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Juste équilibre entre forêt et agriculture


Le pâturage boisé doit répondre à diverses fonctions: agricoles, forestières et de promotion de la biodiversité. Pour y parvenir, il faut trouver le bon équilibre entre les éléments.


Dossier_0520_forêt


Les pâturages boisés sont des structures dynamiques qui nécessitent d’être exploitées régulièrement. La directive cantonale vaudoise pour la biodiversité en forêt prévoit trois types d’intervention pour améliorer leur qualité:
– les coupes de bois;
– l’essartage (coupes d’arbres de plus petites dimensions);
– la création ou la protection de chottes (ou îlots de rajeunissement).
Ce dernier point a plus de peine à se développer, c’est pourquoi la nouvelle directive vaudoise prévoit plus de subventions. Elle a été adaptée du Manuel sur les conventions-programmes 2020-2024 dans le domaine de l’environnement, établi par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), qui prévoit une contribution fédérale pour la valorisation et l’exploitation de pâturages boisés fixée à 4000 fr./ha lorsqu’il n’y a pas de plan de gestion intégré et à 8000 fr./ha avec un plan. «Certains pâturages boisés nécessitent une intervention, d’autres pas, nous allons au cas par cas selon l’avis des spécialistes de terrain. Des propositions sont ensuite faites aux propriétaires mais nous ne pouvons pas intervenir contre leur volonté. Nous constatons que les retours sont assez positifs quand il s’agit de redonner de l’espace au bétail mais il est plus difficile de leur demander d’ajouter des chottes», remarque Anne Golay, cheffe de la section biodiversité en forêts à la Direction générale de l’environnement du Canton de Vaud. D’ailleurs, actuellement, les subventions vaudoises attribuées pour les pâturages boisés concernent à 85% les coupes, 9% l’essartage et 6% les îlots de rajeunissement (groupe d’arbres de taille variée). Les pâturages boisés bénéficient des différentes contributions en vertu de l’Ordonnance sur les paiements directs (OPD). S’ils présentent une richesse particulière qui nécessite un mode de gestion adapté, ils peuvent recevoir également des financements selon la Loi fédérale sur la protection de la nature (lire l’encadré ci-dessous).

Divers avantages

Les pâturages boisés sont intéressants d’un point de vue biologique car ils sont une mosaïque entre un milieu fermé et ouvert. «On estime qu’un sixième de la flore suisse se retrouve dans les pâturages boisés et qu’il peut y avoir jusqu’à 40 espèces floristiques par mètre carré. Ils sont un habitat intéressant pour toute une série d’oiseaux nécessitant milieux ouverts et arbres. On y trouve encore des espèces de buissons qui se font rares dans d’autres contextes», souligne Anne Golay. Les vieux arbres (arbres habitats) et le bois mort que les forestiers essaient de promouvoir favorisent par exemple la présence de lichens et de mousses rares. «Dans un pâturage boisé, il y a aussi certaines structures comme des murs en pierres sèches, des groupes de buissons ou des étangs pour abreuver le bétail qui profitent à toute une série de petits mammifères, d’amphibiens et de reptiles», relève la spécialiste. Les pâturages boisés, grâce au couvert des arbres, sont aussi plus résilients qu’un pâturage nu lorsque de fortes chaleurs surviennent.

Indications d’entretien

La qualité écologique d’un pâturage dépend de l’apport de fumure, du taux de boisement, du type de bétail et de la durée de la pâture. Ainsi, la répartition de la végétation arborescente et herbacée peut fortement varier. «Un pâturage boisé, c’est un subtil équilibre entre la gestion forestière et la gestion des herbages», explique Anne Golay.

Pour maintenir cet équilibre, une charge en bétail adaptée est essentielle. «Par conséquent, tout changement de statut (par exemple la plantation d’arbres et la fermeture de certains secteurs au bétail) doit faire l’objet d’une demande de validation aux autorités cantonales», mentionne le Guide des bonnes pratiques en pâturages boisés. Les actions forestières sont donc à planifier en collaboration avec le garde forestier. Ce guide des bonnes pratiques, établi par le Canton de Neuchâtel, donne des indications quant à l’entretien à faire sur les pâturages boisés. Il informe aussi sur l’épandage des engrais, l’utilisation des produits phytosanitaires, les interventions mécanisées, etc. «Nous avons constaté qu’il y avait quelques incertitudes autour des pâturages boisés et nous jugions important de redéfinir les bases», explique Paolo Camin, gestionnaire des forêts au sein du Service de la faune, des forêts et de la nature du Canton de Neuchâtel.
Sarah Deillon, le 31 janvier 2020.

Sur le web
www.ne.ch/medias/Pages/20190214_pâturages-boisés.aspx pour retrouver le guide des bonnes pratiques.
 
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OBJECTIFS DEFINIS PAR LA CONVENTION-PROGRAMME DE L'OFEV
La convention-programme est conclue entre les cantons et la Confédération. Cette dernière fixe la part de financement qu’elle octroie. Le document décrit les pâturages boisés comme suit: «Surface sur laquelle alternent des pâturages sans couvert et des arbres isolés, des groupes d’arbres ou de petits peuplements forestiers, formant une mosaïque. Les pâturages boisés servent à la production animale et à l’économie forestière. D’un point de vue juridique, les pâturages boisés font partie de l’aire forestière et sont donc régis par la loi sur les forêts. Leur conservation dépend toutefois avant tout de la politique de subventionnement de l’agriculture». Pour les surfaces situées dans la surface agricole utile et la zone d’estivage, entretenues par des exploitants ayant droit aux paiements directs, l’entretien est indemnisé par les contributions OPD. Sur la base de la Loi sur la protection de la nature, l’OFEV prend en charge les dépenses liées aux prestations supplémentaires. Par exemple des mesures spécifiques de protection des espèces (pose de clôtures supplémentaires, régime de coupe spécial ou maintien d’un équilibre entre les éléments boisés et les petites structures. Cette procédure garantit la coordination entre la protection de la nature et l’agriculture, notamment en excluant le double financement d’une même prestation.
SD, le 31 janvier 2020.
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REDONNER SA STRUCTURE AU PATURAGE BOISE
Dans l’arrondissement de la Vallée de Joux (VD), les pâturages boisés couvrent environ la moitié de la surface forestière. Jan-Matti Keller, inspecteur des forêts pour le 11e arrondissement (Vallée de Joux) et le 16e (du Col du Mollendruz à Cossonay), remarque que les pâturages boisés n’ont été que peu exploités d’un point de vue forestier pendant quarante à cinquante ans et que, depuis les années 90, leur exploitation reprend doucement. Ces surfaces peu entretenues ces dernières années se caractérisent parfois par des zones «pâture» et des zones «forêt» et l’aspect des mosaïques a un peu disparu. Les garde-forestiers travaillent à améliorer cela, en rouvrant certaines zones ou à l’inverse en replantant des îlots. «La triangulation entre l’agriculture, la forêt et la biodiversité est très importante. Nous essayons de redonner sa forme, sa structure, au pâturage boisé afin de répondre aux besoins des trois secteurs», explique Jan-Matti Keller. Lorsqu’il s’agit de planter une chotte, l’acceptation par les amodiataires est variable. «Mais lors des périodes de sec, les arbres apportent de la fraîcheur sur la pâture, il y a des avantages pour l’agriculture et les exploitants en sont conscients généralement.» A l’inverse, le fait de rouvrir des zones ne suscite souvent pas d’opposition. «Nous faisons en sorte de choisir des emplacements qui valent la peine au niveau de l’herbage, pas sur un coin caillouteux par exemple», ajoute-t-il.
«Le degré d’entretien d’un pâturage boisé dépend aussi de son accessibilité et de la présence ou non d’un point d’eau», relève Anne Golay. Autrement dit, si sa gestion est aisée il aura tendance à être surexploité et si son utilisation n’est que peu pratique pour le bétail, les espaces tendent à se refermer. Dans un sens ou dans l’autre, il y a une perte au niveau de la biodiversité. Un équilibre est visé entre les deux situations.
 
Variations recherchées
La composition d’un pâturage boisé fluctue d’une surface à une autre. Jan-Matti Keller attend d’un pâturage qu’il comporte les fameuses mosaïques (bois sur pâturages, herbages, zones fermées, etc.) et qu’il remplisse ses diverses fonctions (herbagères, forestières ou de promotion de la biodiversité). «L’aspect paysager est aussi très important, c’est la carte postale du Jura», précise l’inspecteur. Ce qu’il n’aime pas voir: de grandes étendues sans arbres! «Pas uniquement pour la forêt, aussi pour le pâturage et le bétail.»

Anne Golay prend exemple d’une centaine de personnes qui cherchent un logement, toutes avec des profils différents (enfants, animaux, moyen de transport...). «Si on propose cent fois la même maison, seuls quelques individus vont l’apprécier, il faut des habitations variées. C’est la même chose d’un point de vue de la biodiversité. Pour pouvoir satisfaire un maximum d’espèces, le pâturage doit présenter le plus de variations possible dans sa composition: structure, taux et âge de boisements, etc.». «Les pâturages boisés sont l’outil de travail et le revenu des agriculteurs. Comme ils tombent sous la législation des forêts, c’est notre rôle de trouver un compromis pour que cela fonctionne pour tout le monde», ajoute Jan-Matti Keller.

La diversité est importante mais il ne faut toutefois pas chercher à maintenir tout ce qui vient. Une bonne sélection est plus utile selon l’inspecteur. «Si on prend exemple des sapins qui poussent partout, il serait intéressant de les garder suffisamment longtemps pour que l’on puisse décider quels individus doivent rester.»
SD, le 31 janvier 2020.
 


 

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