Menu
 

Assainir un troupeau important touché par la BVD relève du chemin de croix


Le virus de la diarrhée virale bovine (BVD) circule encore. De gros efforts sont requis pour s’en débarrasser dans les exploitations touchées, notamment celles qui détiennent un cheptel conséquent.


ag49 dossier bvd velage


«On entend parler de la diarrhée virale bovine (BVD) depuis vingt ans. Mais ce n’est que quand sa propre exploitation est touchée que l’on se rend vraiment compte de la ‹saloperie› que c’est!» Voilà le constat amer tiré par Michel Bongrain*. L’exploitation laitière de cet agriculteur romand se trouve sous séquestre depuis quelques mois car son troupeau, d’une taille relativement importante, est touché par la BVD.

Détection surprise
Cet automne, pour pouvoir participer à une manifestation locale, il a dû procéder à des tests sanguins par sondage. Les analyses en laboratoire ont démontré que certaines vaches avaient développé des anticorps spécifiques à la BVD. Les animaux n’étaient pas malades, mais la présence de ces anticorps prouvait qu’ils avaient été en contact avec le virus. En recevant ces résultats accompagnés d’une interdiction de participer à la manifestation en question, Michel Bongrain a accusé le coup. «On s’était bien préparé et je tenais fortement à cet événement.» L’agriculteur réagit promptement et fait alors analyser, à deux reprises, l’ensemble de son cheptel. Le verdict tombe: trois animaux sont porteurs du virus. 

«On ne sait pas comment la maladie est arrivée chez nous. En nous basant sur l’âge des animaux touchés, nous avons pu en déduire que le virus était présent dans notre troupeau depuis 8 mois, sans que nous ne le sachions», explique Michel Bongrain. «Il est inquiétant que, malgré le suivi de troupeau réalisé par notre vétérinaire, la maladie n’a pas pu être détectée plus tôt.» 

Jusqu’à ce que le laboratoire ne délivre ses conclusions, aucun symptôme n’était apparu et les analyses du lait de tank n’avaient encore rien détecté. «Cet automne, nous avons perdu trois vaches. D’un coup, elles n’ont plus mangé, plus donné de lait, puis sont mortes», explique le Romand. «Seule la dernière a pu être testée et elle avait effectivement contracté la BVD.» Suite à la mise en évidence du virus dans son troupeau, Michel Bongrain a constaté davantage de boiteries et de rétentions placentaires.

Pertes économiques
Avec la mise sous séquestre complet, les animaux ne peuvent quitter l’exploitation que pour un aller simple vers l’abattoir. Michel Bongrain n’a plus l’autorisation d’amener des bêtes aux marchés surveillés ni vendre de vaches de garde. «Avant, je plaçais une vingtaine de fraîchement vêlées par année.» Et avec la décision de l’Interprofession du Gruyère de permettre une augmentation de la production de lait, la demande est forte et les prix sont élevés. «Je ne peux pas en profiter», regrette Michel Bongrain, qui estime le préjudice total de la BVD à quelque 50 000 francs rien durant ces derniers 3 à 4 mois.

Surcharge de travail
Afin de permettre une levée du séquestre complet le plus rapidement possible, Michel Bongrain a ouvert un nouveau numéro BDTA sur une exploitation sans bétail de son village, dotée d’une ancienne étable entravée. Il y place les vaches prêtes à vêler. Les veaux qui y naissent sont systématiquement testés. En cas de résultat positif, une seconde analyse est réalisée 15 jours plus tard. Les veaux toujours atteints de BVD – les fameux infectés permanents (IP) – sont abattus. Le séquestre complet est levé 21 jours après le dernier test négatif ou abattage de veau, pour autant qu’aucun vêlage n’ait eu lieu durant ce laps de temps. L’exploitation reste ensuite sous séquestre partiel. «Les femelles portantes ne peuvent pas quitter l’exploitation, mais nous pouvons ainsi vendre des vaches de garde non portantes», précise Michel Bongrain. «Grâce à notre système sur deux sites, nous avons pu lever le séquestre complet sur notre troupeau principal.»

Mais cela a un prix: l’agriculteur doit ainsi traire en deux places et procéder à de nombreux transports. «Cela représente 2 à 3 heures de travail supplémentaire chaque jour. Et je ne compte pas le temps nécessaire aux tâches administratives et aux prélèvements.»

Moralement difficile
Michel Bongrain entreprend tout ce qu’il peut pour assainir au plus vite son troupeau. Il estime qu’il devra se battre encore durant près d’un an, au moins, avec ce virus. «Depuis cet automne, les vêlages ne sont plus source de joie», regrette-t-il. «On se demande toujours ce que vont donner les analyses.» L’agriculteur relève aussi qu’il reçoit moins de visites de ses collègues. «La BVD n’est pas la peste, mais ça y ressemble un peu dans le regard des autres. Je ne blâme personne. Je les comprends», explique Michel Bongrain. «Personne n’est à l’abri!»
*Prénom et nom d’emprunt
Vincent Gremaud, 10 décembre 2021


_________________________________________
«LE SUCCÈS DÉPENDRA AVANT TOUT DES ÉLEVEURS»

INTERVIEW
 
Grégoire Seitert
Chef du Service fribourgeois de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (SAAV)


> En septembre, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) annonçait que la Suisse était sur le point d’éradiquer la diarrhée virale bovine (BVD). Partagez-vous cet optimisme?
Nous avons été surpris par cette communication de l’OSAV qui s’est faite sans consultation des services cantonaux. Quant à savoir si nous parviendrons à éradiquer totalement ce virus, cela dépendra avant tout des éleveurs, qui sont les acteurs centraux. Nous pensons que c’est possible si tout le monde joue pleinement le jeu avec une discipline de fer. Les exploitations touchées par la maladie sont tenues de respecter les séquestres et de mettre en place des mesures de biosécurité rigoureuses autour des vêlages. Mais chaque éleveur doit se sentir concerné et participer à l’effort commun.

> Les agriculteurs ne jouent-ils pas le jeu?
Une évaluation de nos données a mis en évidence que 20 à 22% des enregistrements à la banque de données sur le trafic des animaux (BDTA) étaient lacunaires. C’est beaucoup. De plus, les échantillons envoyés étaient parfois d’une qualité déficiente. Depuis ce printemps, ce sont d’ailleurs les vétérinaires qui procèdent aux prélèvements sur les exploitations touchées.

> Comment évolue le nombre d’exploitations sous séquestre dans le canton?
La tendance est à la baisse, oui. Mais depuis deux ans, il semblerait que l’on se confronte à un plancher inférieur, avec une trentaine d’exploitations fribourgeoises sous séquestre complet ou partiel. Cela nous interpelle. L’assainissement d’un troupeau est un processus long. On a déjà vu des exploitations mettre plus de 4 ans pour sortir complètement de la BVD. Apparemment, le virus semble faire aujourd’hui davantage de dégâts cliniques qu’auparavant. Nous avons constaté jus­qu’à 20 vaches adultes ou génisses gestantes d’un même troupeau qui pouvaient périr de symptômes respiratoires liés à la BVD.

> Les exploitations touchées semblent être plutôt de grande taille. Confirmez-vous cette tendance et comment l’expliquez-vous?
Nous constatons effectivement que ce sont aussi de grands troupeaux qui sont touchés. Dans ces exploitations, il y a davantage de mouvements d’animaux. Nous remarquons également des cas de réinfections dans ces troupeaux. Plus le nombre de tête de bétail est élevé, plus il est compliqué d’éliminer le virus et de séparer les vêlages. Il est souvent conseillé de faire vêler les vaches dans un autre bâtiment utilisé comme un sas sanitaire. Il faut alors veiller à respecter les mesures de biosécurité. Je pense, par exemple, à l’utilisation d’un pédiluve pour désinfecter les bottes avant chaque retour dans l’étable principale.

> Dans les statistiques fédérales, Fribourg arrive souvent en tête des cantons les plus touchés, pourquoi?
Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte. La densité en bétail bovin et la typologie des exploitations jouent un rôle. Nous avons l’impression que le schéma de lutte mis en place à l’échelon national a été pensé initialement pour des exploitations de 20 à 30 vaches à l’attache. Sur Fribourg, on trouve davantage de stabulations li­bres de grande taille. Afin de ne plus comparer des pommes et des poires, nous avons mandaté Santé des animaux de rente Suisse (NTGS) pour réaliser une étude dans des stabulations de plus de 100 vaches bernoises et fribourgeoises touchées. Les résultats sont attendus pour ce printemps. Concernant le dépistage de la BVD, Fribourg est aussi très proactif.

> C’est-à-dire?
En 2018, Fribourg était le premier canton à réaliser deux analyses du lait de citerne par an au lieu d’une. Aujourd’hui encore, nous ne nous satisfaisons pas de ces dépistages et des enquêtes épidémiologiques. Contrairement à bien d’autres cantons, nous avons demandé aux vétérinaires de tester l’intégralité des cas suspects et prélevons aussi des échantillons sur tous les veaux morts acheminés dans les centres collecteurs. Ces mesures spécifiques ont permis de détecter plus de la moitié des nouvelles infestations de troupeaux. L’application de cette stratégie nous coûte en force, en moyens et en fatigue. Les agriculteurs ne sont pas seuls sur le front de la BVD.

> Pouvez-vous détailler ces moyens supplémentaires mis en œuvre?
Rien que pour les mesures spécifiques cantonales – celles qui vont au-delà du dispositif fédéral – nous dépensons annuellement environ 1 million de francs depuis 2017. Dans notre service, cela correspond à 4 postes au laboratoire et 2 postes dans la section Santé animale. Ces coûts sont répartis entre l’Etablissement d’assurance des animaux de rente (Sanima), les assurés et l’Etat.

> Actuellement interdite en Suisse, la vaccination est elle aussi envisagée?
Selon les premières discussions que nous avons eues avec l’OSAV, les vaches vaccinées seraient alors mises sous séquestre dans la BDTA. Les fédérations d’élevage et les autres cantons demeurent réservés. Nous attendons les résultats de l’étude précitée.
Propos recueillis par Vincent Gremaud, 10 décembre 2021


_________________________________________
UNE MALADIE À RETARDEMENT

La diarrhée virale bovine (BVD) est une épizootie à éradiquer soumise à déclaration obligatoire. Généralement, les symptômes restent peu visibles: animaux chétifs, augmentation des retours en chaleurs et des avortements. Les infections aiguës peuvent se caractériser par des diarrhées – parfois sanglantes – résistantes aux traitements, ainsi que des lésions au niveau du mufle et de la gencive, mais aussi de l’espace interdigital.

Les veaux contaminés par le virus de la BVD dans le ventre de leur mère sont susceptibles de devenir des animaux infectés permanents (IP). Ils peuvent alors disséminer le virus durant toute leur vie et sont dès lors la principale source infectieuse de cette maladie. Ils doivent être éliminés sans délai. La Suisse a mené un vaste programme d’éradication de 2008 à 2012. Aujourd’hui, les statistiques nationales montrent que plus 99% des exploitations suisses sont indemnes. L’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) estime que la BVD est sur le point d’être éradiquée en Suisse. Pourtant, tant que de nouveaux IP naissent dans des exploitations du pays, la partie ne peut pas être considérée comme gagnée.

Gare aux brassages des troupeaux
Très contagieux, le virus de la BVD profite du mélange de troupeaux, par exemple sur les alpages pour se répandre. Les transports, les taureaux de monte naturelle, les expositions, les marchés surveillés ainsi que les commerces de bétail sont autant de sources potentielles de contamination. Il convient également de veiller à ce que les visiteurs de l’exploitation, inséminateurs et vétérinaires n’apportent pas le virus avec eux depuis une exploitation touchée.
VG, 10 décembre 2021

 

E-Paper & Archives

Cette semaine dans Agri

 

Prix du marché

Chaque semaine, suivez l'évolution des prix du marché de la viande, en conventionnel ou sous label: bovins, porcs, ovins. Consultez aussi les prix de la vente directe, des marchés surveillés et de Proviande.

Conseil de saison

Conseil de saison

Pause hivernale pour le Conseil de saison. Les abonnés pourront de nouveau avoir accès aux articles en ligne dès le printemps prochain.  

Voyages

Agri - Hebdomadaire professionnel agricole de la Suisse Romande
Site web réalisé par www.webexpert.ch

Actualités

Cette semaine

Dossiers

Prix du marché

Photos

Vidéos

Archives

Voyages

A table

Boutique