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Nécessaire proactivité


L’utilisation de techniques limitant les émissions pour l’épandage de lisier sera obligatoire en 2022. Partage d’expériences et rappel de quelques pistes dans l’attente les directives cantonales.


Dossier no 37 - 2021


Les Cantons sont à pied d’œuvre pour élaborer les dispositions suite à l’obligation, confirmée en juin, d’utiliser des «techniques diminuant les émissions», ci-après nommées pendillards, pour l’épandage du lisier sur les surfaces dont la déclivité est égale ou inférieure à 18%, ceci lorsque l’exploitation dispose de 3 ha ou plus de ce type de surfaces.

Un agriculteur non équipé, mis face à ce délai très court, doit d’abord savoir s’il est concerné. L’obligation ne s’applique, en effet, pas aux exploitations dont la «surface sur laquelle l’épandage de lisier est possible» est inférieure à 3 ha, vulgarise l’Union suisse des paysans (USP), dans une fiche technique publiée sur son site.
Pour rappel, la surface sur laquelle l’épandage de lisier est possible avec un pendillard est la surface fertilisable, à l’exception des prairies peu intensives, vignes, permaculture, cultures fruitières et autres cultures fruitières, arbres fruitiers à haute-tige de niveau de qualité II et surfaces individuelles de moins de 25 ares.
Des exemptions à l’obligation sont également prévues, au cas par cas, lorsque ces techniques d’épandage ne sont pas applicables sur certaines surfaces pour des raisons de sécurité, à cause de l’inaccessibilité ou en raison d’un manque d’espace.

Logiciel de calcul
La déclivité de 18% correspond aux critères pour l’octroi des contributions pour terrains en pente, explique l’USP. «Il n’existe pas encore d’évaluation automatique. La surface enregistrée pour les contributions pour terrains en pente par unité d’exploitation ou la carte (données spatiales) peuvent fournir une première indication.» Une vidéo tournée en parallèle de cette page explique comment se rendre sur le portail cartographique de la Confédération et en dégager l’information.
 
Si l’achat ou la location d’une machine doivent être envisagés, deux outils peuvent permettre d’aider exploitants et conseillers dans la démarche. Le nouveau rapport Coûts-machines 2021, publié chaque année par Agroscope, vient tout juste de sortir avec des chiffres plus récents (lire en page 13), et le logiciel Terranimo propose, en ligne, un modèle de simulation pour le calcul du risque de tassement du sol par les véhicules agricoles.
 
Sur le web et facebook:

www.map.geo.admin.ch, portail cartographique de la Confédération.
https://ch.terranimo.world, programme de calcul du risque de tassement du sol.
www.agrihebdo.ch > Vidéos > Le pendillard – Partage d’expériences.

 
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Utiliser le déflecteur sur l’alpage
«Nous disposions d’une citerne Joskin de 7000 litres en bon état. Après avoir visionné plusieurs vidéos, nous nous sommes décidés pour un modèle Pendislide de 7,5 mètres de largeur équipé de trente sabots qui écartent bien l’herbe», explique Romain Kolly, à la tête, avec son frère Fabien, d’une exploitation laitière de 27 ha et 16 ha d’alpages. Leurs 40 à 45 vaches Red Holstein produisent du lait destiné à la fromagerie, à La Roche (FR). «Je suis plutôt content, car même s’il ne pleut pas, l’herbe ne grille pas.» D’ailleurs, l’épandage est tellement discret que Romain a dû s’équiper d’un GPS d’une précision à 20 cm. Il voit à peine où il vient de passer. «J’ai commandé la machine l’année passée, assez tôt, car, avec les conditions du marché, les prix risquent de grimper.» Pour l’équipement de son tonneau, il va débourser 24 000 francs auxquels s’ajoutent 3000 francs de GPS. «Je ne sais pas si mon terrain a suffisamment de pentes pour être dispensé. J’avoue que nous n’avons même pas regardé.» Des adaptations? Romain et son frère ont cessé d’insérer le fumier des 9000 poulets dans la fosse. «Je vois que mes prés restent bien verts et je ne déplore pas de contamination car j’ai du purin clair. Je règle le débit du lisier à 20 m3 à l’ha avec une vanne manuelle de régulation. C’est une chose importante. Ma citerne est équipée d’un col-de-cygne répartiteur qui me permet encore d’épandre avec le déflecteur.» Le poids de la citerne est passé de 2,5 à 3,5 t. Il a donc fallu déplacer l’essieu de 15 à 20 centimètres. 

  
 
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Un équipement pour entreprises
«Pour la moitié du domaine, je me suis équipé, dans le cadre d’une communauté avec trois autres exploitants, d’un système à tuyaux souples d’occasion complété de tuyaux neufs (Ø 90 mm)», explique Claude Hürlimann, à la tête d’une exploitation laitière bio de 65 ha avec une soixantaine de vaches Brown Swiss et Jersey, à Dampheux (JU). «J’épands en une seule fois, au printemps, à partir d’une fosse de 1000 m3, située hors du village. C’est un gros chantier qui mobilise trois personnes pour installer et replier. Le nettoyage et l’enroulement des tuyaux représentent un grand travail.» Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, une certaine force de traction est aussi nécessaire car les tuyaux sont lourds à tirer surtout en conditions humides. La communauté a déboursé, pour une pompe à vis, près de 20 000 francs et l’investissement total s’est élevé à 68 000 fr. (y compris une rampe de 12 mètres). «C’est une technique qui permet d’intervenir à des endroits où le tonneau ne passerait pas. Je trouve toutefois ce système compliqué à utiliser. Il y a toujours des risques de rupture ou d’ennuis avec la pompe.» Pour l’agriculteur, la journée d’épandage n’est jamais très intéressante. Selon lui, il vaudrait mieux qu’une entreprise spécialisée s’équipe d’un tel matériel. «L’installation resterait toujours humide.» Pour la seconde moitié du domaine, l’agriculteur a acquis, aussi en communauté, une citerne de 12 000 litres avec une rampe de 12 mètres. 

 
 

Plus de cent machines en activité
Michel Baudet, à Grolley (FR), est importateur et vendeur de machines agricoles. Il rééquipe beaucoup d’anciens tonneaux, ceci, déjà pour des sommes à partir de 20 000 francs pour une petite rampe de 6 m. «En Suisse, sans un séparateur à lisier, une rampe sans broyeur ne devrait pas se vendre», explique-t-il. Au contraire de Romain Kolly cité ci-dessus, Michel Baudet connaît un certain nombre d’agriculteurs qui réinsèrent le fumier de poulet dans la fosse, car, selon lui, ce produit reste plus facile à maîtriser une fois enfoui. Pour rappel, l’OPair autorise les tuyaux souples ou semi-rigides équipés de socs, l’épandage par enfouissement ou l’enfouissement rapide dans les grandes cultures. Dans la pratique, Michel Baudet n’a écoulé, en fait, qu’un seul enfouisseur à disques. «Pour un passage au printemps, ça redonne un coup de fouet, mais, plus tard dans la saison, on abîme le système racinaire. Ce sont aussi des machines lourdes, il faut des tracteurs très puissants.» Un autre système à tuyaux et petites buses «avec assiettes» a été soumis à autorisation mais refusé. Le lisier doit en fait absolument couler sans pression. «Un enfouisseur à dents, par contre, ça passe.» L’agriculteur dispose aujourd’hui d’un recul sur une centaine de rampes en activité. Selon lui, une pratique qui respecte les consignes d’utilisation devrait éviter des désagréments, par exemple liés aux boudins. «Le pendillard permet vraiment une meilleure valorisation du lisier!»
 

 
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Pas de boudin avec le lisier dilué
Autre pionnier du projet de préservation des ressources SolAirEau. Patrick Girardin, sur son exploitation de 50 ha – des pâturages, prairies, 2-3 ha de cultures de céréales et 40 vaches allaitantes limousines Natura Beef – a trouvé sa solution. «Mon terrain se divise en beaucoup de petites parcelles, je ne pouvais pas poser une grande citerne en bord de champ. J’ai donc transformé un tonneau de 16 m3 en l’équipant d’une pompe centrifuge.» L’agriculteur a trouvé sa tonne à lisier d’occasion, en Allemagne, pour environ 15 000 fr. Il en a déboursé 15 000 autres pour la pompe. D’abord, il avait tenté d’utiliser une pompe à lobes, mais elle ne montait pas suffisamment en pression. Ses tuyaux? Avec un autre agriculteur, ils ont récupéré, pour environ 2500 francs, un ancien enrouleur d’irrigation de 300 m, dont les tuyaux rigides permettent de démarrer en bout de champ sans dérouler auparavant. Avec quatre autres collègues, il va encore trouver 700 mètres de tuyaux souples (6000 fr.) et acquérir un pendillard (15 000 fr.). «Si j’épands quand l’herbe est assez haute, je n’ai pas de boudin. Avec du lisier bien dilué, ça ne risque pas. J’entre dans les parcelles sans poids et après une semaine, je ne vois plus rien», explique-t-il, plutôt convaincu. «J’y vais sans souci quand il pleut et je n’utilise plus aucun engrais externe.» Et les désavantages? «Le rinçage méticuleux et nécessaire des tuyaux pour éviter des bouchons et la formation de gaz sous pression.»
 

Martine Romanens, le 16 septembre 2021

 
 

 

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