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«Les marchands et les acheteurs sont les seuls à pouvoir agir à court terme»


Les prix actuels sont bas dans la filière porcine. Stefan Müller, directeur de Suisseporcs, revient sur les raisons de cette situation insatisfaisante et explique comment son organisation cherche une solution applicable à plus longue échéance.


müller


> Généralement, les prix des porcs gras chutent début août. Cette année, avec 3,80 fr./kg PM début juillet, ils sont déjà bas. A quel point est-ce préoccupant?
La situation actuelle est effectivement critique, mais ce n’est pas une surprise. Cela fait plusieurs mois que nous voyons venir cette évolution induite par une surproduction. Durant les années 2019 à 2021, les prix sont restés à des niveaux élevés. La pandémie de Covid-19 a contribué à doper la consommation. D’une part, les gens sont restés à la maison, où la viande de porc est principalement consommée, et, d’autre part, la situation sanitaire a réduit les importations et stoppé, durant un certain temps, le tourisme d’achat. Au cours de ces trois années, le taux d’autoapprovisionnement en viande de porc se situait entre 93 et 94%. Malheureusement, aujourd’hui, ce taux atteint 97%, ce qui fait pression sur les prix.

«Suisseporcs cherche des solutions sur le long terme»


> Vous dites avoir vu venir cette crise. N’était-il pas possible de l’éviter?
Nous avons demandé à nos membres de diminuer volontairement leur production, mais cet appel n’a pas été suivi. Suisseporcs dispose de moyens limités pour éviter une surproduction. Nous ne gérons pas les volumes de production.

> Si votre organisation représentait 80% de la production, vous pourriez demander la force obligatoire?
Même avec plus de 80% des producteurs, cela ne serait pas possible. Il faut savoir que nos membres sont loin d’être unanimes. Certains veulent un marché libre, dans lequel les prix faibles éliminent la concurrence pour ne conserver que les plus efficients d’entre eux. D’autres réclament que Suisseporcs prélève une taxe par porc abattu pour financer des mesures de désengorgement du marché. Enfin, nous avons aussi des membres qui souhaiteraient envisager la possibilité de restructurer l’ensemble de la filière vers une production intégrée, à l’image de ce qui se fait avec la volaille. Il y a une très grande diversité d’opinions parmi nos membres. Les idées politiques s’étalent de la gauche à la droite. Ce contexte est difficile pour Suisseporcs.

> Il n’y a donc rien d’autre à faire que d’attendre que les prix faibles fassent baisser la production pour que la situation s’améliore?
Pour ce qui est du court terme et du règlement de la crise actuelle, nous n’avons aucun pouvoir. Nous continuons d’appeler nos membres à réduire leur production. Nous recommandons aux éleveurs de réduire les saillies, de réformer des truies sans les remplacer toutes et invitons aussi les engraisseurs à ne remplir leurs box qu’à hauteur de 75%. Mais nous n’avons aucun outil nous permettant de normaliser rapidement la situation. Nous ne tenons pas les cordons de la bourse! Seul le marché peut apporter une solution. Nous avons d’ailleurs demandé aux principaux acheteurs d’écouler un maximum de porcs gras durant les mois de juillet et d’août.

> Doit-on s’attendre à des prises en charge retardées?
Malheureusement, en ce moment, 12 000 porcs gras sont prêts chez nos engraisseurs et les abattages sont déjà différés. On ne peut geler les accroissements ni de ces porcs ni de ceux qui sont encore en engraissement. Cette situation pose deux problèmes majeurs. D’une part, les producteurs pourraient subir des déductions aux abattoirs pour leurs animaux devenus trop lourds. D’autre part, les porcheries pleines de porcs très gros pourraient offrir des images négatives aux partisans de l’initiative contre l’élevage intensif. Il est capital que chaque producteur fasse son maximum pour que ses porcs soient détenus dans le plus strict respect du bien-être animal.

> Est-ce que Proviande pourrait envisager de prendre des mesures de désengorgement du marché?
Ce n’est pas le rôle de l’interprofession suisse de la filière viande de résoudre une crise provoquée par une simple surproduction. Proviande ne peut allouer des fonds publics qu’en cas de grande urgence, par exemple en cas d’épizootie.

> Ne serait-ce pas possible de procéder à des actions de stockage?
C’est une opération coûteuse qui ne règle pas le problème. Bell et Micarna ont congelé de la viande de porcs en fin d’année passée, alors que le prix était de 3,60 fr./kg PM. Ils ont commencé à déstocker au début de la saison des grillades mais leurs congélateurs ne sont toujours pas vides. C’est pour cette raison que le prix actuel était maintenu à 3,80 fr./kg PM ces dernières semaines. La baisse annoncée dès la semaine prochaine, à 3,50 fr./kg PM doit inciter les agriculteurs à réduire leur production. Hormis une baisse des volumes, seule l’exportation de gorets ou de viande de porc permettrait d’assainir la situation.

> Le salut doit donc venir du marché?
Oui! Les flux financiers représentent le seul levier d’action possible pour régulariser la situation. Suisseporcs ne tient pas les cordons de la bourse, contrairement aux marchands et aux acheteurs. Les outils pour mettre fin à la crise actuelle sont donc clairement entre leurs mains. Ils doivent inciter leurs fournisseurs à produire moins et arrêter de soutenir financièrement la mise en place de nouvelles porcheries.

«En ce moment, les engraisseurs détiennent 12 000 porcs prêts à être abattus»


> Suisseporcs reste donc totalement impuissant?
Non! Nous n’avons aucune possibilité d’agir sur le court terme, mais nous travaillons activement à l’amélioration des conditions de production sur le long terme. Nous avons formé un groupe de travail dans lequel sont représentés tous les acteurs de notre filière. Sa mission est de chercher à enrayer le fameux cycle des prix du porc et tenter d’éviter la prochaine chute des prix qui devrait intervenir dans 3 à 5 ans. Un sondage de nos membres est également prévu dans le courant du mois d’août. Des solutions doivent être présentées à notre comité central en fin d’année.
Propos recueillis par Vincent Gremaud, 8 juillet 2022

 

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