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On en sait plus sur la cochenille de Comstock


La cochenille farineuse est un insecte piqueur-suceur qui a débarqué sous nos contrées accompagnée de plusieurs parasitoïdes. Pour l’instant seul le Valais est concerné et l’heure est à la recherche.


Cochenille farineuse


Saxon, le 17 septembre. L’herbe de l’allée du verger est grasse et mouillée. Elle crisse au moindre pas. Au loin, un chapeau blanc coiffe un homme enfoui dans les pommiers. Jérémy Rossi effectue son master au CABI, un centre de recherches scientifiques appliquées sur les espèces envahissantes (plantes et insectes), en Suisse et à l’international, lequel est basé à Delémont (JU). Le CABI est en ce moment impliqué dans un projet national centré sur la gestion d’une cochenille farineuse dite de Comstock. Ce nouveau ravageur originaire d’Asie, dont la présence s’étend sur les terres valaisannes, porte le nom latin de Pseudococcus comstocki.

Plusieurs lâchers aux buts différents
L’homme est concentré. C’est un jour important: celui du lâcher de minuscules guêpes parasitoïdes dont on a élevé des spécimens en laboratoire, ceci à partir de momies de cochenilles infestées. Jérémy Rossi va devoir effectuer trois lâchers avant que le vent ne se lève. Et, dans la recherche, rien ne s’improvise. Il a préalablement répété chaque de ses gestes dans le laboratoire jurassien, par ailleurs classé P3, donc sous haute sécurité (voir vidéo).

C’est le deuxième lâcher de l’année, le premier de cette forme. Le but? Evaluer à quel point les guêpes parasitoïdes se répandent après s’être échappées. Auparavant, d’autres chercheurs du CABI, en collaboration avec Agroscope, ont d’abord établi un état des lieux de la propagation des parasites, ceci au fil des générations et ont mesuré les effets d’un lâcher sur le parasitage, cette fois par prélèvement de cochenilles.
 

Jérémy Rossi devant ses pièges (© M. Romanens). Au milieu: Pseudococcus comstocki sur les fruits. Le miellat engendre de la fumagine (© Agroscope). Trois cents guêpes tiennent dans ce petit tube (© M. Romanens).

Colorer pour différencier
Ultime étape. Jérémy Rossi pose maintenant ses pièges: de grandes plaques jaunes autocollantes qu’il essaie de fixer orientées vers un point cardinal. Tout est minutieusement orchestré, jusqu’aux distances précises entre les pièges. Au milieu des plaques, dans un sachet de toile très fine, quelques cochenilles seront collées, installées sur un haricot germé. Elles serviront d’appât. Il ne faut ni que ces autocollants se retournent, ni qu’ils s’emmêlent durant les trois prochains jours. Ils seront alors prélevés pour analyse. Une fois les cochenilles en place, Jérémy Rossi s’empare des tubes remplis d’environ 300 guêpes chacun et colore au moyen d’une poudre phosphorescente les insectes qui mesurent moins d’un millimètre.

Comme cette espèce, Acerophagus malinus de son nom latin, est aussi présente naturellement, il faudra pouvoir distinguer lesquelles se sont prises dans le piège. «L’idée, dans le cadre de cette lutte, c’est l’‹augmentative biocontrol›, soit d’augmenter les populations présentes plutôt que d’introduire un nouveau parasitoïde», explique le chercheur. Par ailleurs, cette dernière solution exigerait des études d’impact beaucoup plus poussées.

Recherche de méthodologie
Les petits tubes contenant les guêpes – prélevées ici des momies au nombre d’environ 10 par corps, par aspiration après 21 jours à 23°C – sont enfin accrochés aux arbres, au nombre de trois par plante. Mais, surprise, les premières guêpes ne s’en échappent pas. «Elles se nettoient les antennes, la poudre les a peut-être dérangées», suppose le chercheur. Quelques instants plus tard, soulagement. Tout rentre dans l’ordre: les premiers insectes prennent leur envol. Jérémy Rossi répétera cette opération dans d’autres vergers, d’abricotiers notamment. «Il faudra bien établir quelle est la meilleure méthodologie de lâcher, si l’élevage de ces guêpes venait à être choisi comme moyen de lutte», commente-t-il.

Enfin, tout en quittant la parcelle, il prête encore attention à ce que le parasite ne se répande pas. Les résultats de l’expérience ne sont pas encore disponibles, mais, pour sûr, l’an prochain, de nouveaux tests seront menés afin de compléter les données de cette année.
Martine Romanens, le 29 octobre 2021

Voir la vidéo sur www.agrihebdo.ch > Vidéos > Espèces invasives – Les travaux du CABI.
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UN INSECTE PIQUEUR SEMBLABE À UN PUCERON

La femelle à gauche, le mâle à droite. (© Agroscope)
Originaire d’Asie de l’est, cette cochenille farineuse est un insecte piqueur-suceur. Elle a été repérée pour la première fois en Valais, en 2015.
Un peu plus grosse que le puceron, elle s’installe sur les abricotiers, pommiers, poiriers ainsi que pruniers et développe, en Valais, deux générations complètes par année. On l’accuse d’être vecteur du virus de l’enroulement de la vigne, mais sa nuisibilité sur celle-ci resterait à prouver. La cochenille de Comstock passe l’hiver sous forme d’œufs dans les conditions du Valais central. Elle n’a pas encore été repérée ailleurs en Suisse.

Individus très différents
Le dimorphisme sexuel est très marqué chez ces cochenilles. Le mâle est ailé et mesure environ 1 mm ce qui rend pratiquement impossible son observation. La femelle, quant à elle, est très semblable à celle de l’espèce voisine, P. viburni. Aptère (sans ailes), de forme ovale et aplatie, elle mesure entre 2,5 et 5,5 mm de long à maturité. Elle est recouverte d’une couche de cire qui lui confère un aspect blanc-farineux typique. Son importante production de miellat engendre de la fumagine laquelle impacte la qualité des fruits commercialisables et se dépose sur les feuilles. On note aussi la présence des différents stades de l’insecte sur les fruits (près de la mouche, de la cavité pédonculaire, entre les fruits) et de nymphes dans la mouche du fruit. Cette cochenille produit également de la cire blanche et provoque un affaiblissement général de l’arbre-hôte. Le potentiel invasif de P. comstocki est préoccupant mais, par chance, le ravageur s’est installé accompagné d’au moins deux guêpes parasitoïdes qui la régulent déjà quelque peu.

Il est très difficile de repérer cette cochenille et une fois qu’on la découvre, la parcelle est probablement déjà infestée car elle dispose d’un grand réservoir de cachettes. Le comptage de P. comstocki sur un verger est aussi problématique car les populations sont hétérogènes d’un arbre à l’autre. Par conséquent, les résultats sur les pièges montrent des tendances peu significatives.

Traitements peu efficaces
Dans un objectif de lutte, en 2019, des essais de lâchers de deux prédateurs (chrysope et coccinelle) n’ont pas donné de résultats satisfaisants.
De 2020 à 2023, un projet d’envergure nationale a été lancé par le CABI, Agroscope et le Canton du Valais, en partenariat avec Andermatt Biocontrol et la Fruit-Union Suisse. Il est financé par l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG).

L’an passé, les chercheurs ont donc procédé au test d’un produit de contact homologué en bio, ceci sur la première et la deuxième génération d’insectes: sans grand succès. Il est très difficile d’atteindre les nymphes cachées. «Avec les conditions météo de cette année, la cochenille a été entravée dans son développement et nous avons constaté un peu moins de dégâts que l’an dernier, explique Céline Gilli, du Service de l’agriculture valaisan. Nous soupçonnons cependant une présence plus importante que nous ne l’imaginons.»
MR
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LUTTE CHIMIQUE PROBLÉMATIQUE

Les attaches peuvent abriter l’insecte. (© Agroscope)
Pour une surveillance efficace des parcelles, il faut commencer par celles les plus proches des endroits infectés et effectuer un contrôle de l’entier de celles-ci, à raison d’environ cinq arbres par ligne. Sur l’arbre, procéder au contrôle de vingt zones, lesquelles seront réparties entre feuilles, fruits et écorces (selon la période). Vérifier également les échalas, les poteaux, les bambous et les caoutchoucs. Une loupe grossissante 10 x permet de confirmer la présence d’œufs ou de jeunes nymphes.

Annoncer une présence
Avant de changer de parcelle, bien secouer ses vêtements, chaussures, cheveux, etc. Commencer les travaux dans les parcelles saines avant celles atteintes. Utiliser des caisses et du matériel de récolte propres (nettoyage à haute pression, à l’eau chaude ou, au minimum 24 heures, au congélateur, à -18° C). S’il y a suspicion ou présence avérée dans une nouvelle parcelle, il faut contacter l’organisation cantonale, soit, en Valais, l’Office d’arboriculture et de cultures maraîchères qui se déplacera si nécessaire.

En 2022, le Canton du Valais envisage de réitérer un périmètre de lutte obligatoire et d’ordonner des traitements obligatoires pour les cultures fruitières, mais rien n’est encore décidé. L’OFAG a, quant à elle, émis en 2021 une autorisation d’utilisation de produits phytosanitaires dans des cas particuliers, pour lutter contre P. comstocki. Toutefois, ce type de lutte est difficile. En cause: œufs abrités longtemps sous les écorces, étalement des sorties et des stades, protection cireuse et éventuelles résistances aux produits.
MR


 

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