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Intervenir dans les couverts pour lutter préventivement contre les vers fil de fer


L’application d’un champignon entomopathogène dans les dérobées permet de décimer partiellement les larves de taupins. Avant de pouvoir être mise en pratique, cette stratégie doit encore être optimisée.


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Les vers fil de fer, sont responsables d’importants dégâts dans les cultures de pommes de terre, en creusant des galeries de 2 à 4 mm de diamètre dans les tubercules en phase de maturation. Si un lot est infesté, des déductions sont appliquées sur le prix de la marchandise. En cas de forte infestation, la prise en charge peut être refusée. Pour lutter contre ce ravageur, la recherche tente d’utiliser des champignons antagonistes, qui s’attaquent aux larves des taupins. La revue Recherche agronomique suisse, a fait état, dans son édition d’octobre 2021, des travaux de thèse réalisés sur ce sujet par Lara Reinbacher auprès d’Agroscope et de l’Université de Fribourg.

Champignon entomopathogène
Les larves de certains insectes sont parfois attaquées par des champignons présents naturellement dans les sols. Les vers de fil de fer sont, par exemple, sensibles au Metarhizium brunneum. Les chercheurs sont parvenus à isoler des souches de ce champignon hautement virulentes contre les larves des taupins. Si les résultats en laboratoire s’avèrent très prometteurs, l’application en plein champ demeure problématique.

Le taupin est un coléoptère dont le cycle biologique s’étend sur plusieurs années. Les femelles pondent leurs œufs au début de l’été, de préférence dans des prairies fauchées et, plus rarement, dans les céréales. Les larves éclosent quelques semaines plus tard et se développent sur une période de 3 à 5 ans. Un éventuel traitement ne doit pas nécessairement avoir lieu pendant la saison des pommes de terre, mais peut être différé.

Les champignons entomopathogènes, quant à eux, trouvent de meilleures conditions d’infection lorsque les températures du sol sont élevées. Une couverture végétale et la dormance du sol pendant l’hiver protègent le M. brunneum des influences environnementales, prolongeant ainsi sa durée d’action. Partant de là, les chercheurs ont dirigé leurs études sur une application lors du semis du couvert végétal.

Efficacité partielle
L’essai de Lara Reinbacher a mis en évidence que les champignons entomopathogènes étaient plus nombreux et toujours vivants dans les sols traités, même huit mois après l’application, soit jusqu’à la culture des pommes de terre.

Une augmentation de la mortalité des vers fil de fer a également été démontrée, mais la réduction des dommages causés aux tubercules s’est avérée insuffisante. Une baisse statistiquement significative des dégâts n’a été constatée que dans deux des dix parcelles d’essai.

Les traitements avec des produits phytosanitaires chimiques de synthèse (Ephosin et, sur une parcelle située en Autriche, un produit à base de cyperméthrine) n’ont pas donné de meilleurs résultats, n’étant pas parvenus eux non plus à réduire suffisamment les dommages causés par le ver fil de fer.

En agissant dans la culture dérobée, les chercheurs ont donc réussi à augmenter dans le sol le nombre de M. brunneum, antagoniste du ver fil de fer. «Mais pour assurer une utilisation fiable dans la pratique, la stratégie de protection des plantes a encore besoin d’améliorations», relève Lara Reinbacher. Cette dernière souligne l’importance et l’urgence de poursuivre les recherches afin d’offrir une protection efficace contre les dommages causés par le ver fil de fer.

Depuis 2014 et l’interdiction des produits à base de fipronil (Regent), il n’existe plus de moyen de lutte efficace contre ce ravageur. Jusqu’aux plantations de l’an dernier, il était encore possible d’appliquer de l’Ephosin, contenant du chlopyrifos. Mais l’utilisation de cette matière active nocive pour l’environnement et relativement peu efficace n’est plus possible depuis le 28 mai 2021. A ce jour, le seul produit phytosanitaire utilisable contre le vers fil de fer dans les pommes de terre est l’Attracap, qui contient des M. brunneum. Ce produit bénéficie d’une autorisation temporaire jusqu’au 31 juillet 2022, pour une surface maximale totale de 1000 ha sur l’ensemble du pays.

Prévention
La lutte préventive passe avant tout par la rotation. Il convient d’éviter de planter des pommes de terre dans les trois ans qui suivent une prairie. Les pois protéagineux ou les féveroles constituent, par exemple, de bons précédents culturaux.

Les larves des taupins ont tendance à préférer les terrains acides. Elles apprécient également les sols lourds, riches en humus et en argile. Il est donc possible de limiter le risque d’infestation en privilégiant les parcelles aux terres légères et sablonneuses pour les cultures de pommes de terre. Opter pour des variétés précoces et récolter dès que la peau est suffisamment ferme permet aussi de réduire le risque de dégâts.
Vincent Gremaud, 13 mai 2021
 
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«LA RECHERCHE EST TRÈS ACTIVE»
 
Interview
LARA REINBACHER
Doctorante auprès d’Agroscope et nouvelle collaboratrice du FiBL

> Dans les conclusions de votre travail de thèse, vous soulevez le besoin d’approfondir les recherches dans la lutte biologique contre les vers fils de fer. Dans quelle direction doivent s’orienter les chercheurs?
Je pense avant tout que nous devons mieux connaître les vers fil de fer, dont il existe différentes espèces. Nous n’en savons pas encore assez sur leurs comportements, en particuliers sur leurs déplacements verticaux dans les sols. Ces mouvements sont très importants pour s’assurer, par exemple, qu’ils entrent en contact avec les champignons entomopathogènes ou les autres moyens de lutte. Nous pouvons aussi imaginer isoler des souches de champignons plus adaptées. Les actions de divers isolats varient fortement. Il faut aussi encore travailler à améliorer les applications pour les rendre plus efficaces.

> L’amélioration des applications, n’était-ce pas justement le but de votre thèse?
C’était effectivement l’un des objectifs. Mais les résultats obtenus dans notre essai d’application dans les dérobées ne se sont pas avérés suffisamment efficaces. Le moment de l’application, le choix de l’isolat et les techniques utilisées doivent encore faire l’objet de recherche pour être mieux adaptées. Il faudrait aussi essayer de combiner ces applications avec d’autres facteurs de stress pour les vers fil de fer.

> Est-ce que ces recherches sont en cours?
La recherche agronomique est très active sur ce sujet. Des études sont menées par Agroscope, en collaboration avec l’Université d’Innsbruck (AUT). Le groupe Protection des plantes – entomologie et agroécologie de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL) travaille également sur la lutte contre les vers fil de fer. A l’international, des essais sont menés partout en Europe, mais aussi au Canada et aux Etats-Unis. Les travaux se penchent non seulement sur les champignons entomopathogènes, mais aussi sur d’autres antagonistes, comme des nématodes. Certains scientifiques tentent d’agir sur les taupins adultes ou sur les conditions de pontes. En France, les chercheurs planchent sur le développement d’un modèle d’estimation des risques. Enfin, les techniques culturales, les rotations et la composition botanique des couverts végétaux sont aussi examinées.
 
> Aujourd’hui, il n’existe aucun moyen de lutte satisfaisant contre les vers fil de fer. Selon vous, quand les praticiens pourront-ils enfin disposer d’une arme efficace contre ce ravageur?
Le développement et les homologations de produits sont des processus lents. Je ne suis malheureusement pas très optimiste quant à la commercialisation rapide d’un moyen de lutte efficace. A court terme, mon espoir s’oriente davantage vers l’affinage des mesures de prévention: l’ajustement des rotations, la définition de techniques culturales plus précises pour réduire le risque d’infestation, le développement de couverts végétaux défavorable aux larves de taupins, etc.
Propos recueillis par Vincent Gremaud, 13 mai 2022


 

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