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Dossier chevaux 31 juillet 2020

Les poussières, ennemies des équidés


Poussières et chevaux ne font pas bon ménage. L’impact sur le système respiratoire de cet animal est à ne pas négliger. Plusieurs bonnes pratiques sont à adopter.

Bien avant de constater une baisse dans la performance physique, le cheval mouchait un peu blanc et toussait au début du mouvement. Ce sont des signes qui ne trompent pas; son système respiratoire n’est pas optimal. Un problème fréquent chez les chevaux. Cependant, il n’est pas évident de donner des chiffres sur le nombre d’équidés avec des problèmes respiratoires, car une partie ne montre aucun signe.
 
«Les articles scientifiques récemment publiés sur l’asthme équin évoquent que 15 à 20% de chevaux vivants en zone climatique tempérée comme la Suisse sont concernés», relève Sophie Sage, vétérinaire à l’Institut suisse de médecine équine (ISME) Pferdeklinik à Berne. «Je dirais que la bronchite chronique classique touche une majorité des chevaux», estime Gilles Thiébaud, vétérinaire aujourd’hui responsable de projets et de cours à l’Institut équestre national d’Avenches (IENA). «Durant mes plus de trente années de médecine vétérinaire équine, j’ai constaté que cela concernait tout type de chevaux, que ce soit dans leur utilisation ou leur race.» «Il s’agit d’un motif de consultation fréquent», confirme Sophie Sage. «La race, l’âge, les conditions de détention, la susceptibilité génétique ou l’utilisation du cheval sont des facteurs à risque.»

Première cause, les poussières
Bronchite, broncho-pneumonie ou pneumonie infectieuse, asthme, hémiplégie laryngée… sont parmi les affections respiratoires équines. La première cause de l’asthme équin, celle qui insidieusement se retrouve partout, est la poussière. Il y a notamment celle de foin, principal élément déclencheur «contenant des spores de moisissures et des endotoxines».

Si le foin est destiné aux chevaux, il est conseillé de ne pas faucher l’herbe trop court, ni de trop pirouetter le foin et ainsi, entre autres, éviter de botteler de la terre avec. Celui fauché après le 15 juin sera toujours meilleur que celui de mai ou le regain, à proscrire. Dans certains cas, il est conseillé de mouiller le foin avant de le donner, «mais pas juste un petit peu, car ça séchera trop vite. Le problème c’est que si on le laisse tremper 10-15 minutes, il perd ses nutriments», relève Gilles Thiébaud. «Et dans les briquettes de foin, il y a trop souvent de la mélasse qui n’est pas bonne pour les chevaux.»
 
Enlever le foin à un cheval aux problèmes pulmonaires serait bien, mais que lui donner à manger, surtout en hiver? «Il existe des autocuiseurs pour le foin et le haylage a permis de sauver beaucoup de chevaux», ajoute-t-il. Mais cela a un coût, notamment en temps de travail. Nourrir le cheval par terre, et non en hauteur, aura aussi un impact positif sur sa santé.
 
L’importance de la litière
Autre facteur aggravant la respiration fragile: la litière. «Elle est hyper importante, car le cheval mange 16 heures par jour et a donc toujours le nez par terre», dit-il. Ainsi, si la litière est poussiéreuse ou humide et dégage de l’ammoniac, cela ne va pas aider à améliorer les poumons de l’équidé. «La meilleure litière reste de la très bonne paille de blé, des variétés sans barbes. Attention à la paille traitée, notamment avec des raccourcisseurs de tiges, qui est régulièrement à l’origine d’allergies diverses. Dans les cas où ce n’est pas possible d’en utiliser, il existe des copeaux dépoussiérés. La sciure, autrefois facilement utilisée car peu cher est à proscrire. Elle contient souvent de grandes quantités de spores de moisissures et d’autres résidus toxiques issus du traitement du bois. Le problème avec les poussières est la taille des particules, si elles font moins de quelques millièmes de millimètres, elles terminent dans les alvéoles des poumons», continue le responsable à l’IENA.
 
Lorsque le cheval est au repos, calme, il faut observer les mouvements de l’abdomen (flanc). Aucun effort ou saccade ne devrait être visible au moment de l’expiration. (Photo: F. Morand)  
 

Un environnement idéal
«Le cheval est fait pour vivre dehors toute l’année, mais il est rarement possible d’offrir de telles conditions de vie, il faut donc s’adapter», poursuit Sophie Sage. Dans les gestes préventifs, relevons celui de sortir les chevaux avant de nettoyer les boxes et surtout de ne pas balayer l’écurie quand les équidés sont dedans, ou alors de mouiller le sol avant afin que les poussières ne s’envolent pas. Ne pas stocker du fourrage à côté des boxes ou au-dessus s’il n’y a pas un double plancher et éviter de le secouer à proximité des chevaux, sont d’autres gestes à adopter. Tout comme le réflexe, même en hiver, de bien aérer l’écurie. «Les changements doivent être mis en place à l’échelle de l’écurie et non du seul box du cheval atteint», souligne la vétérinaire.

«L’asthme ne se guérit pas, mais il peut être contrôlé»
Côté guérison, les espoirs sont maigres, puisque «l’asthme ne se guérit pas, mais il peut être contrôlé grâce à une bonne gestion environnementale», continue la spécialiste. «Si les symptômes sont trop sévères, un traitement médicamenteux peut être envisagé. Des corticostéroïdes, parfois combinés à un bronchodilatateur, sont administrés. A noter qu’ils sont proscrits lors de compétitions.» Et Gilles Thiébaud d’insister: «A chaque crise il sera toujours plus difficile pour le cheval de récupérer, les changements de l’environnement sont donc primordiaux».
Fabienne Morand, le 31 juillet 2020
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IDENTIFIER LES ALLERGÈNES
«Votre cheval a-t-il des problèmes respiratoires?», questionnait l’Institut suisse de médecine équine (ISME) de Berne sur un flyer. Des vétérinaires étaient à la recherche de chevaux pour mener une étude dont l’objectif est «d’identifier les allergènes associés à l’asthme équine», répond la docteur Sophie Sage. L’analyse s’est terminée le 24 juillet et plus de 80 chevaux ont été examinés. Grâce à une micropuce développée au Royaume-Uni, les anticorps correspondants à plus de 300 allergènes présents dans l’environnement peuvent être détectés dans le sang ou le liquide pulmonaire des chevaux.
 
«Chaque cheval asthmatique est examiné avec un cheval sain vivant dans la même écurie», continue-t-elle. «Cela permet de distinguer l’influence de l’environnement sur la maladie. Nous espérons que les résultats de cette étude contribueront au développement d’un traitement personnalisé du cheval asthmatique. Dans un deuxième temps, nous aimerions faire le lien entre les anticorps détectés chez les chevaux les plus sévèrement atteints et les allergènes présents dans leur environnement grâce à un dispositif d’échantillonnage de l’air.»
 
Une première étude a déjà été menée en partenariat avec des groupes au Royaume-Uni, en France, au Canada et aux Etats-Unis. Elle a montré que «des allergènes tels que les pollens, les acariens ou, plus surprenant, le latex provenant de l’abrasion des sols ou routes, pouvaient jouer un rôle dans le développement de l’asthme». L’étude de l’ISME vise à valider ces résultats.
Fabienne Morand, le 31 juillet 2020



 

 

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