Menu
 

Des pistes contre le stress thermique


Avant d’investir dans des systèmes de refroidissement, il faut agir au niveau des abreuvoirs, de la ration et du bâtiment pour endiguer le stress thermique.


Dossier no 11 2021 corrigée


En été, l’entremêlement de quatre variables que sont la température, l’humidité, la vitesse de l’air et le rayonnement global peut donner lieu au redouté stress thermique. Ce phénomène provoque chez les bovins une augmentation de leur température corporelle ainsi que de leur fréquence respiratoire. Lorsque le cap des 60 respirations par minute est passé, l’animal subit déjà un certain stress, qui se traduit par un léger halètement et une température corporelle supérieure à 38,5° C. Le stress thermique pousse les animaux à stationner debout à l’écurie ou au pâturage. Ceci permet à leur corps d’échanger davantage de chaleur avec l’environnement qu’en position couchée. Les vaches réduisent aussi leur ingestion afin de diminuer la rumination, un effort qui entraîne un dégagement de chaleur.
 
Ces modifications comportementales enrayent les performances et ne sont pas sans risque au niveau métabolique. En plaine comme sur les hauteurs, les élevages sont toujours plus frappés par cette problématique. Grangeneuve a invité Bertrand Fagoo, spécialiste en bâtiments d’élevage de ruminants auprès de l’Institut de l’élevage (Idele) (F), à faire part de ses connaissances suite à la réalisation de travaux à ce sujet au sein du Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel). Lors d’un webinaire, le 3 février, le conseiller a recommandé d’agir en premier lieu sur les techniques d’abreuvement et d’alimentation. Ces éléments une fois optimisés, la stabulation en elle-même entre alors en question. A noter que bien que cet article se focalise sur les vaches laitières en bâtiment, il faut veiller durant les périodes de fortes chaleurs au confort du bétail de tout âge, à l’étable comme en pâture.

    Abreuvoirs
Bertrand Fagoo a donné des repères pour s’assurer que de l’eau (propre!) soit à disposition du bétail en suffisance. Entre autres, la hauteur d’eau dans les abreuvoirs doit être de 7 cm au minimum. Des bruits de succion attestent d’un manque de débit ou de capacité. «Il faut atteindre un débit entre 15 et 20 litres par minute. Mesurer le temps nécessaire pour remplir un bidon de 10 litres permet d’estimer les performances», a indiqué le chef de projet. L’accessibilité représente un autre élément critique. Si les points d’eau sont placés dans les passages, un dégagement d’au moins 3,60 m entre le côté opposé et l’extrémité du bac est de mise.
 
«En été, 10 cm d’abreuvoir devraient être disponibles par vache. Si les installations ne suffisent pas, l’éleveur peut ajouter un bassin au cornadis. Je recommande toutefois de privilégier les systèmes qui assurent un renouvellement rapide de l’eau.»

     Ration
Durant les fortes chaleurs, l’afflux des vaches à la crèche diminue. L’agronome conseille de distribuer la ration aux moments les plus frais de la journée, c’est-à-dire le matin ou tard le soir. «Toutes les vaches viendront à la crèche à ces occasions. Il est donc important qu’elles aient toutes une place au cornadis.» Il rend également attentif à la qualité du fourrage. Un ensilage échauffé disposé dans une auge, elle aussi chaude, rebutera la vache. Un tassage suffisant, une orientation des silos au nord ou à l’est et un avancement quotidien important aident à prévenir les problèmes. La ration au sol doit être maintenue à l’ombre.

     Rayonnement
Pour éviter que les rayons du soleil ne pénètrent directement dans les bâtiments, Bertrand Fagoo invite à fermer les ouvertures exposées selon la course du soleil puis à les ouvrir durant la nuit. De manière générale, mettre en place au sud des débords de toiture permet de réduire le cours du soleil. A l’ouest, le rayonnement s’avère plus difficile à contrer car le soleil se fait rasant. Parmi les possibles, il faut penser à supprimer les murs, à installer des filets d’ombrage ou à prolonger la toiture ici aussi.

En ce qui concerne le rayonnement indirect, prudence avec les translucides en toiture. «Nous avons procédé à des mesures dans 20 bâtiments d’élevage. Au sol, sous les translucides exposés au sud, placés à environ 7 mètres de haut, la température était supérieure de près de 5° C à la température ambiante.» Il invite donc à limiter voire éviter ces matières sur les toitures, mais aussi sur les rampants, les façades et les pignons orientés sud et ouest. Blanchir la face intérieure des translucides avec de la peinture d’ombrage à base de chaux coupe le passage de la chaleur tout en laissant la voie libre à la lumière.

Quant à l’isolation des toitures, l’idée est intéressante dans les espaces de faible volume, à l’instar des aires d’attente pour la traite. «Suivant les situations, un gain allant de 0 à 2° C de température ressentie est possible. Il peut aller jusqu’à 5° C dans certaines parties.»

     Ventilation naturelle
Quelle que soit la saison, l’humidité n’est pas la bienvenue dans les étables. Pour s’en débarrasser, il faut augmenter les vitesses d’air en ouvrant les bâtiments. Concrètement, il s’agit d’aménager des entrées d’air libres tout en évitant l’intrusion de chaleur supplémentaire. Les rideaux se profilent notamment en tant que solution. En France, certains exploitants ont démonté des bardages en partie basse sur les façades nord et est, d’autres y ont façonné des volets ou ont opté pour un double-bardage coulissant.

    Ventilation mécanique
Pour Bertrand Fagoo, l’installation d’une ventilation mécanique et/ou d’une brumisation ou d’un douchage se discute uniquement lorsque l’amélioration des pratiques et l’optimisation du bâtiment exposées précédemment se révèlent insuffisantes. La ventilation mécanique entre aussi en question sur les exploitations qui doivent fréquemment faire face à des périodes durant lesquelles la température ne descend pas en dessous de 22° C jour et nuit. Cette solution se profile aussi pour les bâtiments très larges ou mal exposés aux vents.

Dans une stabulation avec salle de traite, les ventilateurs sont à placer en priorité dans l’aire d’attente, principale zone d’inconfort. Il est possible de combiner plusieurs systèmes dans une même étable. Les ventilateurs à flux verticaux ont pour mission principale le renouvellement de l’air. Lorsqu’il est question de réduire l’impact du stress thermique sur le bétail, les vitesses d’air au niveau de l’animal priment.
 
L’objectif est d’atteindre plus de 1 mètre par seconde, mais au maximum 2 à 3 m/s. Attention avec les vieux modèles de ventilateurs à flux horizontaux: «En plus d’être bruyants et énergivores, leurs performances ne sont pas suffisantes et entraînent le regroupement du bétail, ce qui est contre-productif», met en garde le spécialiste avant d’ajouter qu’aujourd’hui, des appareils bien plus performants se trouvent sur le marché.

    Brumisation et douchage

L’expert appelle à la prudence avec les apports d’eau par brumisation ou par douchage: «Ces techniques sont à proscrire dans les bâtiments fermés. La température ambiante diminue uniquement si l’eau s’évapore du bâtiment. Des vitesses d’air importantes sont donc de mise, ce qui rend une ventilation mécanique nécessaire». De telles installations peuvent être intéressantes dans les aires d’attente avant la salle de traite, à la crèche ou aux abords du robot de traite.Des volets dans le bardage d’un bâtiment français de basse montagne. 

 


 

--------------------------------------------------------------------------------

 


 

 

Les sols mixtes de la nouvelle installation du Lycée agricole La Touche de Ploërmel (F).


 

Un sol durable et des onglons sains


Le 9 février, Grangeneuve a donné la parole à François Gervais, chef de projet capteurs, équipements et bâtiments auprès de l’Institut de l’élevage (Idele) en France, dans le cadre d’une seconde visioconférence consacrée aux sols dans les stabulations libres. En marge des aspects économiques et de durabilité, l’éleveur doit prendre en compte l’influence d’un sol sur la santé des onglons. L’agronome fait allusion aux résultats de deux études françaises qui démontrent que l’occurrence des cas de dermatite digitée a doublé entre 2012 et 2016.

«En France, la solution la plus répandue et la plus économique demeure le sol en béton. Plusieurs éleveurs pointent néanmoins du doigt le fait que ces surfaces ont le défaut d’être glissantes», note le conférencier. Il rend attentif aux finitions de surface (empreintes) qui doivent être réalisées de manière à rendre le sol le plus antidérapant possible afin de retarder au maximum un rainurage mécanique. «Si cette opération est réalisée de manière trop précoce, c’est-à-dire moins d’une année après la pose, le béton se retrouve endommagé prématurément. Ce matériau met beaucoup de temps à se stabiliser», relève François Gervais, qui préconise de faire appel à des professionnels pour les travaux de maçonnerie.
 
En effet, un certain savoir-faire est de mise, notamment afin de mettre en place des pentes suffisantes dans les couloirs pour assurer l’évacuation de l’humidité: 1 à 2% de pente longitudinale, ainsi que 2,5 à 3% maximum de pentes transversales, de manière à former un «V». L’agronome souligne: «Sur 500 stabulations françaises, un quart était conçu sans pente. Dans 10% des cas, des contrepentes se dessinaient. Il en résulte un mauvais écoulement des liquides et un raclage moins efficace. Certaines zones restent constamment humides et sales. Ceci nuit à la propreté des pieds et accentue le risque que des infections se déclarent».

L’asphalte, une alternative
En France, l’asphalte commence à faire sa place dans les étables. «Il ne faut pas confondre ce matériau avec les enrobés qui recouvrent nos routes. L’asphalte adapté aux étables se caractérise par une température de coulage plus élevée ainsi qu’une épaisseur fine (2,5 à 3 cm). Du sable ajouté à la surface permet d’obtenir la rugosité nécessaire.» Autrement dit, il s’agit d’un mélange de granulats fins et de bitume coulé sur une base solide, un ancien sol en béton par exemple. Dans un tel cas de figure, opter pour l’asphalte s’avère abordable, voire avantageux. En effet, selon l’expert, sa durée de vie peut atteindre le double de celle d’un sol en béton.

Les tapis nécessitent de revoir le parage
Les revêtements synthétiques apportent du confort aux animaux. Il faut alors éviter que les animaux ne se couchent sur les aires au détriment des endroits de couchage. Ceci se prévient avec des conditions de circulation optimale dans la stabulation ainsi qu’avec des logettes bien réglées et des places de couchage en suffisance. Le défaut majeur des revêtements synthétiques réside dans le fait qu’ils s’avèrent trop peu abrasifs sur la corne, ce qui peut conduire à des déformations d’onglons. Il est donc nécessaire de procéder à des parages plus fréquents. Aujourd’hui, les constructeurs proposent des revêtements synthétiques innovants. L’entreprise Kraiburg a notamment créé un tapis qui combine souplesse et abrasivité grâce à l’incrustation de grains de corindon.

De manière générale, la mise en place de tapis sur un sol avec peu ou pas de pente est à proscrire. Le chef de projet avertit: «La combinaison des facteurs tapis et humidité résiduelle est une catastrophe pour la santé des onglons».

Rassembler les points forts en un sol mixte
Le sol parfait sous tous les points de vue n’existe pas. Pourquoi ne pas en varier la nature au sein d’un même bâtiment? Une exploitation dans le département du Nord a posé des tapis sur un sol en béton dans l’aire d’alimentation. Pour ce qui est du couloir arrière, le béton est recouvert d’asphalte. Quant à l’aire d’attente, elle est équipée de caillebotis standards. Ceci implique toutefois de prévoir un système de raclage ou de nettoyage adapté à chaque type de sol.

Entretenir les surfaces
La clé pour un nettoyage efficace du sol réside dans sa conception. François Gervais dit constater trop souvent des surfaces qui demeurent humides et/ou présentent encore des zones sales après raclage, ceci notamment en raison d’une pente insuffisante, de tapis mal posés ou de dégradations. En système lisier, il invite à tendre vers un raclage toutes les deux heures voire une heure et demie. Equiper son racleur de brosses ou d’une pièce d’usure permet d’obtenir un raclage au plus près de la surface et donc plus efficace.
 
Du côté des caillebotis, un nettoyage avec un racleur ou un robot est nécessaire. L’intervenant rappelle que quelques mètres carrés mal entretenus peuvent suffire à créer maints problèmes. Il fait également référence aux passages. En plus d’une conception avec pente et d’un entretien fréquent, il conseille d’en retirer les abreuvoirs de manière à ce que les vaches n’y stationnent pas. Les points d’eau doivent être repositionnés dans les couloirs d’exercice. 
Sabine Guex, le 18 mars 2021

 

E-Paper & Archives

Cette semaine dans Agri

 

Prix du marché

Chaque semaine, suivez l'évolution des prix du marché de la viande, en conventionnel ou sous label: bovins, porcs, ovins. Consultez aussi les prix de la vente directe, des marchés surveillés et de Proviande.

Conseil de saison

Conseil de saison

Le conseil de saison est désormais disponible dès le mercredi après-midi avant l'édition. Son accès est réservé aux abonnés.

Voyages

Découvrir la Grèce et son agriculture, les trésors de la Corse ou la Géorgie et son histoire légendaire: vous pouvez d'ores et déjà vous inscrire à ces trois premiers voyages concoctés pour les lecteurs d'Agri. Cliquez ici

Agri - Hebdomadaire professionnel agricole de la Suisse Romande
Site web réalisé par www.webexpert.ch

Actualités

Cette semaine

Dossiers

Prix du marché

Photos

Vidéos

Archives

Voyages

A table

Boutique