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Garder un œil sur les mycotoxines


Les mycotoxines présentes dans les céréales peuvent avoir des conséquences sur la santé des ruminants, notamment des porcs. Il convient de rester vigilant.


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Problématiques à faible dose chez les animaux d’élevage, les mycotoxines sont dans le viseur. Ces métabolites secondaires sont produits par des champignons qui se multiplient sur les céréales. Elles se forment au champ, notamment si le temps est humide au moment de la floraison, et continuent à se développer lors du stockage si les conditions ne sont pas optimales. Aucun traitement ne permet de les éliminer après récolte.

En Suisse, les mycotoxines les plus problématiques sont liées aux champignons du genre Fusarium : la zéaralénone (ZON) et le déoxynivalénol (DON), encore appelé vomitoxine. Dans une moindre mesure, l’aflatoxine peut poser problème dans les fourrages importés des régions tropicales. L’ergot, visible à l’œil nu, se rencontre parfois sur seigle ou triticale. On peut encore citer les mycotoxines produites par les champignons du genre Aspergillus.

« Les porcs sont particulièrement concernés par la problématique des mycotoxines parce qu’ils sont cinq fois plus sensibles que les ruminants », a détaillé Vincent Boillat, ingénieur agronome auprès de la firme Anitech, lors du dernier forum Suisseporcs, organisé jeudi 27 septembre à Avenches.

Symptômes pas typiques
Les signes d’une mycotoxicose chez les porcs ne sont pas très typiques. ZON a des effets hormonaux comparables aux oestrogènes. Les animaux présentent une inflammation des muqueuses, ont une absence de chaleurs ou des retours en chaleur. DON peut provoquer une anémie, une faiblesse immunitaire, un refus de l’aliment, une baisse des performances. Ce n’est souvent qu’après investigation que l’on arrive sur un problème de contamination par les mycotoxines. Les porcs sont sensibles à DON dès 0,9 mg de toxine par kilo d’aliment et à ZON dès 0,25 mg/kg (pour les truies adultes). 

Au niveau légal, il n’existe pas de seuil concernant la teneur en mycotoxines dans les aliments. Swissgranum a toutefois instauré une valeur limite : les céréales panifiables contenant plus de 1,25 mg de mycotoxines par kilo sont déclassées en céréales fourragères. Au-delà de 8 mg/kg, les céréales fourragères ne peuvent plus être valorisées dans l’alimentation des animaux de rente.

Prévention au moulin
Pour éviter les problèmes au long de la chaîne de production, les moulins contrôlent la marchandise à différents niveaux. Ils procèdent généralement à un contrôle visuel des grains lorsqu’ils réceptionnent un lot pour la fabrication. En effet, les grains contaminés se reconnaissent visuellement. En cas de doute, ils peuvent réaliser un test rapide avec un appareil NIR ou un test Elisa. Les lots éventuellement contaminés peuvent être nettoyés : le champignon est en effet davantage concentré à l’extérieur du grain, le nettoyage est donc assez efficace. « Le nettoyage permet parfois de récupérer des lots qui se situent juste au-dessus de la valeur limite », explique Vincent Boillat.

Lorsque les moulins reçoivent des lots contaminés, ils les stockent séparément et les destinent à des espèces moins sensibles, comme les bovins à l’engrais. Les moulins peuvent également diluer les lots contaminés dans des lots indemnes. Par ailleurs, il est possible d’avoir recours à des capteurs de mycotoxines. Il s’agit de parois de levures, d’argiles et d’antioxydants qui réduisent l’absorption des toxines par l’animal. Enfin, il est possible de stabiliser les aliments avec des antifongiques à base d’acide propionique. Ces derniers évitent la multiplication des champignons durant le stockage. Il n’y a pas de recette toute faite : la meilleure option est à évaluer au cas par cas.

Prévention sur la ferme
Sur les exploitations d’élevage, la contamination provient de deux sources : les aliments et la paille.
La paille est en fait le principal facteur de risque dans les élevages, notamment dans les productions sous label. Un porc peut consommer jusqu’à 15% de sa ration journalière sous forme de paille. Les truies gestantes, dont l’alimentation est restreinte pour éviter un trop fort engraissement, en consomment d’ailleurs des quantités non négligeables. Or, la paille achetée est souvent de provenances diverses, ce qui augmente la possibilité de contamination par des mycotoxines.

Pour limiter les risques, les éleveurs peuvent opter pour de la paille d’orge, moins sensible que le blé ou le triticale. Idéalement, il faudrait utiliser sa propre paille, ou de la paille provenant d’un champ unique. Une seule analyse permet dans ce cas d’être assuré de l’absence de mycotoxine. Dans tous les cas, la paille utilisée pour la litière doit être sèche et bien conservée.

En ce qui concerne l’alimentation, il convient de veiller à une bonne hygiène. Il est conseillé de nettoyer les silos et chaînes d’alimentation deux fois par année et de vider régulièrement les silos.

« Surtout, je recommande aux éleveurs d’observer leurs animaux. En cas de symptômes, envisager l’intoxication par des mycotoxines et réaliser des analyses d’aliment et de paille. Les coûts sont faibles par rapport aux dégâts que l’intoxication peut causer », insiste Vincent Boillat.

Pour les éleveurs qui affouragent leur propre production, il est recommandé de faire au moins un test rapide dans un centre collecteur.
Les éleveurs producteurs de céréales peuvent également prendre plusieurs mesures au champ pour limiter les risques de contamination par les mycotoxines. La rotation et le travail du sol sont les principaux leviers d’action. Les céréales après maïs doivent ainsi être évitées et les restes de culture doivent être enfouis. Il est également conseiller de se tourner vers des variétés résistantes.
Elise Frioud, 12 octobre 2018
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Surveillance de la contamination des céréales par la branche
En collaboration avec Agroscope, swiss granum surveille le risque de contamination des céréales en mycotoxines avant et après la récolte. Les contrôles effectués par les centres collecteurs lors de la prise en charge permettent d’éviter les problèmes pour les transformateurs.

L’interprofession indique dans un récent communiqué que cette année, entre 6000 et 7000 tonnes de blé panifiable ont dû être déclassées en blé fourrager et une quantité d’environ 300 tonnes a même dû être éliminée. DON a été détectée plus fréquemment dans le blé panifiable qu’en 2017 mais le niveau de contamination reste légèrement inférieur à celui de 2016. Sur un total de 116 échantillons de blé panifiable analysés, 79% étaient exempts ou présentaient une contamination en DON inférieure à la limite de détection tandis que 18% des échantillons analysés possédaient une teneur comprise entre 0,2 et 0,75 mg/kg. Deux échantillons se situaient entre 0,5 et 1,25?mg/kg et un échantillon au-delà.

La récolte d’orge présentait cette année un niveau de contamination en DON très faible tandis que le niveau de contamination en DON pour le triticale est cette année à un niveau légèrement inférieur à celui de 2017. Des analyses de la présence de ZON sont réalisées sur céréales lorsque la teneur en DON dépasse 0,3 mg/kg.
 
Enfin pour le maïs, la présence de DON et de la fumonisine est contrôlée sur tous les échantillons. Les résultats pour la récolte de cette année ne sont pas encore connus.
EF, 12 octobre 2018
 
 
 

 

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