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Mieux connaître la vie du puceron


Comprendre la dynamique des populations du puceron lanigère pour améliorer la lutte, notamment biologique, contre celui-ci. Tel a été le sujet d’étude de trois chercheurs entre 2017 et 2020.


Dossier no 6


Avec sa toison hirsute de laine blanche qui dépasse de quelque anfractuosité d’écorce, de charpentières ou de rameau, le puceron lanigère est facile à repérer; sauf s’il reste caché sur des racines ou dans un recoin discret du collet du pommier (quelquefois sur cognassier, rarement sur poirier). Il passe l’hiver sous forme de larve et comme celle-ci est plutôt frileuse, il a intérêt à avoir l’épiderme protégé par un peu de cire et à se planquer dans un abri fait de bourrelets de grosses racines ou de chancre (qu’il a provoqué par ses piqûres!). Question résistance au froid, il aurait été plus sûr d’hiverner sous forme d’œufs, comme la plupart des espèces de pucerons indigènes.

Le problème est sexuel. Pour pondre des œufs, il faut une rencontre matrimoniale de fin de belle saison entre une puceronne ailée et un mâle de même voilure. L’apparition de ces mini-volatiles sexués se produit bien, mais sans suite… La pièce manquante, ici, c’est l’orme américain, lieu de retrouvailles et d’épousailles. L’Amérique du Nord – origine de cet insecte qui est arrivé ici en 1870 – c’est un peu loin pour un vol nuptial et le couple disparaît avant la période frisquette. Mais, chez nous, il reste toujours des vierges folles (virginipares) qui donnent naissance directement à des larves, sans les plaisirs de l’accouplement. Ces vierges se mettent en hivernage dès octobre. 

Capacité de nuire
Les pontes larvaires des virginipares reprennent dès avril. Le pouvoir de multiplication est délirant: une douzaine de générations annuelles de plus d’une centaine larves! Ces dernières se nourrissent de sève, prélevées seulement dans les parties ligneuses ou les pousses tendres, jamais sur les feuilles. Les piqûres répétées occasionnent galles, boursouflures et tumeurs chancreuses. Si les affections restent limitées chez les arbres adultes, elles peuvent déformer, affaiblir voire anéantir de jeunes plantations. D’autre part, les chancres représentent des portes d’entrée pour des infections fongiques, gloéosporiose en particulier. Les sécrétions collantes de ces ravageurs souillent feuilles et fruits; sans parler de la fumagine (champignon noir à l’allure de suie) qui peut s’installer sur le miellat, rendant la récolte inutilisable.

Ennemis naturels
Les classiques prédateurs telles que larves de coccinelles et de syrphes, hémérobes, chrysopes, forficules, araignées, voire certaines punaises jouent un rôle non négligeable dans la diminution des populations du lanigère. Mais, le principal antagoniste reste, de loin, la petite guêpe parasitoïde Aphelinus mali (un chalcidien américain d’un millimètre) introduit en Europe en 1922. A raison d’un œuf par puceron, une femelle peut en trucider une soixantaine. L’asticot qui émerge profite du garde-manger qui l’entoure en se repaissant des organes de son hôte. Gonflée, noirâtre et dépourvue de cire, la dépouille du puceron donne l’image de sa définitive innocuité. La microguêpe, bien acclimatée en Suisse au milieu du XXe siècle, avait quelque peu disparu des écrans; la faute à des programmes de traitements délétères. La recherche d’Agroscope et de Fenaco visait à comparer les dynamiques des populations, celle du ravageur et celle du parasitoïde; ceci en l’absence et en présence de traitements.

Résultats et lutte
Les contrôles des populations du ravageur et du parasitoïde montrent que dès le mois de mai, les premiers commencent à se multiplier sérieusement, avec un pic fin juin début juillet. Ces populations sont illico tenues en respect par des vols assassins d’Aphelinus. Dans les cas où le travail du parasitoïde n’aurait pas été suffisant, apparaissent des infestations lanigères sur pousses. A ce stade, on peut sévir avec un Pirimicarbe, mais le mieux, là où la pression aphidienne est insupportable au milieu du printemps, est de frapper en mai avec une pulvérisation de Spirotétramate; produit systémique qui ne dérange pas les vols de parasitoïdes. Dans les cultures biologiques, le lanigère ne semble pas être un problème dans la mesure où les programmes phytosanitaires ne gênent pas les Aphelinus. En matière de prévention, on sait que certaines variétés (golden, jonathan, reinette du Canada…) intéressent peu ces pucerons et qu’en greffant sur des porte-greffes MM (en particulier MM116) ou, mieux, sur la nouvelle série G (G202, G41, G210) on pourrait se mettre à l’abri de ce ravageur. Affaire à suivre!


Infos utiles
L’étude des trois chercheurs d’Agroscope, à Wädenswil (ZH), et de Fenaco, à Perroy (VD). E. Britt, J. Giesser et A. Naef; Revue suisse viti, arbo, horti. Vol. 52/5; 2020. Photos : pucerons lanigères sur une coupe de pommier @agroscope
 
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Contrôles visuels hivernaux
Que vous soyez amateur ou professionnel en arboriculture, l’expérience vaut son pesant de découvertes. Il faut s’armer d’une bonne loupe, grossissement 10 à 12 fois, et observer les rameaux de taille sous un excellent éclairage. Il est important de se focaliser sur les zones plissées, un peu fendillées, en particulier vers les rides des embranchements et ceux qui accompagnent la base des yeux mais surtout des boutons floraux.

On atterrit sur une planète pour elfes avec des micropaysages de dentelles de lichens, de mini-plantons d’ananas-mousses, de mosaïques d’écorces… Et soudain, voici une petite boule rouge, des sortes d’huîtres ou plutôt des moules enchâssées dans un repli, un microscopique grain de riz.

Pontes variées en formes et couleurs
La boule vermillon (ouverte et translucide si elle est vide), grosseur d’un point sur un i, c’est l’œuf de l’acarien rouge. Les coquillages aplatis ce sont les boucliers des femelles de cochenilles. Ce qui nous intéresse le plus ce sont les pseudos grains de riz. Jaune paille ou un peu orangé, bien plantés dans le rameau, voici la dépose automnale d’une femelle de psylle; noires, brillantes, juste posées, ce sont les pontes des pucerons. Dispersés de-ci de-là, en solo ou en duo, il s’agit des œufs du puceron des galles rouges ou du cendré, celui qui tord les rameaux et se montre le plus redoutable, surtout sur de jeunes arbres. Si le rameau est habillé d’une incroyable densité d’œufs de jais luisant, on accusera le puceron vert, peu problématique, car migrant.

On peut encore rencontrer de petites plaques d’œufs grisâtres (tordeuse de la pelure), des tonnelets ocrés (cheimatobie) ou des cocons ténus qui abritent des bébés chenilles (tordeuse des bourgeons, hyponomeute). En présence de couvain de puceron cendré ou/et de cochenilles, il serait bon d’envisager l’application d’une huile, en général en mars, lorsque la température dépasse 12°C.BM 
 
 
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Deux insecticides sous la loupe
Neem est le nom d’un arbre (Azadirachta indica) – argousier en français – originaire d’Inde et qui croit dans presque toutes les zones tropicales et subtropicales du monde. Ses graines contiennent une substance insecticide, l’azadirachtine. D’action lente, dotée d’effets antiappétants, répulsif et inhibiteur de croissance, elle agit sur toute une gamme d’insectes (nuisibles comme utiles). Elle est utilisée en bio car sa molécule naturelle présente qu’un faible impact pour l’environnement. Mais, il peut provoquer une allergie sur la peau et il est toxique pour certains organismes aquatiques. Côté ombre, on ajoutera une phytotoxicité à l’égard de certains cultivars de poiriers (conférence, comice, guyot, etc.).

Movento SC, nouvel insecticide systémique de chez Bayer à base de spirotétramate affiche une belle efficacité contre le puceron lanigère, comme le prouvent les essais d’Agroscope et de Fenaco. Ces derniers ont également confirmé son innocuité vis-à-vis du parasitoïde Aphelinus. Il est classé dangereux pour la santé et pour le milieu aquatique; avec en plus une faible toxicité aiguë chez les abeilles.

Neem ou Movento SC contre le lanigère, la pulvérisation doit être effectuée tôt; si possible avant floraison et au plus tard fin mai.
Bernard Messerli, le 15 février 2021




 

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