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«J’en suis convaincue: les producteurs seraient gagnants d’éradiquer la BVD»


Cheffe de la section Santé animale au Service de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (SAAV) du canton de Fribourg, Erina Panchaud fait le point de la situation sur le programme d’éradication de la BVD, débuté en 2008.


ag08_Dossier Panchaud


> L’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) se réjouit des effets de son programme d’éradication de la diarrhée virale bovine (BDV) en relevant que 99,2% des exploitations suisses sont aujourd’hui indemnes de ce virus. Qu’en est-il dans le canton de Fribourg?
Nous constatons aussi une diminution du nombre de cas. A ce jour, nous comptons 8 ex­ploitations sous séquestre et 45 autres exploitations font encore l’objet d’une surveillance accrue, suite à un cas positif.

> Pourtant, l’Etablissement cantonal d’assurance des animaux de rente (Sanima) fait état de 208 bêtes infestées permanentes (IP) tuées en 2016 et 418 en 2017...
Notre canton a connu une recrudescence de la BVD entre 2016 et 2018. Nous avons pu mettre en évidence qu’il y a eu trois souches distinctes du virus et que 90% des cas proviennent de deux de ces souches. Cela prend entre 9 mois en 1 an pour obtenir le statut d’indemne, suite à l’apparition d’un cas. L’exploitation est d’abord mise sous séquestre complet jusqu’à trois semaines après l’abattage de tous les animaux infestés. Puis, seules les femelles gestantes restent interdites de déplacement jusqu’à leur mise bas. Lors d’un de ces vêlages, l’exploitation est remise sous séquestre complet jusqu’à ce que le veau soit testé négatif. En cas de résultat positif un deuxième test détermine s’il s’agit d’un IP ou non.

> L’OSAV appelle à ne pas baisser la garde pour éradiquer la BVD. Est-ce réellement possible de s’en débarrasser?
Oui. Si tout le monde continue à faire les efforts nécessaires, c’est un objectif réaliste. Mais chacun doit jouer le jeu et s’investir: les services cantonaux, les vétérinaires praticiens et naturellement les éleveurs. Il est très important qu’ils soient rapides et précis pour contrôler tous les veaux à leur naissance. Les annonces à la BDTA doivent aussi être réalisées rapidement. Enfin, il convient de respecter les mesures d’hygiène, en particulier lors des vêlages de femelles sous mesures sanitaires, et les consignes en cas de séquestre.

> Pourtant, les grands moyens mis en œuvre entre 2008 et 2012, avec le dépistage systématique de tous les veaux, n’ont pas permis d’éliminer la BVD. Etait-ce insuffisant?
La campagne ne s’est pas arrêtée en 2012! C’est juste la première phase du programme d’éradication qui a alors pris fin. Nous sommes ensuite entrés dans une phase de sur­veillance. Ce sont d’ailleurs les mesures complémentaires et additionnelles mises en place sur Fribourg qui nous ont permis de découvrir rapidement les nouveaux foyers dès 2016. Après la première phase, on s’attendait à voir apparaître des foyers, ce n’est pas une surprise et cet élément ne remet pas en cause l’efficacité du programme.

> Si la surveillance a permis de détecter rapidement ces foyers, comment expliquez-vous que deux souches de virus puissent engendrer près de 600 abattages de veaux IP?
Suite à la première phase du programme, la plupart des bo­vins suisses sont négatifs aux anticorps. Cela fait qu’en cas de réintroduction du virus, toutes les femelles portantes sont susceptibles de s’infecter et d’engendrer un IP. C’est pour cette raison que les foyers de 2016 sont partis très vite. Durant les 6 à 9 mois entre l’infection et la découverte de l’IP, avec l’intensité du trafic des animaux qu’on connaît en Suisse, il peut y avoir de nombreuses contaminations.

> La BVD touche aussi les ruminants sauvages. Le gibier ne constitue-t-il pas un réservoir pour le virus?
C’est une question qu’on nous pose fréquemment. Il se trouve qu’en 2017, nous avons réalisé, en collaboration avec le Service de la faune et des forêts, une étude à ce sujet. Nous avons cherché la présence du virus et des anticorps dans le gibier tiré et accidenté surtout dans les régions les plus touchées du canton. Sur les 27 cerfs, 14 chamois et 9 chevreuils analysés, nous n’avons eu que des résultats négatifs. La faune sauvage n’est pas un réservoir du virus.

> Pourquoi les IP doivent-ils immédiatement être abattus? Ne pourrait-on pas regrouper ces veaux pour les engraisser?
Il n’y a pas de demande pour cela. Théoriquement ce serait possible, mais la législation ne le permet pas. Un IP doit être abattu dans un délai de deux semaines après son deuxième test positif. Nous avons des demandes d’exploitations d’en­graissement dont les animaux partent uniquement vers l’abattoir, mais le risque serait trop important. La loi n’est pas là pour embêter les exploitants touchés, mais pour protéger ceux qui sont indemnes. Et ces animaux sont généralement plus chétifs et moins performants.

> Certains éleveurs en ont marre. Ils se demandent s’il ne serait pas plus simple de vivre avec la BVD comme ils le faisaient avant 2008?
Nous sentons aussi ce ras-le-bol. Nous comprenons que cela engendre des frais et des problèmes de places. Mais nous prenons le temps d’informer chaque éleveur touché personnellement, suivant son cas. Il ne faut pas oublier que la BVD, avec les diarrhées et les avortements qu’elle pro­voquait, coûtait chaque année entre 8 et 10 millions de francs aux éleveurs. Même si le programme d’éradication a aussi un coût (ndlr: 68 millions de francs pour la phase entre 2008 et 2012 selon l’OSAV, puis 2 à 3 millions supplémentaires par an durant la phase de surveillance), je suis convaincue que les éleveurs seraient gagnants d’éradiquer la BVD.

> Quand peut-on espérer en être débarrassé?
C’est très difficile à dire. L’important est de tenir sur la durée. Je pense que cela prendra encore quelques années.
Propos recueillis par Vincent Gremaud, 22 février 2019


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LE COMBAT N'EST PAS ENCORE GAGNÉ

En 2018, la Suisse a enregistré au total 180 cas de diarrhée virale bovine (BVD), soit environ 30% de cas en moins par rapport à l’année précédente (258). Cette évolution est le résultat d’une lutte renforcée contre l’épizootie. Cependant l’objectif d’éradiquer tout à fait la BVD du pays n’est pas encore entièrement atteint.

En Suisse, 55 exploitations sont actuellement sous séques­tre. Dans 239 autres exploitations, l’une ou l’autre vache gestante du troupeau a dû être placée préventivement sous séquestre. Globalement, 99,2% des exploitations suisses sont indemnes de BVD. L’épizootie n’est, certes, pas encore éradiquée, mais le pays est en bonne voie d’y parvenir.

Avec le recul continu depuis 2018 du nombre de cas de BVD, on se rapproche de l’objectif de l’éradication définitive de la maladie en Suisse. Pour ne pas mettre en danger le ré­sultat déjà atteint, les efforts déployés dans le programme d’éradication de la BVD seront encore renforcés cette année. Toutes les exploitations détenant des bovins seront sur­veillées au moins une fois, ce qui nécessitera de prélever encore davantage d’échantillons à l’abattoir et à la ferme.


Ne pas se relâcher
Dans la phase finale de l’éradication, l’engagement et la col­laboration de toutes les personnes concernées sont plus que jamais nécessaires. Un relâchement, aussi faible soit-il, au niveau des mesures de lutte, pourrait mettre en danger l’éradication. En effet, le virus de la BVD peut se propager rapidement dans une population non protégée. Il faut donc rester vigilant et respecter les règles de comportement suivantes:
–    ne pas introduire dans son troupeau des bovins placés sous séquestre;
–    respecter les règles d’hygiène;
–    protéger les génisses et va­ches en gestation;
–    être prudent lors des mises bas;
–    annoncer à son vétérinaire tout veau faible ou chétif, toute augmentation des problèmes de fertilité (fréquents retours en chaleurs) et les avortements;
–    n’estiver les bovins que sur des alpages indemnes.

La lutte contre la BVD est intensifiée également à l’échelle internationale. A partir de 2021, l’Union européenne reprendra de nombreuses mesures déjà appliquées en Suisse. La Suède, la Norvège, la Finlande et le Danemark ont déjà atteint l’ob­jectif de l’éradication complète de la maladie.
OSAV, 22 février 2019


SUR LE WEB
www.osav.admin.ch > Programme d’éradication de la BVD.



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C'EST VOUS QUI LE DITES

Quel regard portez-vous sur le programme suisse d’éradication de la BVD?

 
 

Benoît Cardinaux, éleveur de vaches laitières,à Bouloz (FR).
«Je soutiens les mesures prises pour lutter contre la BVD. Même si ce n’est pas facile quand on est concerné. Cela fait deux ans et demi que je suis touché. L’épidémie s’est révélée virulente sur mon exploitation: j’ai perdu 28 veaux, dont 20 femelles. C’est une très bonne chose que Fribourg analyse systématiquement les cadavres apportés aux centres collecteurs de déchets animaux. Nous étions les seuls à le faire. Maintenant, Vaud, Neuchâtel et le Jura le font aussi. Ainsi, on détecte plus rapidement un foyer. Plus vite on prend connaissance d’un cas, mieux on peut contenir l’infection. Les IP doivent être abattus aussi vite que possible, même s’il y a des pertes économiques. Le regard des autres est parfois lourd. On nous regarde un peu comme si nous avions la peste. Je produis des animaux de garde et la BVD a freiné certains acheteurs. Et pour vendre mes bêtes, je dois viser les fenêtres de temps durant lesquelles j’ai l’autorisation d’écouler du bétail. Ces fenêtres sont parfois courtes, et j’ai ainsi de la peine à réguler mon troupeau. L’an passé, j’ai dépassé mon droit de livraison de lait de Gruyère pour le premier trimestre, alors que je ne pouvais pas vendre de bêtes. Mais même si c’est dur financièrement et moralement, je soutiens à 200% la lutte contre la BVD. Je pense qu’il faudrait même l’intensifier. Peut-être en revenant au dépistage systématique à la naissance.»

 

Christian Buffat, éleveur de vaches allaitantes, à Poliez-Pittet (VD).
«En Suisse, nous luttons contre la BVD, mais nous luttons mal. Il serait tout à fait possible d’éviter de traiter les veaux infestés comme des déchets. Nous pourrions les engraisser et même les manger sans aucun risque pour l’homme. Amener ces veaux à l’équarrissage, c’est du pur gaspillage. Actuellement, sur mon exploitation, j’ai quatre veaux qui ont été testés positifs. Je suis censé les abattre alors qu’ils n’ont aucun symptôme. La législation actuelle m’interdit de les engraisser. A l’origine, c’est un veau dont le résultat était un faux négatif qui a infesté les mères de ces quatre veaux. J’ai appris par après que ces tests sont fiables à 98,5%. L’administration estime que c’est un haut pourcentage mais moi, je trouve qu’1,5% de résultats erronés, c’est beaucoup! Abattre ces bêtes représenterait pour moi un manque à gagner de l’ordre de 4000 à 5000 francs. A cela, il faut encore ajouter le coût des quelques mois d’attente pour les mères avant que je puisse à nouveau les faire porter. Les calculs des indemnités ont été réalisés à une époque où il y avait encore peu de vaches allaitantes. Pour des veaux de fermes laitières, ces dédommagements couvrent les frais, mais pour les pro­ducteurs de vaches mères, ils sont clairement insuffisants. Sans veau, une vache allaitante ne produit aucun revenu, contrairement à la laitière qui continue de faire du lait.»

 

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