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Révisées en 2018, les recommandations du Livre vert sont encore dépassées


Une étude d’Agroscope confirme l’inadéquation des apports recommandés du Livre vert pour estimer les besoins énergétiques des taurillons à l’engrais.


ag35 web dossier affouragement


Les recommandations sur les apports alimentaires pour les bovins d’engraissement contenues dans le Livre vert ne sont plus adaptées. Ce sont les conclusions mises en avant par les chercheurs d’Agroscope qui ont comparé les observations expérimentales récoltées sur le terrain et les estimations issues du Livre vert. Les résultats de cette étude ont fait l’objet d’une publication dans Recherche agronomique suisse en décembre dernier.

Les recommandations du Livre vert se basent essentiellement sur d’anciens modèles français validés et adaptés pour les conditions d’élevage en Suisse. Or, ces modèles datent des années 1970 et 1980. Ces recommandations ont été révisées en 2018, mais seule l’estimation de l’ingestion avait alors été mise à jour. Depuis, la filière de l’engraissement bovin a considérablement évolué sur de nombreux points. Conscients des limites du Livre vert, les conseillers en affouragement et les maisons d’aliments appliquent déjà des corrections aux recommandations officielles.

Besoins énergétiques sous-estimés
Sylvain Lerch, Jean-Luc Oberson, Paolo Silacci et Isabelle Morel se sont penchés sur les différences entre les observations biologiques et les estimations des modèles empiriques en focalisant leur attention sur les quantités ingérées d’énergie nette pour la production de viande (NEV) et de protéines absorbables dans l’intestin à partir de l’énergie disponible (PAIE) ou de la matière azotée dégradée (PAIN). L’expérimentation animale comprenait 87 taurillons répartis en trois groupes qui ont reçu, dès que leur poids vif atteignait 150 kg, des rations isoprotéiques mais de densité énergétique distincte de 7,04 MJ NEV, 7,36 MJ NEV et 7,52 MJ NEV par kilo de matière sèche.

Les résultats obtenus met­tent en évidence que le Livre vert sous-estime largement les besoins énergétiques des bovins d’engraissement. Une différence de l’ordre de 20% entre les recommandations et la réalité a été observée sur l’ensemble de la période expérimentale. Cet écart était plus marqué avec la ration riche en énergie (24%) qu’avec la ration moyenne (22%) ou pauvre (15%). Les estimations de NEV ingérée se sont toujours avérées plus faibles que les ingestions énergétiques réelles, sauf pour la ration à basse valeur énergétique en fin de période expérimentale (poids vifs entre 500 et 600 kg), où les valeurs observées et prédites sont comparables.

Concernant les protéines ingérées, les estimations du Livre vert sont demeurées, sur l’ensemble de la période ex­périmentale, proches des valeurs observées. Avec la ration pauvre en énergie, les prédictions se sont avérées légèrement supérieures aux obser­vations, de 2% pour les PAIN et de 5% pour les PAIE. Les estimations du Livre vert ont par contre légèrement sous-estimé les PAIN et PAIE des rations riche (de 6%, respectivement 5%) et moyenne (de 2%, respectivement 1%). En fin de période d’engraissement, les chercheurs ont mis en évidence des écarts plus importants. Pour la classe de poids vifs entre 550 et 600 kg, la sous-estimation des besoins en PAIE des animaux ayant reçu une ration riche a atteint 31%.

Les animaux ont évolué
En plus des performances d’engraissement, les chercheurs ont étudié les paramètres physiologiques et comportementaux des animaux pour tenter d’expliquer les différences entre les besoins estimés et observés.

Il y a plusieurs décennies, lorsque les équations du Livre vert ont été calibrées, le poids vif à l’abattage ne dépassait alors pas les 510 kg et les accroissements plafonnaient à 1,1 kg/j. A titre de comparaison, les taurillons de cet essai d’engraissement avaient tous des poids d’abattage supérieurs à 530 kg PV et des accroissements de plus de 1,5 kg/j.

La proportion de tissus adipeux des carcasses a elle aussi considérablement évolué. Elle atteignait 10,5% dans les essais ayant servi de base à l’élaboration des recommandations du Livre vert alors qu’elle était en moyenne de 12,3% pour les taurillons de cet essai. Pour engraisser des animaux plus riches en lipides, davantage d’énergie ingérée est nécessaire pour un même gain de poids vif qu’avec des animaux plus maigres. Cela contribue à expliquer pourquoi les recommandations du Livre vert ne sont plus adaptées.

Mise à jour pas encore planifiée
Dans leurs conclusions, les chercheurs d’Agroscope soulignent la nécessité d’une refonte et d’une rénovation du Livre vert à partir de nouvelles données expérimentales, en particulier concernant la composition corporelle des animaux.

«Nous ne savons pas encore comment nous allons intégrer les résultats de cet essai dans une future mise à jour du Livre vert», explique Isabelle Morel, du groupe de recherche Ruminants d’Agroscope. Pour l’heure, aucune planification ne permet de savoir quand les engraisseurs pourront profiter d’une mise à jour du Livre vert.
Vincent Gremaud, 3 septembre 2021

 

 

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