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Le défi de gérer son exploitation quand le coronavirus s’y est invité


Lorsqu’un agriculteur est confronté au virus, il n’a souvent d’autres choix que de poursuivre ses activités. Des dérogations sont discutées avec les médecins cantonaux.


Dossier_4920_Santé


Pas possible de fermer boutique! Même pendant une période de quarantaine ou d’isolement, il faut assurer la continuité des tâches sur une exploitation agricole. Dans les fermes, on redouble d’astuces mais cela se fait parfois à l’encontre des directives qui stipulent que l’agriculteur n’est pas autorisé à sortir de chez lui. Dans la pratique, après des discussions avec les médecins cantonaux, des autorisations orales de travail sont souvent délivrées. Il s’agit d’exceptions, discutées au cas par cas. «Le médecin peut octroyer des allégements de quarantaine et permettre à un agriculteur de se rendre à l’étable si elle se situe à proximité directe de son domicile et si aucune autre personne n’y va en même temps», indique le Département de la santé, des affaires sociales et de la culture du valais.

L’Office fédéral de l’agriculture donne des directives au niveau national. «Les personnes en quarantaine doivent rester chez elles pendant dix jours et éviter tout contact. Par contre, le contact avec des personnes également en quarantaine et qui vivent dans le même ménage est permis. Les règles d’hygiène et de conduite de la campagne de l’OFSP ‹Comment se protéger› doivent être respectées. Si les personnes sont en isolement, elles doivent rester chez elles. Les animaux de rente dans l’exploitation doivent, si possible, être gardés par une autre personne ou, si ce n’est pas possible, les contacts doivent être limités au minimum. Les soins aux animaux doivent être garantis.» Une interdiction formelle de travailler ne peut donc pas être prononcée pour les paysans mais il ne faut pas prendre seul la décision de maintenir son activité. «S’il n’est pas possible de respecter une quarantaine à domicile, nous encourageons la discussion avec les services cantonaux afin de définir d’une solution sur l’exploitation, par exemple en délimitant des espaces séparés», relève Emilie Beuret, secrétaire de la Chambre d’agriculture du Jura bernois.

Malades en famille
Une rencontre en famille et s’ensuivent quelques semaines un peu compliquées pour la famille Saucy de Develier (JU). La fille de Noël Saucy, infirmière, vient en visite avec ses enfants un samedi après-midi sans savoir qu’elle est porteuse du virus. Le lundi, les premiers symptômes apparaissent chez elle puis ils atteignent tous les membres de l’exploitation: Noël le mercredi 18 novembre, son fils Mathieu le vendredi, son épouse Agnès le samedi et Stéphanie (l’épouse de Mathieu) le mardi suivant. Même Valentin, l’apprenti, va l’attraper! Les symptômes ont été différents pour chacun, c’est Noël Saucy qui a été le plus atteint. La fièvre l’a tenu pendant 15 jours et il a encore aujourd’hui des problèmes de souffle. «Pendant la période de fièvre, j’ai beaucoup dormi, je n’avais pas de force», explique-t-il. Son isolement a duré trois semaines. «Comme tout le monde a été touché, nous avons eu moins besoin de faire attention aux autres mais il a bien fallu que l’exploitation continue de tourner. Pour ma part, j’étais incapable de m’occuper du bétail. Un exploitant seul pourrait avoir des difficultés.» Chez les Saucy, le travail a été réparti entre Mathieu et sa maman, aussi salariée de l’exploitation, qui s’est chargée des poules et des veaux. Par chance, les deux jours où elle était au plus mal, Stéphanie a pu la remplacer. Comme l’apprenti avait eu des contacts avec sa famille, il est retourné chez lui. L’exploitation compte 3000 poules pondeuses, 45 vaches laitières et à ce moment-là, il fallait encore semer 7 ha de blé.

Autorisation orale
Mathieu Saucy a surtout ressenti de la fatigue. «Quand je suis malade, ça me tient souvent à peine un jour mais là je sentais que c’était différent. J’ai parfois dû me recoucher pendant la journée. Et encore aujourd’hui, je sens que le souffle n’est pas le même.» Mais ce qui l’a le plus pesé, c’est toute l’incertitude qui entoure le virus. «J’ai reçu une information écrite m’indiquant que je n’étais plus autorisé à aller sur l’exploitation mais, au téléphone, la secrétaire du médecin cantonal m’a dit qu’elle m’autorisait à travailler mais qu’elle ne pouvait pas me le mettre par écrit. J’étais un peu inquiet d’avoir un accident avec le bétail par exemple. Je me demande ce qu’il se serait passé avec les assurances», indique Mathieu Saucy (lire l’encadré ci-dessous).
Pendant sa semaine d’isolement, il est resté autour de la ferme, sauf pour aller livrer le lait. «Comme nous étions tous malades, il n’y avait personne d’autre pour le faire. J’en avais discuté avec le service du médecin et nous avions pu trouver un arrangement. Je restais dans la voiture et c’est le fromager qui se chargeait de désinfecter la vanne et de pomper le lait. Malgré l’autorisation du médecin, j’avais souci qu’on me dénonce en me voyant hors de l’exploitation. On ne sait pas ce qu’on a le droit de faire, c’est pesant. Ça m’aurait fait du bien d’avoir quelque chose d’écrit», témoigne l’agriculteur.

Pas d’aides financières
Du côté financier, il n’y aura rien pour la famille. «Nous avons pu nous arranger entre nous mais nous sommes 3 forces de travail sur l’exploitation et nous aurions pu avoir besoin de remplacer ces 3 personnes. Financièrement cela aurait été à notre charge», relève Noël Saucy qui ajoute: «Mais c’est aussi une chance d’avoir pu continuer de travailler, au contraire de certains indépendants qui sont forcés de s’arrêter lors des périodes de confinement».
Sarah Deillon, 4 décembre 2020

 
QUID DES ASSURANCES
 
Une fois touchés par le virus, les agriculteurs reçoivent un message leur indiquant qu’ils doivent se mettre en isolement. Puis, au téléphone avec une personne du service du médecin cantonal, ils reçoivent une autorisation orale pour continuer de travailler. D’après Lionel Gfeller, de Terremploi, filiale de Prométerre, il n’y aura pas de problèmes pour la couverture des soins médicaux par l’assurance en cas d ’accident. Cependant, si l’agriculteur est au bénéfice d’un certificat médical d’incapacité de travail ou que son état de santé est incompatible avec les travaux effectués, l’assurance perte de gain pourrait réduire sa couverture en cas d’accident.
Lionel Gfeller recommande en tous les cas de ne pas prendre seul la décision de travailler mais d’en discuter avec le médecin cantonal.
SD, 4 décembre 2020

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AIDES FINANCIÈRES POUR L'AGRICULTURE
 
Des allocations pour perte de gain sont versées à diverses catégories de la population. Peuvent y prétendre: les parents d’enfants qui doivent interrompre leur activité lucrative parce que la garde de leurs enfants n’est plus assurée, les personnes placées en quarantaine qui doivent interrompre leur activité lucrative, les indépendants (ou les personnes dont la position est assimilable à celle d’un employeur) qui doivent fermer leur entreprise en raison de mesures cantonales ou fédérales, les indépendants qui sont concernés par l’interdiction ou l’annulation de manifestations, les personnes exerçant une activité lucrative indépendante qui doivent limiter significativement leur activité.
L’agriculteur dispose des mêmes droits que les autres travailleurs indépendants.
Cas de quarantaine
Pour que la personne en quarantaine puisse demander une allocation, il faut que sa quarantaine ait été ordonnée par le médecin ou par les autorités. L’indemnité correspond à 80% du revenu moyen soumis à l’AVS, obtenu avant le début du droit (maximum 196 francs par jour). Pour un indépendant, c’est le revenu annuel qui fait foi, converti en gain journalier. Toutefois, cette allocation est prévue pour les cas de cessation de l’activité lucrative, ce qui est rarement le cas dans le domaine agricole.
 
Annulation de manifestation
Ce qui pourrait par contre intéresser le milieu agricole, c’est l’allocation prévue en cas d’interdiction ou d’annulation d’une manifestation. «Le vigneron qui devait fournir le vin lors d’une importante manifestation pourrait prétendre à cette allocation. Idem pour le maraîcher qui devait fournir les légumes», explique Lionel Gfeller.
 
Baisse du revenu
Il existe encore une allocation prévue pour les indépendants qui ont dû limiter significativement leur activité. Est considérée comme une baisse significative une réduction d’activité qui entraînerait un chiffre d’affaires (pour le mois en cours) inférieur d’au moins 55% par rapport au chiffre d’affaires réalisé entre 2015 et 2019. La majorité des agriculteurs ne sont donc pas concernés mais certains pourraient y prétendre, notamment s’ils ont une importante activité annexe sur leur exploitation, de l’agritourisme par exemple. «Ou pour l’exploitant qui écoulerait la majorité de ses produits auprès de la restauration», ajoute Lionel Gfeller.
«Etant donné que l’activité lucrative ne rencontre souvent pas de baisse importante du chiffre d’affaires et qu’elle ne peut/doit pas être complètement arrêtée, les critères pour les allocations perte de gain ne sont généralement pas remplis dans les exploitations», constate Emilie Beuret.
 
Cas d’isolement
Si une personne est en isolement, c’est un cas maladie et c’est sa propre assurance d’indemnités journalières qui paie la perte correspondante. Or, dans le milieu agricole, les délais d’attente vont souvent au-delà de 30 jours.
SD, 4 décembre 2020
 

 

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