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Assurer un suivi régulier pour limiter les rongeurs dans les porcheries


La présence de rongeurs dans les porcheries n’est pas un fait rare. Ces animaux y trouvent tout ce qu’il leur faut pour s’alimenter et se reproduire. Avec une lutte adéquate et régulière, il est possible de maîtriser les populations.


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La thématique des rongeurs dans les porcheries n’est pas souvent abordée par les éleveurs eux-mêmes. La lutte fait pourtant partie de la gestion de base en production porcine. Au sein de Suisseporcs, on tente d’en parler au travers de forums, lors de cours ou dans des bulletins d’informations. «C’est un sujet tabou. Les éleveurs ont un peu honte de dire qu’ils ont des rongeurs chez eux. Certains ont même peur des regards lorsqu’ils vont acheter des produits», constate Olivier Pittet, collaborateur scientifique à Grangeneuve (FR) et membre du comité de la section romande de Suisseporcs. Le conseiller précise que la lutte n’est pas difficile en soi mais qu’il faut suivre et mettre les produits au bon moment et au bon endroit.
Un avis que partagent divers éleveurs contactés. «Il est primordial d’effectuer un bon suivi des rongeurs sinon on est vite débordé. Je pense qu’une exploitation porcine sans ravageur, cela n’existe pas. Il faut donc vivre avec et être vigilant. Ce n’est pas une question de faire une bonne gestion de sa porcherie, cela fait à mon avis partie de la gestion de base», témoigne un exploitant. Et un autre d’ajouter: «Si on laisse les souris s’installer, ce sont finalement les rats qui arrivent. Du temps de la génération précédente sur mon exploitation, il y avait un peu plus de laisser-aller et nous avons eu une fois un rat. A ce moment-là, cela devient difficile d’en venir à bout. Ils sont plus méfiants et malins».

Dommages conséquents
Si la lutte contre les rongeurs est importante, c’est que ces derniers sont vecteurs de nombreuses maladies. «On ne les voit pas vraiment et on ne s’imagine pas qu’ils représentent un gros danger. Mais si on aperçoit une fois une souris, on estime qu’il y en a 30 autres que l’on ne voit pas. Et si on observe un rat, il y en aurait 50 autres cachés», constate Sonja Ewerling, vétérinaire au sein de Suisag. Le centre de prestations et de compétences de la branche porcine suisse a dressé une liste des maladies qui peuvent être transmises par les rongeurs: lawsonia, leptospirose, salmonellose, rouget, brucellose, maladie d’Aujesky, listériose, pasteurellose, dysenterie, fièvre aphteuse, rhinite atrophique progressive (pRA), trichinellose, toxoplasmose, etc.
Mais leur présence occasionne aussi d’autres dommages, comme des pertes d’aliments consommés ou souillés par les excréments et l’urine ou une réduction de l’effet des mesures d’hygiène. Sans oublier les dégâts au matériel en plastique, métal, béton et équipements ainsi qu’aux installations électriques. «Le plus gros danger finalement, c’est qu’ils s’attaquent aux câbles électriques et ces derniers sont partout dans une porcherie. Les rats et souris sont friands des isolations des fils électriques et font des ravages sporadiques mais ennuyeux dans les chemins de câbles ou dans les armoires et tableaux électriques», relève Olivier Pittet qui précise que les rongeurs ne sont que rarement un vrai problème sanitaire car l’on intervient généralement avant. Sonja Ewerling souligne que le rapport de causalité ne peut en effet souvent pas être défini. «Quand on analyse des rongeurs, on voit qu’ils sont porteurs de nombreuses bactéries mais on ne peut pas assurer que les diarrhées ou la présence de salmonelles dans une porcherie leur sont dues. C’est une théorie académique. De même que la fréquence d’apparition de la fièvre du lait augmente s’il y a trop de mouches.»

Environnement propice
Les porcheries sont un vrai paradis pour les rongeurs. «Ils y trouvent de la nourriture à profusion et se sentent protégés», relève Sonja Ewerling. De plus, les bâtiments étant souvent fermés, ils ne laissent entrer aucun prédateur. La vétérinaire insiste sur l’importance de sensibiliser les éleveurs. Elle constate que si la plupart d’entre eux font les choses correctement, d’autres suivent la problématique à distance. Pour diverses raisons: pas d’impression de danger, pas de temps à investir à la lutte, pas l’envie d’acheter des produits qui coûtent quand même relativement cher. C’est dans les bâtiments les plus anciens que la lutte y est la plus difficile.
Dans les concepts de construction actuels, des réflexions sont spécialement menées pour prévenir la problématique. «Le bois est avantageusement remplacé par des panneaux d’argolite par exemple, ou par des parois en matières synthétiques. Les passages de câbles se font dans des cheminements ouverts et non plus dans des gaines qui deviennent des autoroutes à souris», précise Olivier Pittet. Les nouvelles structures prévoient notamment des systèmes de rinçage hebdomadaire intégrés et faciles à utiliser afin de ne pas laisser de temps aux rongeurs de nicher sur les couches supérieures des canaux de lisier. Une attention est aussi portée au niveau des canaux de ventilation. Il faut encore éviter les combles vides avec de l’isolation ouverte et prévoir de stocker la paille loin de la porcherie.

Mesures de lutte
Les moyens de lutte à disposition des éleveurs sont nombreux aujourd’hui. Il existe une grande variété de pièges ou de poisons: grains de céréales, pellets, granulés, appâts cireux, appâts humides, poisons de contact, pièges, etc. La vétérinaire de Suisag a une préférence pour une sorte de box. «C’est comme une petite chambre et le rongeur s’y sent bien, protégé. Il consomme ce qu’il y a dedans et meurt plus tard. Il n’y a ainsi pas de lien établi chez les autres individus entre le box et la mort.»
Mais avant d’utiliser ces produits, la première mesure est de faire en sorte que les rongeurs ne puissent pas entrer dans les locaux. Il est aussi recommandé d’éviter les espaces entre deux parois en bois ou de façon générale d’éliminer les lieux de refuge potentiels. Il faut encore veiller à jeter les déchets, à entreposer les aliments dans un endroit propre et à laisser les câbles électriques visibles ce qui permet de détecter tout de suite les traces laissées par une souris. Les tuyaux qui renferment des câbles sont aussi à éviter ou à protéger correctement car ils laissent suffisamment de place à un rongeur pour s’y glisser.
Si ces mesures préventives n’ont pas suffi et qu’il faut intervenir, Sonja Ewerling recommande de réfléchir aux lieux typiques de présence de rongeurs, de lister où ont été déposés des pièges et de les réalimenter régulièrement.
Sarah Deillon, 30 avril 2021
 
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CONFIER LA LUTTE A UN SPECIALISTE EXTERNE A L'EXPLOITATION
 
Afin d’être plus efficace au niveau de la lutte contre les rongeurs dans sa porcherie, l’Institut agricole de Grangeneuve (FR) a décidé d’en confier la gestion à une entreprise externe. «La lutte doit être continue et conséquente, soit réfléchie et logique. Il ne suffit pas de répandre des appâts toxiques lorsque l’on voit des souris se promener. Les alentours doivent aussi être surveillés car les rongeurs viennent toujours depuis l’extérieur. Pour assurer une lutte efficace, il faut avoir l’âme du chasseur et connaître les habitudes de ces indésirables», relève Olivier Pittet. Le fait d’avoir établi un contrat avec une entreprise spécialisée leur permet justement de faire cette lutte efficace. «Nous avons ainsi la chance d’avoir des professionnels à disposition. Ils viennent quatre fois par an et chaque visite fait l’objet d’un rapport neutre et spécifique, qui permet de suivre l’évolution du cheptel et des intrusions. De plus, une firme externe vient à dates fixes et ne repousse pas les échéances ou n’oublie pas de faire les contrôles et de remplacer les appâts le cas échéant. C’est un souci de moins pour l’éleveur et une bonne assurance contre les dégâts.» Le conseiller voit encore comme dernier avantage le fait que le spécialiste change régulièrement ses substances actives. «C’est important car les rats ont une très bonne mémoire. Ils n’iront ainsi pas consommer deux fois le même produit. Ils envoient généralement un goûteur avant.» La prestation coûte 967 francs par an à Grangeneuve mais la firme fait aussi un suivi du reste de la ferme.
SD, 30 avril 2021

 

 

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