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Mettre à mort et transporter le corps en conformité avec les nouvelles règles


Patrick Remy propose ses services de mise à mort et de transport de cadavres d’animaux. Une activité qui prend tout son sens à l’heure de législations de plus en plus contraignantes.


dossier edition 35


C’est une mention plutôt étrange qui se veut à la base de cet article. Affichées sur la page web de l’Etat de Fribourg, figurent deux adresses de «transporteurs agréés de cadavres d’animaux». Tiens, voici un nouveau métier? 
 
Patrick Remy, 46 ans, est né en Gruyère, à Charmey. Installé sur le canton de Berne, boucher de métier, il est actuellement assistant officiel au contrôleur des viandes. C’est avec sa femme, vétérinaire, qu’ils ont élaboré ce concept de transport de cadavres d’animaux. Elle avait constaté un manque dans l’offre à disposition. 
 
Pas de stress inutile
Depuis un an, il propose ses services en Romandie pour mettre à mort (si nécessaire) et surtout déplacer les cadavres d’animaux en s’adaptant aux différentes règles cantonales. «J’agis dans la journée de l’appel, ce qui n’est pas toujours dans les cordes d’un l’éleveur occupé.» S’il doit mettre à mort un animal, son intervention offre une option différente qui limite le stress et les douleurs. Elle est pratiquée sur place. Sa capacité de prise en charge rapide évite que les cadavres n’entrent en putréfaction.  

Pour illustrer le besoin auquel il répond, Patrick Remy évoque une situation dans laquelle un éleveur doit envoyer à l’abattoir une vache malade. «La carcasse sera probablement déclarée impropre par l’inspection des viandes. Les frais de transport vers l’abattoir additionnés des frais d’abattage et des frais d’incinération engendreront un surcoût.» Lui estime le prix de son intervention, transport compris, aux alentours de 230-300 fr. Les coûts varient selon le moment de l’intervention, les kilomètres effectués et la législation cantonale en vigueur. Ses tarifs exacts figurent sur son site internet. 
 

Patrick Remy. (Photo: SP)
Une formation adéquate
Pour pouvoir se lancer, Patrick Remy  s’est d’abord formé. Le module de base «Protection des animaux pour le personnel d’abattoir», dispensé par le Centre de formation de l’industrie carnée, ainsi qu’une journée de formation continue, tous les trois ans, lui permettent d’agir en conformité. Toute personne qui met à mort des animaux doit  disposer des compétences requises (art. 177 de l’Ordonnance sur la protection des animaux). 
Patrick Remy est donc en mesure d’évaluer la situation et d’appréhender des animaux plus agités afin de limiter leur stress. «Je prête beaucoup d’attention à faire les choses correctement.» 

Un matériel conçu par ses soins
Après l’étourdissement obligatoire, par exemple, l’animal doit être  saigné dans la minute. «Avec l’utilisation de la seule tige perforante, il y aurait risque de souffrance.» Durant son intervention, Patrick Remy est également en mesure de récupérer le sang généré par la saignée si les infrastructures de l’endroit ne permettent pas son évacuation. L’élimination des sous-produits animaux est, en effet, rigoureusement réglementée.  Avec un treuil et un chariot de transport qui s’intègrent parfaitement dans une bétaillère étanche, Patrick Remy dispose d’un matériel ad hoc et homologué. 

Il en a conçu lui-même les détours en s’appuyant sur des conseils vétérinaires et, moyennant quelques sangles, il peut pratiquement ramener tous les corps, quelle que soit la configuration du terrain. 

   Sur le web

www.animal-corbitransport.ch

 

  

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Quelques précisions utiles

• L’abattage désigne généralement la mise à mort des animaux d’élevage dévolus à la production de viande. 
• On parle de mise à mort lorsque l’animal est blessé ou malade et qu’il faut abréger ses souffrances.
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La formation agricole ne suffit pas pour tuer

En 2018, l’Ordonnance sur la protection des animaux (OPAn) a été complétée avec des dispositions sur la mise à mort des animaux. L’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) a publié début 2020 une série de fiches thématiques pour une mise à mort correcte des différentes espèces animales. 
Les compétences de la personne chargée de la mise à mort sont primordiales, indique l’OSAV, dans son rapport sur la protection des animaux de 2018. «Celle-ci doit ménager l’animal et appliquer avec assurance la méthode adaptée. Il faut qu’elle ait l’habitude de mettre à mort des animaux et possède l’expérience pratique requise». 

En clair, ni le boucher du coin, ni l’agriculteur lui-même ne sont habilités, d’emblée, à mettre à mort les animaux blessés ou malades. Ceux-ci doivent, et c’est impératif, avoir été formés au préalable auprès d’un spécialiste et être en mesure de prouver qu’ils tuent régulièrement, quelle que soit l’espèce animale.  Une fois par an n’est pas considéré comme suffisant. Cela implique également  qu’ils disposent du matériel nécessaire en état de fonctionner. L’exception accordée aux personnes disposant d’une formation agricole ne concerne que le déchargement, l’acheminement, l’hébergement et les soins aux animaux dans les abattoirs et non pas la mise à mort.

Etourdir avant
Une méthode de mise à mort conforme à la protection des animaux doit conduire infailliblement à la mort de l’animal, sans douleur ni anxiété.Pour que ces conditions soient remplies, il faut d’abord que l’animal perde conscience. L’euthanasie médicamenteuse pratiquée par un vétérinaire est considérée, dans tous les cas, comme optimale. Si celle-ci est impossible, il convient tout d’abord d’étourdir l’animal (art. 178 OPAn). En fonction de l’espèce et de la taille, un coup ciblé sur la tête avec un objet adapté pour que le choc soit efficace ou l’utilisation d’une tige perforante peuvent être considérés comme des méthodes d’étourdissement correctes. Etant donné qu’un étourdissement ne conduit pas infailliblement à la mort, il est nécessaire de mettre en œuvre, dans la foulée, une mesure qui empêche l’animal de se réveiller, indique l’OSAV.  

Les fiches thématiques préconisent, dans la plupart des cas, une saignée immédiate, telle qu’elle est recommandée lors de l’abattage. L’animal doit être surveillé jusqu’à ce que la mort survienne. La capacité de constater la mort fait également partie des connaissances que doit nécessairement posséder une personne compétente.

La décapitation ou la dislocation cervicale sans étourdissement préalable ne sont pas  conformes à la protection des animaux. Pour mettre à mort, il est prohibé de frapper les animaux sur la tête ou de les projeter au sol. En cas de décapitation sans étourdissement, les animaux sont saignés alors qu’ils sont toujours conscients.  

Info utile
Fiches thématiques par espèce disponible via le site de l’OSAV

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Eviter une possible contamination

Les sujets de la mise à mort, de l’abattage et du transport des cadavres sont complexes et se réfèrent à plusieurs textes de loi. Les règles de protection des animaux sont valables pour toutes les formes de mise à mort, y compris en cas de mise à mort à la ferme ou au pré pour la production de viande (réglementée par la législation sur les denrées alimentaires et soumise à autorisation depuis juillet 2020) et l’abattage pour un usage domestique (consommation familiale de la viande).

La pratique d’une césarienne, effectuée dans le cadre d’un abattage, est tolérée, indique l’OSAV, mais il est impératif que le vétérinaire soit présent pour assurer le succès de l’opération pour le bien du veau et de la vache qui est dans un état d’inconscience et mise à mort.

Cours obligatoire
Le cours d’éthique de l’abattage se donne sept à huit fois par année dans toute la Suisse romande. C’est ABZ, le Centre de formation de l’industrie carnée, à Spiez (BE), qui le dispense. Y participent essentiellement les bouchers et employés bouchers actifs dans un abattoir. En une journée, ceux-ci abordent l’anatomie animale, le comportement au chargement, au déchargement, à la mise à l’étable ainsi qu’avant et pendant l’abattage. L’utilisation adéquate du matériel est aussi évoquée. Toutes les personnes qui tuent doivent avoir suivi ce cours. Tous les trois ans, une journée de formation continue est ensuite dispensée. Le tiers des 250 à 300 apprentis bouchers actuellement en formation emprunte la voie «production», au sein de laquelle l’abattage est encore abordé.

Pour évacuer ses cadavres, un agriculteur a le droit d’utiliser sa propre bétaillère. Par contre, dès qu’il effectue régulièrement des transports pour le compte d’autrui, même contre une bouteille de vin, il est soumis aux mêmes exigences que les professionnels. 

Les transports doivent être organisés de façon à éviter une contamination de l’environnement: la bétaillère est parfaitement étanche, résistante à la corrosion et facile à nettoyer et l’animal mort entièrement caché. Pour rappel, il est interdit de transporter ensemble des animaux et des sous-produits animaux. 
Martine Romanens, le 25 août 2020

 

 

 

 



 

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