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Présentes chez la plupart des poules, les lésions du bréchet ont diverses causes


Selon de récentes études, la quasi-totalité des pondeuses présentent un bréchet fracturé ou du moins déformé. Les origines de ces lésions sont multiples.


poule


Ces derniers mois, la presse s’est faite l’écho d’une étude réalisée par l’Université de Berne sur 150 poules de plus de dix mois, qui a montré que 97% d’entre elles souffraient d’une lésion plus ou moins grave du bréchet, appelé aussi crête sternale. Les poules conventionnelles comme bios sont concernées. Une prévalence élevée de déformations ou de fractures du bréchet (85%) avait déjà été mise en évidence dans une étude menée en 2021 par des chercheurs danois.

Les fractures du bréchet constituent un problème de protection des animaux considérable dans la garde de poules pondeuses.

Détention respectueuse mais dangereuse
En Suisse, les pondeuses sont détenues presque exclusivement dans des systèmes de volières. Ce mode de garde répond très bien aux besoins des animaux, car les poules peuvent exprimer le comportement propre à leur espèce et disposent de beaucoup d’espace pour voler.

En effet, dans la nature, les poules utilisent les branches et les rameaux pour se percher, surtout durant la nuit, afin de se mettre à l’abri des prédateurs évoluant au sol. La journée, elles utilisent les branchages pour se reposer et pour éviter les autres membres du troupeau.

Pour permettre aux gallinacées d’exprimer leur comportement naturel, les systèmes de volière sont souvent construits très en hauteur et offrent beaucoup de place et d’espace aux poules pour se déplacer. En ce sens, ce mode de détention est particulièrement respectueux des animaux. D’un autre côté, le risque d’accident ou de chute est plus élevé lorsque les poules ont plus de liberté de mouvement. La conception et la construction des volières varient. Les anciens systèmes qui datent des années 1990 se composent d’un maximum de deux surfaces grillagées superposées, sur une hauteur moyenne de 230 cm avec des nids externes à la volière. Aujourd’hui, les constructeurs proposent des poulaillers plus hauts, équipés de rampe.

Causes recherchées
Les fractures du bréchet semblent avoir des origines multifactorielles. Pour diminuer efficacement la fréquence et la gravité des lésions, il est recommandé de veiller à différents facteurs et adapter les mesures à prendre en fonction de chaque site.

Souvent pointée du doigt, la haute productivité des animaux n’est finalement pas directement responsable de la forte occurrence de ces lésions (lire ci-dessous). La recherche agronomique continue de mener des essais pour identifier les causes de ces lésions et imaginer des moyens de réduire leur fréquence.

Plus les poules sont âgées, plus elles sont sujettes à souffrir de déformations ou de fractures du bréchet. Outre l’âge, la génétique pourrait aussi jouer un rôle. Plusieurs études ont mis en évidence par exemple que les hybrides bruns sont davantage touchés, indépendamment de leur performance de ponte. Les poules brunes sont également plus lourdes que les blanches. Or, un lien a été établi entre la sévérité des lésions et le poids des animaux.

L’alimentation joue elle aussi un rôle. L’adjonction d’une concentration plus élevée de calcium lors du dernier nourrissage du soir ou l’apport de particules de calcium plus grosses permettent de fournir aux poules, durant la nuit, la quantité de calcium nécessaire. Les aviculteurs utilisent cette technique pour améliorer la qualité des coquilles, mais cela pourrait aussi contribuer à la prévention des lésions du bréchet.

Les fractures du bréchet résultent de chutes ou de collisions entre l’animal et le sol, les parois ou les perchoirs. Le Centre spécialisé dans la détention convenable de la volaille et des lapins (ZTHZ), à Zollikofen (BE) a réalisé diverses études ces dernières années. Ils ont notamment constaté que les chutes se produisent principalement durant la phase de pénombre du soir et la phase d’obscurité qui lui succède. Une prolongation de la phase de pénombre, le soir, donnerait davantage de temps aux poules pour trouver un endroit approprié pour dormir. Cela permettrait de limiter les chutes et les collisions dans l’obscurité.

En raison des rassemblements plus importants de poules sur les étages supérieurs et des bousculades qui s‘y produisent particulièrement souvent, les chutes depuis ces étages sont plus fréquentes. Lors d’un essai, 65% des chutes se sont produites à partir de l’étage surplombant les nids.

Conséquences diverses
Personne ne sait encore exactement comment les poules ressentent les fractures du bréchet. Il n’y a pas de signes extérieurs permettant de voir si les poules souffrent de lésions du bréchet, raison pour laquelle ces dernières passent souvent inaperçues. Récemment, la recherche a mis en évidence quelques différences entre le comportement des poules atteintes et celui des poules saines, notamment dans le temps qu’elles mettent à franchir un obstacle.

Contrairement aux poules de 37 semaines, celles de 61 semaines ont montré une corrélation entre leurs lésions et leurs performances de ponte. Celles qui présentaient les fractures les plus sévères pondaient 16,2% d’œufs en moins que les poules ne présentant aucune lésion.
Vincent Gremaud, 10 juin 2022


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BIEN AMÉNAGER LES VOLIÈRES
Le Centre spécialisé dans la détention convenable de la volaille et des lapins (ZTHZ), à Zollikofen (BE) a testé certaines mesures pour tenter de limiter la fréquence et la gravité des lésions du bréchet.

Rampes
Les chercheurs ont relié entre eux les différents étages d’une volière expérimentale à l’aide de six rampes grillagées, sur chacun des deux côtés de la volière. Une telle installation a manifestement facilité les déplacements vers le haut et vers le bas des poules. Cela a permis de réduire le nombre de chutes et de collisions.

Les rampes ont également servi de filet de rattrapage pour les poules qui tombaient et elles ont permis aux poules chassées par les autres de s’esquiver en montant sur les rampes, limitant ainsi le nombre de chutes.

Dans cet essai, le ZTHZ a constaté 45% de chutes en moins, 59% de collisions en moins. Les déplacements des poules ont été favorisés (+44%) et les fractures du bréchet ont pu être réduites de 23%.

Ces rampes sont faciles à installer et à moindres frais.
Perchoirs
Les perchoirs sont une ressource importante pour les poules, raison pour laquelle il faut leur mettre à disposition des possibilités de se percher à différentes hauteurs.

Les matériaux utilisés ont aussi leur importance. Davantage de chutes se produisent sur les perchoirs lisses et glissants. Les structures recouvertes de caoutchouc ou d’un autre matériau tendre permettent aux animaux de garder une posture stable et amortissent les collisions. Durant la durée de l’essai, la fréquence de fractures du bréchet a été diminuée (de 21,5 à 15,4%). En choisissant le matériau des perchoirs, il convient de ne pas négliger les problèmes posés par les acariens ou les bactéries.

Les chercheurs ont aussi essayé de remplacer les perchoirs devant les nids par des plateformes. Une telle structure a permis de réduire le nombre de fractures du bréchet, mais dans une moindre mesure que l’installation de rampes.VG
VG, 10 juin 2022
 

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PAS DE LIEN AVEC LA PERFORMANCE
Les performances de ponte sont souvent présentées comme la principale cause des fractures des os et du bréchet chez les poules. Il ne s’agirait que de suppositions, les faits à ce sujet étant plutôt contradictoires. Dans une publication parue en 2021, le généticien écossais Ian Dunn explique qu’il n’a trouvé «aucune corrélation génétique entre la solidité des os des poules et leurs performances de ponte». Divers travaux menés à Zollikofen (BE) par le Centre spécialisé dans la détention convenable de la volaille et des lapins (ZTHZ) ont également montré qu’il n’existait aucun lien entre le nombre total d’œufs pondus par une poule et l’apparition d’une fracture sur sa crête sternale.

Le bréchet est un os sur lequel s’insèrent les muscles nécessaires au vol des oiseaux. Au XIXe siècle déjà, bien avant l’amélioration drastique des performances de ponte, Charles Darwin avait constaté des fractures du bréchet chez la poule. Il avait alors postulé que la crête sternale des oiseaux inaptes au vol s’était atrophiée au fil de l’évolution et que cela l’avait rendue plus fragile.

Ian Dunn se veut optimiste: «Grâce à des efforts ciblés en matière de gestion, d’alimentation et de génétique, il devrait être possible de réduire la probabilité de lésions osseuses, bien qu’il demeure impossible d’éliminer complètement les risques liés à l’environnement de la détention».

Depuis peu, des partisans de l’initiative contre l’élevage intensif tentent d’instrumentaliser le sujet des fractures du bréchet. «C’est injuste et cela ne sert pas la cause animale», a commenté Andreas Gloor, d’Aviforum, ans la revue Aviculture Suisse du mois de mars dernier.
VG, 10 juin 2022VG, 10 JUIN 2022

 

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