément trop souvent négligé. Lorsque le cheval n’a plus de dent, il faut le nourrir avec un genre de muesli spécifique. Sauf qu’un cheval est censé manger de petites quantités à la fois durant toute la journée. Ce qui nécessite de lui apporter très régulièrement une nouvelle ration.

L’arthrose n’est peut-être pas typique des équidés d’un certain âge, mais est plus fréquente. Car elle n’est pas uniquement liée à l’activité sportive, mais aussi à «des jambes pas tout à fait droites, complète-t-elle. Ce qui génère des boiteries chroniques ou que le cheval n’arrive plus à se lever».

Enfin, l’on retrouve également toutes sortes de problèmes qui ne sont pas typiques des chevaux âgés. Par exemple, la majorité des chevaux sont en surpoids, ce qui génère des fourbures. Les coliques sont provoquées par plusieurs facteurs, mais «celle liée à l’intestin grêle, lorsqu’une tumeur de graisse l’entoure et le ferme quasiment, est typique des vieux chevaux et la seule solution, c’est l’opération», explique Päivi de Jesus Maia.

Finalement, la question des vermifuges et des vaccins ne doit pas être oubliée, même pour un cheval qui ne changera plus d’écurie et ne la quittera que mort. En général, il est conseillé un vermifuge à large spectre en hiver, lorsqu’il gèle, et un second en été, de préférence après une analyse coprologique. Comme pour les jeunes chevaux. «Pour les vaccins, je conseille une fois par année contre l’influenza, la grippe équine, dont des cas existent en Suisse avec une haute mortalité, surtout si le cheval est jeune ou âgé. Et le tétanos tous les deux ans.» Et de conclure: «Croire qu’avoir de vieux chevaux est pension est plus simple, c’est une erreur. Beaucoup d’observation est nécessaire».
FM, le 11 décembre 2020
 
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PEU D'ETUDES SCIENTIFIQUES
 
A ce jour, des études scientifiques suisses sur les chevaux âgés, que ce soit leurs besoins spécifiques, leur typologie, les soins ou maladies, il n’en existe pas beaucoup. Bien entendu, la littérature offre quelques ouvrages et internet pléthore de blogs (dont demivolteface.com qui traite de nombreux thèmes en s’appuyant sur des études suisses et françaises, mais pas que) et autres sites. Mais pas forcément toujours avec un regard scientifique, ni suisse. Du côté d’Agroscope, en dehors de quelques chiffres démographiques (La filière équine suisse: les chiffres clés) et d’études sur le Cushing, il n’y a rien dédié aux équidés de 20 ans et plus.

Par contre, l’Institut français du cheval et de l’équitation (Ifce) organise des journées sciences et innovations équines françaises, dont certains thèmes traitent des chevaux âgés. L’Ifce propose également de nombreux webinaires. Les documents sont téléchargeables sur le site de l’Ifce. Jeudi 3 décembre, une conférence en ligne traitait du thème «Cheval âgé: les bonnes pratiques et à quels coûts?»

La documentation disponible sur le site résume en partie ce qui a été relevé dans le papier ci-dessus. A savoir les signes majeurs du vieillissement (baisse de l’efficacité digestive, de l’immunité, troubles de l’appareil squelettique), l’importance de l’alimentation individualisée (dont le coût va du simple au triple selon les besoins spécifiques), la surveillance du groupe et des problèmes de hiérarchies, les problèmes dentaires… Point intéressant, bien que basé sur la France et donc en euros, le document chiffre certains coûts. Le 7 janvier, une conférence en ligne sera consacrée à «mieux prévenir et gérer les maladies des chevaux âgés», l’inscription est déjà possible.FM
FM, le 11 décembre 2020

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