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La préparation des veaux influence les performances d’engraissement


Le projet Ressources OptiVeau a permis de mettre en évidence qu’une bonne préparation des veaux sur les exploitations de naissance améliore l’accroissement et diminue la durée d’engraissement des veaux blancs.


veaux blancs


Une durée d’engraissement raccourcie de 3 jours et un gain de poids quotidien plus élevé de 50 à 60 g/jour. Ce sont les résultats obtenus par les veaux ayant bénéficié d’une préparation spécifique durant leurs premiers jours de vie, dans le cadre du projet Ressources OptiVeau. Mené par le par le Service sanitaire des veaux Suisse (SSV), ce projet avait pour objectif de vérifier s’il était possible d’améliorer la santé et les performances des veaux à l’engrais en prenant certaines mesures sur les exploitations de naissance.

Bonnes pratiques pour des veaux sains
Les naisseurs participants au projet se sont engagés à:
assurer un approvisionnement suffisant en colostrum;
distribuer un booster (ndlr: un apport de sélénium et de fer, sous forme d’une injection, voire de pâte administrée par voie orale);
abreuver intensivement les veaux (distribution de lait à volonté ou au moins 8 litres par jour);
vacciner contre la grippe des veaux.

Avec ces mesures, l’objectif était d’obtenir des veaux suffisamment développés au moment du transport vers les exploitations d’engraissement. En contrepartie de ces efforts, les naisseurs ont touché une prime de 50 francs par veau qui présentaient un poids 
d’au moins 70 kilos à l’âge de 50 jours.

Pour cette partie du projet, qui s’est déroulée principa­lement en Romandie, 167 exploitations de naissances ont fourni 1731 veaux, dont 1104 ont rempli les exigences fixées par le SSV. Ces animaux ont été répartis en 37 séries d’engraissement sur 13 exploitations différentes. Leurs résultats ont été comparés à ceux d’un groupe de contrôle composé de 1265 veaux maigres, répartis en 19 séries.

La valorisation des données a tenu compte des différents paramètres pouvant influencer les résultats, à savoir le sexe des veaux, la saison, le lot, l’engraisseur ainsi que la part de génétique laitière et la part de génétique issue de races à viande.

Incidences financières
En moyenne, les veaux gras ayant été préparés selon les critères du SSV sur les exploitations de naissance ont atteint des poids de carcasses supérieurs de 3 kilos PM à celui du groupe de contrôle au moment de l’abattage.

Pour les engraisseurs, ce gain de poids ainsi qu’une durée d’engraissement réduite de trois jours représentent une plus-value économique. Le SSV estime que cela améliore la marge brute des engraisseurs de quelque 50 à 100 fr. par veaux. En outre, ce montant ne tient pas compte de la réduction du travail induite par la diminution de la durée d’engraissement. Il faut noter que ce résultat est obtenu alors qu’aucune exigence supplémentaire n’était demandée aux engraisseurs.

Le projet imposait aux naisseurs de prendre des mesures concrètes sans pour autant qu’ils puissent espérer toucher une plus-value sur les marchés. Pour rétribuer ces contraintes supplémentaires, la prime de 50 francs par veaux satisfaisant aux critères était financée par l’Office fédéral de l’agriculture, partenaire du projet. A terme, si le système devait perdurer, un arrangement au sein de la filière serait nécessaire pour permettre à chacun d’en retirer une plus-value.

Pas de réduction des antibiotiques
Le Service sanitaire des veaux Suisse s’est aussi intéressé aux quantités d’antibiotiques utilisées par les engraisseurs du projet. En effet, aujourd’hui, environ 25% des antibiotiques distribués aux animaux de rente en Suisse le sont à des veaux. Mais il s’est avéré qu’aucune diminution des antibiotiques n’avait pu être mise en évidence lors de l’analyse des données de l’essai. Cela s’explique principalement par le fait que le SSV n’est intervenu ni sur les transports, ni sur la gestion des ateliers d’engraissement.

Pour l’engraissement de ces veaux blancs, OptiVeau s’est basé sur le système mis en place par Univo, en circuit fermé. La filiale de Translait faisait en effet partie des partenaires du projet.

Dans son volet suisse alémanique, le projet OptiVeau considère également 1307 veaux répondant aux critères du SSV. Ces derniers ont été valorisés en broutards ou ont rejoint des halles d’engraissement de bovins lourds. Les abattages ayant eu lieu plus tardivement, le SSV n’a pas encore pu va­loriser les résultats. Ces derniers ne devraient probablement être publiés qu’à la fin de cette année, mais il paraît logique de penser que plus la durée de vie d’un animal est longue, moins grande est l’influence des premiers jours de vie sur ses performances et sa santé.
Vincent Gremaud, 5 novembre 2021.
 
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«PERSONNE NE DONNE DES ANTIBIOTIQUES PAR PLAISIR»
 
Interview
LARA MOSER 
Vétérinaire au Service sanitaire des veaux Suisse


> Quel écho a reçu votre projet auprès des naisseurs?
Les réactions ont été très diverses. La participation au projet se faisait sur une base volontaire, mais il faut savoir que l’entreprise Univo souhaitait initialement que tous ses fournisseurs de veaux soient membres du Service sanitaire des veaux Suisse (SSV). Les exploitants qui ont participé volontairement à OptiVeau sont généralement contents de la visite et de la prime reçue par veau vendu dans le projet. Parmi les autres, certains ont estimé que ce projet était superflu. Il faut aussi souligner que la fédération des Producteurs suisses de lait (PSL) est partenaire du projet OptiVeau.

> Comment le Service sanitaire des veaux Suisse a-t-il suivi ces exploitations?
Nous nous sommes rendus sur la plupart des exploitations de naissance. En Romandie, nous avons rendu visite à environ 150 naisseurs sur les 167 adhérents au projet. Sur place, nous nous sommes basés sur une liste de contrôle de 15 questions, d’une part, pour assurer la bonne préparation des veaux et, d’autre part, dans le but d’offrir des conseils sur la gestion générale des veaux. Les exploitants qui ont choisi d’adhérer au projet ont généralement conscience de l’importance de la gestion des veaux. Il leur était ainsi relativement facile de répondre à nos exigences.

> OptiVeau n’a pas permis de réduire l’utilisation d’antibiotiques. Pourquoi?
Personne ne donne des antibiotiques par plaisir. Mais le système d’engraissement des veaux en Suisse est fait de telle sorte que les veaux quittent les exploitations de naissance pour rejoindre celles d’engraissement. Les transports et la mise en étable de lots composés de nombreux individus provenant de diverses exploitations représentent des facteurs de risques importants qui n’ont pas été abordés dans le cadre du projet. On ne peut pas simplement arrêter de donner des antibiotiques sans s’attaquer aux causes de leur utilisation.

> Généralement, c’est l’utilisation prophylactique d’antibiotiques qui est pointée du doigt…
Dans la plupart des cas, il s’agit plutôt de traitements métaphylactiques. On parle de métaphylaxie lorsqu’on traite les animaux cliniquement malades et les autres animaux d’un même groupe qui sont encore cliniquement sains, mais avec une forte probabilité d’être infectés à cause du contact étroit avec les animaux malades. Sur un lot de veaux blancs, il y a presque toujours des individus qui présentent déjà à leur arrivée des symptômes. Généralement, les autres suivent, car leur système immunitaire est affaibli par le stress du transport.

> Ne serait-ce pas possible de réduire l’utilisation d’antibiotiques en gardant plus longtemps les veaux chez les naisseurs, jusqu’à ce qu’ils développent une immunité suffisante?
Cela peut aider. Ce qui fonctionne bien, c’est l’engraissement des veaux directement sur l’exploitation de naissance, sans transport et sans achat d’animaux d’autres fermes. Mais les naisseurs sont des producteurs de lait. Ils n’ont pas forcément les infrastructures nécessaires ni le temps de s’occuper de ces veaux jusqu’à un âge plus avancé. Il faudrait aussi que le marché rémunère correctement ces efforts supplémentaires.

> Vous dites que le système suisse impose les traitements métaphylactiques. Existe-t-il un meilleur système ailleurs dans le monde?
Il existe différents systèmes. En comparaison internationale, la Suisse est plutôt bonne élève en matière de bien-être animal, mais nous utilisons beaucoup d’antibiotiques. Ailleurs, on voit des veaux être transportés plus jeunes ou plus loin encore. Dans certaines régions, les veaux mâles sont même tués à la naissance. Heureusement, ce n’est pas le cas en Suisse. Dans certains pays, les antibiotiques sont simplement trop chers, par rapport à la valeur des veaux, pour être utilisés. Se pose alors la question du bien-être animal. Chez nous, on préfère traiter et je pense que c’est bien ainsi, mais ce serait encore mieux d’éviter qu’ils tombent malades.

> OptiVeau a rémunéré les efforts fournis par les naisseurs avec une prime de 50 francs par veau. Qu’en sera-t-il au-delà du projet?
Nous espérions pouvoir mettre en place un certificat sanitaire pour les veaux, avec une plus-value pour les naisseurs de 50 fr. par veau. Pour l’instant, il n’y a pas d’accord en ce sens au sein de la filière, mais l’idée n’est pas enterrée pour autant. Certains acheteurs de veaux, comme Univo, paient mieux les naisseurs tout en imposant des exigences de qualité. C’est le jeu du marché.

> Le SSV envisage-t-il une suite à son projet OptiVeau?
Oui. Nous devons d’abord terminer la valorisation des données en Suisse alémani­que, où les veaux ont intégré des filières d’engraissement de bovins lourds. Avec Univo, nous avons aussi prévu de rendre visite aux exploitations d’engraissement, dans le but de les sensibiliser eux aussi.
Propos recueillis par Vincent Gremaud, 5 novembre 2021.

 

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