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Distribué comme additif dans la ration, le charbon végétal améliore la digestion


L’utilisation de biochar comme additif dans l’affouragement des animaux de rente offre d’intéressantes perspectives d’amélioration de leurs performances et de leur santé.


biochar


Le charbon est l’un des plus anciens remèdes maison contre les troubles de la digestion tant pour les êtres humains que pour les animaux. Cette utilisation s’est quelque peu perdue au XXe et XXIe siècles, mais depuis une dizaine d’années, de plus en plus d’agriculteurs ont à nouveau recours à du charbon végétal issu d’un processus de pyrolyse (biochar) comme additif dans la ration qu’ils distribuent à leur bétail.

Eleveur de vaches allaitantes à Alterswil (FR), Peter Schneider est l’un d’entre eux. «Cela fait trois ans que j’utilise du biochar», précise le Singinois. «J’en donne aux vaches, aux veaux et j’en répands aussi sur leur litière en couche profonde avec des micro-organismes efficaces (EM).»

Bienfaits reconnus
Les particules de biochar présentent une surface spécifique très élevée, ce qui lui confère un fort pouvoir d’adsorption de différentes substances chimiques telles que des mycotoxines ou des micropolluants. «L’ajout de charbon actif dans la ration peut contribuer à favoriser une bonne digestion, mais aussi à amé­liorer certaines valeurs sanguines, l’efficience alimentaire, la qualité de la viande ainsi qu’à réduire les émissions de gaz à effet de serre.» C’est le constat tiré par Hans-Peter Schmidt, de l’Institut international en open source de l’agriculture du climat et des stratégies carbone (Ithaka), dans un article paru en juillet 2019 dans la revue scientifique PeerJ.

Pour ce travail, le Valaisan basé à Arbaz a évalué pas moins de 112 publications pertinentes sur l’utilisation de biochar dans l’alimentation animale. «La plupart des résultats publiés sur ce sujet reposent jusqu’à présent sur des études empiriques et ne sont pas statistiquement significatifs», pour­suit l’article. «Mais il ressort que pour toutes les espèces d’animaux de ferme étudiées, des effets positifs ont été constatés.»

De rares effets négatifs ont été identifiés en ce qui concerne l’immobilisation des composés liposolubles des aliments, comme la vitamine E ou les caroténoïdes.

Ajuster le dosage
Dans les études examinées, les propriétés des charbons actifs ainsi que les posologies appliquées variaient fortement. «En général, on part du principe que le charbon végétal se dose à raison de 1% de la matière sèche de la ration», commente Hans-Peter Schmidt, qui précise qu’un léger surdosage n’implique pas de réels effets négatifs sur la santé.

«Le biochar n’est pas un fourrage, il faut le considérer un peu comme un médicament.» Selon le chercheur, l’ajout de biochar n’est pas nécessaire avec un fourrage de qualité optimal. Cet additif favorise la digestion et contribue à minimiser les effets – mais sans pour autant gommer tous les défauts – d’un fourrage de qualité moyenne. «On peut dire que si McDonald’s met un peu de biochar dans ses burgers, cela peut aider à notre di­gestion», illustre Hans-Peter Schmidt. «Mais si l’on mange une nourriture saine, équilibrée et de qualité, nous n’en avons pas besoin.»

Durant la période estivale, le troupeau de Peter Schneider bénéficie d’une pâture intégrale, sans charbon végétal. «Mais lorsque les animaux sont à la crèche, en hiver, je mélange environ 2 kg d’un produit contenant du biochar et des micro-organismes efficaces à la ration quotidienne que je distribue à mon troupeau de 29 animaux», indique l’agriculteur fribourgeois. «Je procède ainsi pendant une dizaine de jours. Ensuite je fais une pause sans cet additif durant une semaine à dix jours et je recommence le processus jus­qu’au début de la pâture.» De plus, Peter Schneider met en permanence à disposition de ses veaux un sceau contenant du charbon végétal. «Si l’un d’eux développe une diarrhée, j’en humidifie une poignée que je lui donne directement dans la bouche», précise-t-il. «En général, je le fais deux fois et la diarrhée passe, mais au besoin, je répète l’opération.»

Prix relativement élevé
Les usages agricoles du biochar sont multiples. Le charbon végétal peut servir d’agent d’ensilage, d’additif à la litière, de traitement des lisiers, d’amendement pour les cultu­res et, donc, d’additif alimentaire.

Principal fournisseur en Suisse de biochar de qualité fourragère, l’entreprise Verora (lire ci-dessous) propose son charbon végétal en big bag au prix de 380 fr./m3. Si ce montant limite l’utilisation du charbon en grandes cultures, il n’est pas rédhibitoire en production animale. «Sur mon exploitation, ce produit a une triple utilité. Il me permet d’améliorer le climat d’étable, il favorise une bonne digestion de la ration hivernale et contribue à apporter à mes cultures les éléments nutritifs dont elles ont besoin», relève Peter Schneider, qui estime donc que l’investissement en vaut la peine.
Vincent Gremaud, 14 janvier 2022
 

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UN AMENDEMENT DU SOL APPRÉCIÉ
Même s’il est extrêmement pauvre en éléments nutritifs, le biochar sert aussi d’amendement pour les sols. Le charbon peut être mélangé avec du compost mûr sous forme de particules fines. Il est aussi possible de traiter des litières ou des lisiers avec du biochar.

Sa grande surface spécifique permet au charbon végétal de lier des nutriments qui abondent dans le compost et les engrais de ferme. Après l’épandage, ces nutriments sont ensuite libérés progressivement et mis à disposition des plantes. Le biochar améliore également la structure des sols grâce à sa teneur élevée en carbone. Enfin, le charbon végétal augmente consi­dérablement la capacité de rétention de l’eau des sols.

«Un grand nombre d’études internationales confirment que le biochar peut augmenter le rendement, la densité des racines, l’activité microbienne, la formation de matière organique dans le sol et l’efficience en termes d’utilisation de l’eau», confirme un article paru le 24 juin 2021 dans la revue Agroscope Science. Un essai mené en 2017 par Agroscope a aussi montré que le charbon composté présentait une capacité considérable à stocker des nitrates. Il peut donc jouer un rôle actif dans la lutte contre le lessivage des nitrates et maintenir les éléments nutritifs à disposition des cultures.

Bénéfique pour l’environnement
En retenant notamment l’ammoniac, le biochar peut réduire les émissions de gaz à effet de serre d’environ 30% par hectare. Cette seule réduction permettrait d’économiser quelque 8,6% des émissions agricoles, soit près de 1,2% de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre en Suisse.

La production de charbon végétal à partir de la biomasse permet enfin de séquestrer du carbone. Si les résidus de l’agriculture et de la sylviculture sont systématiquement transformés en charbon végétal, la Suisse pourrait compenser, d’ici 2050, jusqu’à 80% de ses émissions de gaz à effet de serre.
VG, 14 janvier 2022
 
 

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PRODUCTION PAYSANNE DISTINGUÉE
Une dizaine d’agriculteurs des montagnes zougoises se sont associés pour créer la société Verora SA qui produit du compost depuis plus de vingt-cinq ans. En 2012, l’entreprise s’est dotée d’une installation de pyrolyse pour fabriquer du biochar à partir de bois naturel issu de coupes d’arbres et d’arbustes.

En 2019, cette production de charbon végétal a décroché les 20 000 francs attribués au lauréat de l’AgroPrix d’Emmental assurance. Plus récemment encore, Verora a remporté, le 6 janvier dernier, le Watt d’Or 2022 décerné par l’Office fédéral de l’énergie (OFEN).

Installation efficiente
Au cours des dix dernières années, l’équipe de Verora a développé son installation de pyrolyse en transformant le prototype de départ de la société allemande Pyreg GmbH, issue d’un spin-off universitaire. Les copeaux de bois frais y subissent un traitement thermi­que. Amené à une température de 500 à 600 degrés, sans oxygène, le bois ne brûle pas, mais se transforme en carbone avec une pureté d’au moins 98%.

Les gaz de pyrolyse qui résultent de ce procédé sont récupérés et brûlés sans flamme, à 1100 degrés (brûleur Flox). Cela permet de générer la quasi-totalité de la chaleur nécessaire à la pyrolyse et de réduire les émissions de gaz à un niveau extrêmement faible.

Chaque année, Verora produit environ 180 tonnes de charbon végétal, ce qui en fait aujourd’hui le principal fournisseur de biochar du pays. La clientèle de l’entreprise zougoise est avant tout composée d’agriculteurs. «Les jardiniers amateurs et les services des parcs et jardins de villes font aussi appel à nos produits», souligne Fredy Abächerli, responsable du projet biochar de l’entreprise. «Toute notre production répond aux standards d’une qualité fourragère et bénéficie de la certification de EBC (European Biochar Certificate).»
VG, 14 janvier 2022

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