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Les paysans deviennent des producteurs d’énergie engagés en faveur du climat


Avec les installations de production de biogaz, l’agriculture a une possibilité de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Une bonne carte pour répondre aux attentes futures en matière de politique énergétique du pays.


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Actuellement, deux grandes tendances déterminent la politique énergétique et climatique de la Suisse. Premièrement, avec la sortie du nucléaire, il manquera un jour un tiers de la production d’électricité en Suisse. Lors de la votation du 21 mai 2017, la Suisse s’est déclarée en faveur d’un avenir énergétique et des énergies renouvelables, et une grosse partie de cette production doit venir du pays. «L’argent reste ici!», tel était le slogan. La nouvelle Loi sur l’énergie prévoit des objectifs ambitieux pour le développement des nouvelles productions. Et deuxièmement, avec la ratification de l’accord de Paris sur le climat, la Suisse – bien qu’étant presque le dernier pays de la communauté internationale – s’est engagée en faveur d’une décarbonisation du pays. Il est prévu que les secteurs du bâtiment, de l’industrie, des transports et de l’agriculture réduisent les émissions d’ici 2030 d’au moins 35% par rapport à 1990. Cela ne signifie pas simplement quelques chauffages au mazout en moins ni des voitures un peu plus économiques. Si notre pays entend maintenir ses engagements, la trajectoire des émissions de CO2 ne pourra être atteinte que par des mesures draconiennes.

Compte tenu de ses émissions de gaz à effet de serre, l’agriculture suisse est coresponsable du changement climatique et directement concernée en même temps par le changement climatique du fait de sa dépendance vis-à-vis des ressources naturelles. Il est prévu que le secteur de l’agriculture ait pour la première fois à apporter une contribution à la réduction des gaz à effet de serre à partir de 2021. L’agriculture est un système très complexe qui fonctionne, entre autres, sur la base de processus biologiques qui sont plus difficiles à mesurer et à contrôler que d’autres processus de production industriels. Globalement, le milieu agri-cole n’est pas comparable avec d’autres secteurs. Il faut donc en tenir compte lors de la définition de mesures visant à réduire les émissions. Les objectifs destinés à l’agriculture devraient être considérés comme des valeurs indicatives qu’il s’agit de viser.

Volontariat exigé
Dans l’agriculture, les mesures visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre ou à s’adapter au changement climatique devraient être conçues de telle sorte qu’elles ne remettent pas en question la production des denrées alimentaires et ne créent pas non plus de nouveaux conflits d’objectifs (par exemple, le bien-être animal contre la protection du climat). Un levier important pour la réduction des gaz à effet de serre passe par une sensibilisation et des conseils prodigués aux agricultrices et agriculteurs. AgroCleanTech a développé un outil en ligne. Il permet de dresser un bilan énergétique et climatique, avec lequel les agriculteurs savent où ils se situent en ce qui concerne l’efficience énergétique et la protection du climat et s’ils ont un potentiel de réduction. Les paysans doivent avoir la liberté d’appliquer des mesures qui s’adaptent au mieux à leur situation individuelle. Selon Ökostrom Schweiz, l’association des biogaz agricoles suisses, il faut empêcher que des mesures concrètes soient fixées par le biais de la législation agricole et qu’elles soient apportées en fonction des prestations de paiement direct de la Confédération. Car du fait de la complexité d’une exploitation agricole, il s’agit de toujours tenir compte de diverses mesures et approches et d’évaluer ce qui est judicieux à l’échelle de l’exploitation individuelle.
Il y a de bons exemples qui montrent que l’agriculture apporte déjà une contribution à la réduction des gaz à effet de serre dans de nombreux domaines. C’est le cas des producteurs de légumes qui cultivent des légumes ou des fleurs locaux dans des serres ou des installations de séchage de l’herbe. Citons également les additifs destinés à l’alimentation animale qui réduisent la production de méthane et donc également les rejets, ou encore les additifs à engrais qui diminuent la nitrification dans le sol et les émissions de protoxyde d’azote.

Enorme potentiel
Les installations de biogaz agricole ont également un rôle important puisqu’elles produisent du courant renouvelable, de la chaleur renouvelable et réduisent des quantités considérables du gaz à effet de serre comme le méthane qui est 25 fois plus nocif pour le climat que le CO2. Et le potentiel est énorme. Actuellement, à peine 4% des engrais de ferme (fumier et lisier) sont utilisés d’un point de vue énergétique, de même que la performance d’environ 75 000 tonnes de réduction d’équivalent CO2 par an qui en découle. La majeure partie de la réduction d’équivalent CO2 est atteinte par la réduction des émissions de méthane, une partie plus petite par l’électricité et par l’utilisation de la chaleur. Par exemple, si 40% des engrais de ferme étaient utilisés d’un point de vue énergétique, cela entraînerait une réduction estimée à environ 750 000 tonnes d’équivalent CO2 par an. Mais de tels pro-jets ne sont plus mis en œuvre aujourd’hui en raison d’un manque de rentabilité. Une solution pourrait justement être apportée par le biais de la nouvelle loi sur le CO2 dans laquelle les prestations environnementales seront récompensées. Cela créerait la condition essentielle selon laquelle le courant, le combustible ou le carburant écologique est produit en Suisse et utilisé sur site ou injecté dans le réseau, en plus de la performance de protection du climat.
Andy Kolleger et Yvan Roulin, Ökostrom Schweiz, 26 avril 2018
 
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UNE AIDE QUI VIENDRAIT DE L'ETRANGER MAIS QUI NE CONVAINC PAS

Actuellement, il existe plusieurs parties prenantes qui pensent que le secteur des transports peut atteindre la réduction exigée par la loi en achetant des certificats étrangers ou par le biais de projets de protection du climat étrangers. La motivation avancée est que la réduction à l’étranger reviendrait beaucoup moins cher et donc que le prix du carburant ne devrait faire l’objet que d’une augmentation minime. Cela va à l’encontre des efforts déployés par la plupart des pays pour atteindre les réductions de CO2 en prenant des mesures dans leur propre pays. Des mesures sont à l’étude dans toute l’UE pour réaliser ces objectifs.En outre, il est impossible de garantir que les mesures de protection du climat prises à l’étranger remplissent les mêmes exigences que les projets réalisés en Suisse. Après l’implication de presque tous les Etats dans un régime climatique international, la question sera aussi de savoir si la Suisse pourra vraiment acheter des quantités plus importantes de réductions de CO2 à l’étranger étant donné que les pays veulent probablement imputer leurs propres mesures sur leur objectif de réduction suite à l’accord de Paris. Rien qu’en tenant compte de notre propre économie et de la valeur ajoutée créée en Suisse, il convient de privilégier des mesures sur le territoire national.
AK et YR, 26 avril 2018

 

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