Menu
 

L’élevage de cailles prend son envol


Les bienfaits des œufs de caille ne sont plus à prouver et la présence de ces volatiles chez des particuliers est en augmentation. A titre professionnel toutefois, cela reste un marché de niche.


Dossier_2321_aviculture


Il existe une grande diversité d’espèces de cailles à travers le monde. La plus courante dans les élevages est la caille du Japon (Coturnix japonica). Dans l’Ordonnance sur la protection des animaux, elle est classée dans la catégorie des animaux sauvages. Il y a ainsi quelques spécificités au niveau de la détention, comme le fait de nicher au sol et de rester de préférence à couvert. A l’état sauvage, les cailles sont des oiseaux migrateurs qui vivent en groupes.
En Suisse, il existe plusieurs petits élevages mais les structures considérées à titre professionnel sont encore peu nombreuses. Marc Plancherel détient actuellement 5000 cailles pondeuses du Japon. Un chiffre qui sera doublé cet été et qui fera de lui le plus grand détenteur de cailles de Suisse.
 
Comprendre le fonctionnement
Le Fribourgeois estime qu’il était destiné à élever des cailles. Son coup de foudre pour ces animaux remonte à son enfance lorsqu’il admirait, fasciné, les cailles de son oncle à travers leur grillage. A l’adolescence toutefois, il s’est consacré plutôt à l’élevage de lapins. Il a participé à plusieurs expositions avec ces derniers et c’est d’ailleurs lors d’un tel événement qu’il a revu les volatiles de son enfance et qu’il a décidé d’en acheter. «Les cailles me fascinaient. J’ai donc très vite cherché à comprendre comment elles fonctionnaient. J’ai rapidement compris que ce n’était pas comme une poule et c’est ainsi que j’ai pu monter mon élevage», témoigne Marc Plancherel. Les débuts n’ont pas été faciles pour autant. En amateur, il a détenu jusqu’à 300 pondeuses et commencé à vendre les œufs. «Mais dans les années 90, les gens n’étaient pas prêts pour ce genre de consommation et il n’y avait pas de marché, ma production s’est écroulée.» C’est en 2011 qu’il a recréé son élevage. Il a débuté avec 500 individus et 10 ans plus tard, il en comptera 10 000. Son développement a été plutôt rapide mais il a eu la chance de pouvoir compter sur le soutien d’importants partenaires commerciaux. Jusqu’à l’été dernier, il était installé chez un agriculteur avec ses 1200 cailles et il disposait de clients réguliers, comme des restaurants, des petits commerces, ainsi que les magasins Manor les plus proches. Il a souhaité pouvoir fournir les autres Manor de Suisse romande et a formulé une demande dans ce sens. Elle lui a été refusée mais l’enseigne lui a proposé en échange de travailler avec l’ensemble des magasins du pays. «Je trouve que c’est une bonne enseigne pour les producteurs. Ils entretiennent de vrais dialogues avec les acheteurs et font des propositions qui tiennent la route.» Cette nouvelle collaboration l’a forcé à déménager le 1er juillet 2020 à Saint-Aubin (FR), sur le site d’AgriCo et de faire progresser son élevage de 1200 à 5000 cailles. Les œufs de Marc Plancherel traversent ainsi tout le pays et se retrouvent dans 23 magasins Manor. Pour sa nouvelle augmentation des effectifs, il peut aussi compter sur un partenariat avec la Fromagerie Moléson SA, à Orsonnens (FR), qui dispose d’un nouveau débouché.
 
Chaînon manquant
Si l’écoulement des œufs se passe bien maintenant, ce qu’il manque par contre à l’élevage des cailles en Suisse, ce sont des possibilités au niveau de l’approvisionnement en cailles et pour l’écoulement des animaux en fin de parcours. Marc Plancherel va chercher ses oiseaux à Saint-Dié, en France. Il ramène 3000 individus à la fois.
La durée productive d’une caille est de six à neuf mois et il n’y a actuellement pas de valorisation des animaux en fin de vie. Les chaînes d’abattage ne sont en effet pas adaptées pour ce type de production. Quelques individus seulement partent actuellement chez Denis Grossrieder, artisan cuisinier à Vuadens (FR), pour faire des terrines. «J’aimerais trouver une collaboration avec un boucher qui tuerait les cailles, les ouvrirait et sortirait les filets et les cuisses. Il ne faut pas chercher à les plumer ou à utiliser les abats, ce n’est pas suffisamment intéressant», relève l’éleveur.
Sarah Deillon, 11 juin 2021
 
 
AUTORISATION
La détention de cailles n’est pas ouverte à tous. A partir de 50 individus, un élevage est considéré comme étant professionnel et le détenteur doit être au bénéfice d’une formation spécifique. Mais surtout, il doit obtenir une autorisation cantonale (art. 90, al. 3, let. c) selon l’Ordonnance sur la protection des animaux (OPAn). Cette exigence tombe pour les unités qui ne détiennent pas plus de 50 cailles de l’espèce Coturnix japonica. Dans les cas de transmission de descendance, celui qui remet à des tiers la descendance de plus de 25 couples de cailles par an doit obtenir une autorisation délivrée par le service vétérinaire compétent et avoir suivi une formation correspondante. Il n’y a pas d’autres spécificités pour les élevages de cailles qui doivent répondre, comme pour les autres animaux, aux dispositions générales de l’OPAn.
SD, 11 juin 2021
 
____________________
PLUSIEURS EXIGENCES AU NIVEAU DE LA DETENTION
L’élevage de cailles répond à des besoins spécifiques. Pour Marc Plancherel, il est essentiel que les détenteurs comprennent qu’il ne s’agit pas de poules. «Elles ne vont par exemple pas dans un nid pour pondre. Elles ont plutôt besoin d’une zone de retrait.» Les cailles vivent en groupes, il est donc impératif de garder au moins 2 individus. Elles ont besoin de gratter, de picorer, de prendre des bains de poussière (bains de sable) et de soigner leur plumage. Les enclos doivent leur permettre de répondre à ces besoins.

L’éleveur a conçu ses volières lui-même. Elles font 15 mètres de long (sur 1 ou 2 m de large) et comportent quatre zones: une dédiée à la ponte (avec des cageots renversés), une pour prendre des bains de poussière (avec des bacs de sable), une pour battre des ailes (aucun obstacle), une pour se nourrir. Dans la journée, elles sont réparties dans la volière. La nuit, par contre, elles aiment se regrouper. Quelques cailles ne sont pas en volière mais détenues à même le sol dans des boxes. Ce système ne lui convient pas. «Les cailles ne sont pas des poules. On compare des animaux de rente à des oiseaux et ils n’ont pas le même mode de vie», explique l’éleveur qui précise que ce sont des animaux qui n’aiment pas les courants d’air. «Si elles ont froid aux pattes, elles arrêtent de pondre, c’est bête de les mettre par terre.» Les aspects négatifs des boxes sont nombreux selon l’éleveur: le ramassage des œufs se fait parterre, il faut aller dans leur environnement et cela les dérange, il n’y a pas le même système de zones distinctes, la performance de ponte est diminuée. «Dans les boxes, elles sont moins tranquilles et utilisent une partie de l’énergie dédiée à la ponte.»
 
Garde intérieure
Selon l’OPAn, pour 6 cailles, une surface de 0,5 m2 au moins et une hauteur de 50 centimètres au moins doivent être prévues. Si plus de 6 cailles sont détenues dans un enclos, la surface doit être augmentée de 0,045 m2 par individu supplémentaire. Une détention bio ne serait pas possible selon Marc Plancherel qui estime que ce sont des animaux trop fragiles pour aller dehors. «J’ai essayé mais c’est une catastrophe. Il suffit qu’un milan passe et elles se cassent les ailes. Elles ont trop d’ennemis, comme les renards, chiens, chats, fouines et oiseaux. Elles sentent qu’ils sont là et sont tout le temps stressées.»
Il est exigé qu’au moins la moitié de la surface totale soit recouverte d’une litière. A Saint-Aubin, c’est l’entier de la surface qui est recouverte d’un mélange de pellets de paille et de sable. Il faut aussi leur mettre à disposition du sable (grit). Les cailles ne sont pas sujettes aux maladies mais, comme dans d’autres élevages de volaille, les poux rouges posent problème. Il lutte avec de la terre de diatomée.
Il est interdit de détenir en permanence les cailles sous un éclairage ou dans l’obscurité, leur rythme circadien en milieu naturel doit être respecté au maximum. Une phase de pénombre graduelle est ainsi obligatoire entre la phase de lumière et celle d’obscurité. Une intensité d’éclairage de 15 lux permet d’atteindre les conditions d’un milieu naturel.

Bonne formule
L’alimentation des cailles est délicate. «Il faut à la fois éviter les gros calibres et en même temps faire le moins de poussière possible. Il faut certes de la miette mais qui soit calibrée. Si elle est trop grosse, elle est gaspillée. Si elle est trop petite, elle est mal mangée», souligne Marc Plancherel. Il estime avoir eu la chance de tomber sur Laurent Baechler au Moulin Neuf, à Matran (FR), qui lui produit «l’aliment parfait».
SD, 11 juin 2021
 
____________________
DES OEUFS EN GUISE DE THERAPIE
Pour compenser un œuf de poule, en taille, il faut compter cinq œufs de caille. «Mais au niveau des nutriments, les proportions s’inversent puisque l’œuf de caille contient: 5 fois plus de phosphore, 7 fois plus de fer, 6 fois plus de vitamine B1 et 15 fois plus de vitamine B2. De plus, il ne contient quasiment pas de cholestérol», souligne Annelaure Bouille, nutritionniste et naturopathe à Fribourg. Elle travaille avec l’œuf de caille depuis près de dix ans. Il est riche en antioxydants et en oligo-éléments et contient notamment de la choline, importante dans le développement du cerveau. «Je suis spécialisée dans les pathologies neuro-fonctionnelles, cela m’intéresse donc», explique la spécialiste.
Elle lui trouve encore d’autres vertus. Le fait qu’il contienne de l’ovomucoïde, un important inhibiteur de la trypsine humaine, lui prête une fonction de désensibilisation face aux allergies, au niveau ORL en particulier mais aussi face à l’eczéma. «Il est vraiment considéré comme un alicament et est généralement utilisé de façon crue dans le cadre de cures thérapeutiques.»

Pack familial
Marc Plancherel a créé des packs de 15 barquettes de 12 œufs pour les familles. Il livre ses packs sur demande, équivalent à une consommation d’environ un mois. «L’œuf de caille est considéré comme un alicament et cela permet de faire une petite cure.» Les 180 œufs sont vendus au prix de 72 fr. sur le canton de Fribourg (80 fr. ailleurs pour compenser la livraison). La barquette de 12 œufs n'est vendue que dans les commerces partenaires. L’éleveur a souhaité mettre des coqs (1 pour 100 femelles) dans ses volières afin d’obtenir des œufs fécondés. Ces derniers ont pour lui plus de vertu ainsi.
SD, 21 juin 2021
 

 

E-Paper & Archives

Cette semaine dans Agri

 

Prix du marché

Chaque semaine, suivez l'évolution des prix du marché de la viande, en conventionnel ou sous label: bovins, porcs, ovins. Consultez aussi les prix de la vente directe, des marchés surveillés et de Proviande.

Conseil de saison

Conseil de saison

Le conseil de saison est désormais disponible dès le mercredi après-midi avant l'édition. Son accès est réservé aux abonnés.

Voyages

Découvrir la Grèce et son agriculture, les trésors de la Corse ou la Géorgie et son histoire légendaire: vous pouvez d'ores et déjà vous inscrire à ces trois premiers voyages concoctés pour les lecteurs d'Agri. Cliquez ici

Agri - Hebdomadaire professionnel agricole de la Suisse Romande
Site web réalisé par www.webexpert.ch

Actualités

Cette semaine

Dossiers

Prix du marché

Photos

Vidéos

Archives

Voyages

A table

Boutique