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Lutter contre les plantes indésirables aussi en lisière de forêt


Quelques individus en bordure de forêt puis dans la bande herbeuse et finalement dans les parcelles agricoles… Les espèces indésirables doivent aussi être éliminées en lisière de forêt. C’est le propriétaire de la parcelle qui en est responsable.


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Un chardon en bordure de forêt a vite fait de se retrouver dans une parcelle agricole. Et quand la renouée du Japon s’installe, elle ne met pas long avant d’aller voir ailleurs. Qui est responsable d’aller arracher ces plantes et quelles sont les espèces qui doivent être combattues? Les directives fédérales donnent quelques indications mais ce sont surtout les cantons qui doivent prendre le relais et fixer les règles.
La pression des plantes indésirables fluctue d’une région à une autre et les lisières de forêt ne sont pas toutes envahies. Souvent, les berges de cours d’eau ou les bords de routes sont autrement plus infestés. Mais lorsque la forêt est perturbée, à la suite d’une coupe notamment, les espèces viennent s’installer. La lutte dans le milieu forestier peut s’avérer être très compliquée, coûteuse et peu efficace. Elle n’est donc généralement pas la priorité des propriétaires forestiers.
 
Lutte par les Cantons
Selon l’article 51 de l’Ordonnance sur l’utilisation d’organismes dans l’environnement (Ordonnance sur la dissémination dans l’environnement ODE), l’OFEV «veille à mettre en place un système de monitoring destiné à reconnaître suffisamment tôt les risques éventuels pour l’environnement et les atteintes à la diversité biologique dus à des organismes exotiques envahissants». Puis, selon l’article 52, l’OFEV définit la lutte. «Si des organismes pouvant mettre en danger l’être humain, les animaux ou l’environnement ou porter atteinte à la diversité biologique et à l’utilisation durable de ses éléments apparaissent, les cantons ordonnent les mesures requises pour les combattre.»

La responsabilité revient ainsi aux Cantons. Ces derniers doivent informer l’OFEV et les autres services fédéraux concernés de l’apparition d’organismes et des mesures prises pour les combattre.
Dans les Cantons, on déplore ce manque de directives au niveau fédéral. «La loi ne donne des informations précises que pour l’ambroisie. Pour les autres plantes, elle n’impose pas de lutte et sans cet aspect contraignant, il est difficile pour nous de demander que le travail se fasse», regrette Camille Mary, du secteur Biodiversité et paysage de la Direction générale de l’environnement du Canton de Vaud. Elle précise toutefois que les lois fédérales sont en cours de révision. Pour les espèces indigènes, l’ordonnance ne donne pas d’indications.

Adapter l’intervention à l’espèce et au milieu
Les propriétaires sont responsables d’assurer la lutte dans leurs parcelles agricoles ou forestières. Mais, en pratique, cela n’est pas toujours aussi évident. «C’est malheureusement un cas classique. Tout le monde est censé s’occuper de sa zone et il reste un petit coin entre les parcelles de chacun où la lutte n’est pas effectuée, une sorte de no man’s land qui facilite la propagation de plantes indésirables», relève Emmanuelle Favre, de l’Office cantonal de l’agriculture et de la nature du Canton de Genève.
 
La lutte dépend aussi parfois du milieu concerné. S’il s’agit d’un biotope particulier ou d’une réserve, l’entretien revient généralement au Canton. Il n’est ainsi pas évident pour l’agriculteur de savoir auprès de qui il doit s’annoncer s’il est voisin d’une surface problématique. Il peut généralement trouver du soutien auprès des services de conseils agricoles, des gardes-forestiers, du service de l’agriculture ou de l’office de la nature ou de la forêt de leur canton. Via le site ou l’application d’Info flora, il est possible d’annoncer des plantes et leur localisation.
Plusieurs différences sont observées entre les cantons, que ce soit pour la liste des espèces à combattre ou pour la façon d’effectuer le suivi et la lutte. Certains ont par exemple donné des directives aussi pour des plantes indigènes.
Sarah Deillon, 12 août 2022
 
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FORET ET AGRICULTURE
 
Plusieurs facteurs aident à limiter la pression des plantes indésirables. Lorsqu’une plante sort de la forêt, elle colonise d’abord la bande herbeuse et la fauche des herbages freine son expansion. De plus, il ne s’agit parfois pas des mêmes espèces entre les deux milieux. «Celles qui posent problème en bordure de forêt ne se ressèment pas forcément dans les terrains cultivés, comme le Buddleia de David», explique Georg Bregy, du Service de l’agriculture du Canton du Valais. Il faut aussi relever à l’inverse que des mauvaises herbes présentes en forêt proviennent à la base de l’agriculture.
SD, 12 août 2022
 
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FRIBOURG
Dans le canton de Fribourg, les propriétaires doivent empêcher la propagation des néophytes listées à l’annexe 2 de l’ODE. Par contre, la lutte n’est pour l’instant pas obligatoire pour les plantes indigènes, sauf pour les chardons des champs.
L’Etat de Fribourg, par le Service des forêts et de la nature (SFN), est en cours d’élaboration d’un Plan d’action Néophytes. «Ce document aura pour fonction de définir les rôles et responsabilités de chacun sur le territoire cantonal. Il visera aussi à prioriser les espèces contre lesquelles lutter, les méthodes de lutte ainsi que les objectifs à atteindre», indique Philippe Wohlhauser, chef de la section forêt et dangers naturels du SFN. Selon les espèces et les biotopes concernés, il sera question de définir s’il faut chercher à stabiliser, éradiquer ou surveiller les populations. Dans les biotopes d’importance cantonale ou nationale, le SFN organise déjà des actions de lutte.
Il est recommandé aux agriculteurs de signaler au propriétaire voisin la présence de foyers de néophytes, de procéder à des arrachages annuels précoces et d’indiquer la présence de néophytes sur la page d’informations ou l’application d’Info flora.
SD, 12 août 2022
 
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GENEVE
L’Office cantonal de l’agriculture et de la nature (OCAN) coordonne la lutte contre les néophytes dans le canton de Genève. Une stratégie a été mise en place; elle prévoit par exemple une tolérance zéro quant à la présence de néophytes dans les milieux d’importance fédérale et les réserves naturelles. Ailleurs, la lutte se fait au cas par cas, selon l’espèce et l’endroit. «Nous enlevons par exemple la berce du Caucase partout car elle est encore localisée mais nous serons moins proactifs pour d’autres plantes très répandues. Tant que le milieu est encore préservé, nous luttons au maximum. Et dans les endroits déjà colonisés, nous faisons en sorte de ne pas créer davantage de dommages mais nous ne faisons plus d’intervention systémique», explique Emmanuelle Favre, du Service de la biodiversité de l’OCAN.
Le Canton n’a pas imposé la lutte pour les espèces indigènes mais il informe les propriétaires sur les enjeux de la propagation de ces plantes et mise sur leur compréhension. En cas de problèmes, les exploitants peuvent annoncer les plantes via un formulaire sur smartphone. Emmanuelle Favre reçoit une alerte et peut mandater quelqu’un pour lutter. 
SD, 12 août 2022
 
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JURA
La Loi sur la protection de la nature et du paysage du Canton du Jura demande que les propriétaires fonciers et les exploitants prennent les mesures nécessaires pour lutter contre les néophytes envahissantes. Et cette loi prévoit aussi quelque chose pour les plantes indigènes. Il y est écrit que «l’Office de l’environnement (ENV) peut, dans des cas particuliers, notamment des friches, talus et dépôts de terre, imposer aux propriétaires fonciers, aux exploitants et aux collectivités publiques des mesures de lutte contre l’ensemencement des terres agricoles avoisinantes par des plantes envahissantes se trouvant sur leur bien-fonds». L’ENV doit donc intervenir ponctuellement sur ce type de terrains, mais pas forcément en forêt.
Le Jura a établi un inventaire des néophytes (Géoportail du système d’information du territoire jurassien) et se prépare à prendre d’autres mesures. «Une motion parlementaire a été récemment acceptée par le Parlement cantonal au sujet des plantes envahissantes. Elle demande l’élaboration d’un plan d’actions afin de coordonner les mesures de lutte», relève Mélanie Oriet, responsable du domaine Forêts et dangers naturels de l’ENV.
SD, 12 août 2022
 
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JURA BERNOIS
Le Canton de Berne a défini une liste d’organismes à surveiller mais il s’agit essentiellement de ravageurs (l’ambroisie est la seule plante listée). La lutte revient au propriétaire mais il n’y a pas de directives précises pour intervenir. Les Communes et le Canton doivent conseiller et informer mais n’ont pas de moyen de pression. «Nous espérons arriver à faire comprendre à chaque propriétaire l’importance de se responsabiliser et de lutter contre ces plantes envahissantes via l’information», indique Tessa Grossniklaus, secrétaire de la Chambre d’agriculture du Jura bernois. 
SD, 12 août 2022
 
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NEUCHATEL
Dans le canton de Neuchâtel, le propriétaire foncier est aussi responsable de la lutte. Mais en fonction de l’espèce considérée ou de sa localisation (réserve, site d’importance national, bordure de cours d’eau), il est soutenu dans sa démarche et des aides peuvent lui être octroyées. La liste des espèces prioritaires est visible sur le site (onglet nature) du Service de la faune, des forêts et de la nature (SFFN). Un manuel de gestion de ces espèces est aussi à disposition. «Nous organisons régulièrement des cours de formation à l’attention des communes et du personnel de l’Etat chargé de l’entretien des espaces verts. Notre stratégie vise plusieurs buts: reconnaissance des espèces, identification des priorités, formation, information, mise en œuvre de la lutte», indique Yannick Storrer, collaboratrice du SFFN.
Pour les espèces indigènes problématiques pour l’agriculture, des mesures de lutte ou de contention sont demandées si l’envahissement devient trop marqué. Dans ces cas-là, c’est le Service de l’agriculture (SAGR) qui coordonne les mesures. En cas de question au sujet des plantes envahissantes, l’agriculteur peut contacter le SFFN pour les néophytes ou le SAGR pour les indigènes.
SD, 12 août 2022
 
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VALAIS
En Valais, un concept de lutte contre les néophytes existe depuis plusieurs années. «Nous constatons que malgré la lutte entamée il y a dix ans, la situation ne s’est pas vraiment améliorée, ou en tout cas pas pour toutes les espèces. Les populations sont souvent sous contrôle mais nécessitent de la surveillance et de maintenir la lutte», explique Georg Bregy, adjoint du chef de service du Service de l’agriculture (SCA).
La loi cantonale forestière demande que les propriétaires luttent contre les plantes indésirables (indigènes ou non) mais pour autant qu’elles menacent la forêt. Lorsqu’une intervention est requise, des subventions peuvent être octroyées. En zone agricole, le SCA impose la lutte contre les plantes envahissantes qui se trouvent dans l’annexe 1 de la Directive sur la protection des cultures. Un manuel de gestion est disponible sur le site du Service des forêts, de la nature et du paysage (Nature et paysage).
Le Canton se charge de sensibiliser et informer les propriétaires. «En cas de problèmes, l’agriculteur peut contacter le SCA qui pourra faire le lien avec les autorités forestières», indique Michael Roux, ingénieur forestier pour l’arrondissement du Valais central. 
SD, 12 août 2022
 
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VAUD
Le canton de Vaud compte actuellement plus de directives pour les espèces indigènes que pour les néophytes. «En effet, le Règlement vaudois sur la protection des végétaux (RPV) définit les plantes nuisibles contre lesquelles la lutte est obligatoire sur le territoire cantonal, à savoir: le chardon des champs, le cirse laineux, le cirse vulgaire et la folle avoine», indique Jean-Michel Bolay, responsable de l’Inspectorat phytosanitaire du Canton de Vaud. Ces plantes nuisibles doivent être éliminées avant la formation des graines. Des prescriptions sont aussi données pour l’ambroisie, pour laquelle la lutte est régie par l’Ordonnance sur la santé des végétaux. Les exploitants peuvent contacter l’inspectorat phytosanitaire en cas de question relative à ces espèces.
Pour les néophytes, une stratégie est en cours d’élaboration. Pour l’heure, le canton se fie aux lois fédérales qui demandent que des mesures soient prises lorsque les plantes deviennent trop envahissantes. Il n’y a donc pas d’obligation de lutte, hormis s’il s’agit de préserver des biotopes particuliers. Le canton émet toutefois des recommandations sur sa «boîte à outils pour les Communes». 
SD, 12 août 2022


 

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