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Dossier no 22 - 2022

Après avoir lutté contre le piétin, il faut éviter la recontamination


La lutte contre le piétin sera obligatoire dès le 1er octobre 2024. En Valais, un programme volontaire est déjà sur pied. Confronté au développement de la bactérie l’automne passé, Sébastien Granger s’est engagé dans la démarche.

Indemne. Pour la première fois le troupeau ovin de Sébastien Granger, à Val d’Illiez (VS) est considéré comme officiellement exempt de piétin. Pas que son troupeau ne l’ait jamais été, au contraire, mais aujourd’hui, un papier cantonal l’atteste. C’est une première.

L’automne passé, au retour de l’alpage, l’éleveur a remarqué deux ou trois brebis atteintes. Après avoir paré, avec l’aide de six personnes, les onglons de l’entier du troupeau (260 têtes environ), il a maintenu ses animaux, par lot de six ou sept, dans un pédiluve rempli d’une préparation d’eau additionnée de 5 à 10% de sulfate de cuivre durant plus de dix minutes. Une opération qu’il a dû répéter plusieurs semaines durant, jusqu’à guérison totale.
 
Identification et séparation des lots malades-sains, désinfection, alternance des aires de sorties, analyses ou encore gestion du solde de la solution des pédiluves: éradiquer le piétin génère, pour un éleveur, un surcroît de travail qui se comptabilise en sus de ses pertes de production. «Les brebis maigrissent et le développement des agneaux est entravé», précise Sébastien Granger. Un constat que confirme le Service consultatif et sanitaire pour petits ruminants (SSPR), qui décrit de moins bonnes performances, la diminution de la fécondité ou les réformes prématurées comme conséquences directes d’une infection. Si la lutte fédérale contre le piétin débute officiellement en octobre 2024, le Canton du Valais a décidé d’anticiper avec un programme sanitaire pilote mené sur une base volontaire. Sébastien Granger y participe.

Ce printemps, des tests PCR basés sur des échantillons récoltés au moyen d’écouvillons passés dans les espaces interdigités des onglons ont confirmé son succès. Trois pools de dix animaux (dans lesquels ont été introduites les bêtes à risque) ont été testés. Ce résultat négatif, en plus du statut sanitaire, lui donne droit à une indemnisation cantonale, soit un forfait de 200 fr. par visite de contrôle, 2 fr. par tête pour les produits et la prise en charge par le canton des frais d’analyses. Pour être accepté dans le programme, il a toutefois dû remplir certaines conditions comme garantir qu’à l’alpage, les autres détenteurs se prêteraient aussi à l’exercice.

Transports à surveiller
Car, pour lui, les risques de réinfection sont nombreux: mélange des animaux, certes, mais aussi proximité des troupeaux voisins, achats, transports, faune sauvage (bouquetins, chamois, etc.), visite et passage des touristes dans des pâturages infectés ou, enfin, autres ruminants possiblement porteurs. «On demande désormais le lavage des camions», indique l’éleveur qui n’hésiterait pas à exiger la désinfection des bottes des visiteurs. De plus, ici et sur ses alpages, les terrains sont plus humides qu’en Valais central, une condition météo qui favorise l’apparition de la maladie. Il y a dix ans, quand son troupeau a été atteint une première fois, l’homme a édifié un pédiluve en béton à proximité immédiate de sa bergerie. A cette époque, il s’était même résolu à éliminer une ou deux bêtes difficiles à soigner. Pour l’alpage, il dispose de longs bacs en polyester. Mais, là-haut, en cas de besoin c’est 1000 moutons qu’il faut gérer: un travail énorme.
 
Pour Sébastien Granger, le piétin représente un stress supplémentaire, en plus de la menace du loup, des chiens de protection et de la charge administrative. «Je ne peux qu’approuver cette lutte coordonnée, tant au niveau cantonal que fédéral», confirme-t-il toutefois, émettant tout de même quelques craintes face à un programme très ambitieux.
 
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En chiffres
47 ha de surface herbagères à Val d’Illiez. Là, environ 250 brebis donnent naissance à 300 – 350 agneaux chaque printemps, lesquels seront commercialisés par Migros, sous le label «Agneau d’alpage suisse», et via la vente directe.

500 ha d’alpages situés au-dessous des Dents du Midi.

1000 têtes issues des cantons de Vaud, Neuchâtel et Fribourg, c’est ce que compte le troupeau en été. Deux bergers et un ouvrier à l’année s’activent en plus du couple d’exploitants, en raison notamment de la gestion des chiens. Pour le parage, le besoin de main-d’œuvre double lorsqu’il faut lutter contre le piétin.
 
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Le secret de la réussite, c’est douze minutes
Le piétin, sous sa forme virulente, est causé par la bactérie Dichelobacter nodosus, qui vit dans la corne des onglons des ruminants (moutons, chèvres, ruminants sauvages) et s’y multiplie en l’absence d’oxygène. Selon les conditions, la bactérie peut survivre jusqu’à quatre semaines dans l’environnement. Elle croît lentement, mais sa multiplication et sa propagation sont favorisées par différents facteurs comme la densité du troupeau, l’humidité ou la chaleur, indique le SSPR, qui fait état d’une perte de 6,6 mios de francs pour l’ensemble du cheptel ovin. Un mouton suisse sur six serait atteint mais la prévalence diffère selon les races.
 

«En vue de la lutte obligatoire, pour les détenteurs de quelques moutons sans infrastructures avec peu de pâtures à disposition, l’assainissement pourrait s’avérer une étape délicate», explique Jean-Luc Moulin, conseiller en piétin pour le SSPR. Sans remettre en question leur légitimité, il explique: «Une frange des propriétaires aime les expositions, des lieux où, malheureusement, le mélange des animaux favorise les infections.» Tant la participation au programme volontaire cantonal que la lutte fédérale exigent ou exigeront des mesures pour éviter la réinfection. «Actuellement, c’est le détenteur qui est responsable de maintenir son statut», précise Eric Kirchmeier, vétérinaire cantonal valaisan. Comment? Une série de précautions sont imposées dont quarantaine et bains pour les nouveaux animaux ou ceux ayant côtoyé des troupeaux non contrôlés. «A l’avenir, il faudra trouver des solutions pour les expositions», ajoute le vétérinaire.
 

D’un point de vue pratique, plusieurs fiches informatives du SSPR et des vidéos sont à disposition des éleveurs. Les mesures de biosécurité y sont aussi décrites ainsi que des solutions de constructions simplifiées. Quelques aspects importants assurent le succès du processus d’assainissement. L’ensemble du dispositif de bain sera installé sur un sol dur. Les moutons ne doivent pas pouvoir mettre les pieds sur les bordures. Les outils de parage exigent la désinfection et la solution désinfectante du bain sera correctement dosée et rechargée.
 
Selon Jean-Luc Moulin, «la clé de la réussite se cache dans le fait de plonger 10 à 12 minutes les pieds à environ 8 cm de profondeur». La majorité des exploitations ayant fait appel à ses services, cette année, est déclarée indemnes. «Aujourd’hui, 159 détenteurs sur un total de plus de 600 se sont inscrits au programme volontaire dont 115 ont déjà été acceptés, informe le vétérinaire cantonal. Ce chiffre dépasse notre projection de 10% de participation.» Il est d’ailleurs encore possible de s’inscrire. L’expérience permettra d’affiner certains processus.
 
Vaud a aussi lancé un projet pilote. Il concerne une dizaine d’exploitations mais une «montée en puissance est possible si les premiers résultats devaient être encourageants». Ce dernier comporte également un volet diagnostic qui doit permettre au laboratoire d’implémenter la méthode d’analyse. Enfin, quelques éleveurs genevois travaillent avec le SSPR soutenus par le service vétérinaire.
 
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La Suisse en lutte dès 2024
Dès le 1er octobre 2024, toutes les exploitations ovines seront testées. Si positives, elles seront mises sous séquestre et contraintes d’assainir leur troupeau. Un second test devra prouver que l’exploitation est négative, explique l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) qui estime à une enveloppe de 470 000 francs ses frais pour la première année de lutte. Tous les moutons suisses seront donc examinés, du mois d’octobre au 31 mars, ceci durant les cinq ans que dure le programme. Les vaccins ayant montré une efficacité curative et protectrice très variable selon les essais, ils seront interdits à partir du 1er janvier 2024.

Quelques inquiétudes
La première année seulement, durant les six mois que dure la période d’examen, les moutons non testés pourront être déplacés ou mis au contact d’animaux provenant d’une exploitation ovine non testée. Cependant, à partir du moment où un test négatif sera délivré, plus aucun contact ne sera toléré sans certificat. Les années suivantes, des tests négatifs seront exigés pour tout déplacement ou achat. Un problème se posera donc clairement aux organisateurs et participants aux expositions ou autres manifestations. Les produits actuellement utilisés en vue de l’assainissement ne sont pas faciles à éliminer (métaux lourds). Deux projets de recherche sont en cours afin de proposer des produits adéquats. Lors du déroulement de la lutte fédérale, une grande partie des frais seront pris en charge par les cantons (visites, prélèvements, analyses). Les détenteurs devront, eux, s’acquitter d’une taxe de 30 à 90 francs maximum par exploitation. Bien que les politiques d’application cantonales ne soient pas encore abouties, il semble que les frais d’assainissement seront à la charge des éleveurs.

Dans cette perspective, comme d’autres, Jean-Luc Moulin s’inquiète: «Il faudra que nous commencions tous en même temps, sans oublier les bétaillères, les abattoirs ou l’intervalle suffisant entre deux pâtures. Obtenir le statut est une chose, le garder en est une autre».
Martine Romanens, le 2 juin 2022
 
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