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L’observation, la clé de la réussite


Afin de diminuer l’utilisation des antibiotiques, une multitude de pistes s’offrent à l’éleveur. Mais avant de vouloir faire appel à la médecine complémentaire, il faut savoir observer ses bovins d’une façon différente.


Dossier12_diminution_antibiotiques_032020


«Pour que les antibiotiques puissent continuer à sauver des vies, il faut les utiliser avec parcimonie», indiquait Doris Pellet, vétérinaire homéopathe, devant une vingtaine d’éleveurs, lors du cours «Alternatives aux antibiotiques», donné le 4 mars dernier, à l’Institut agricole de Grangeneuve.

Elle y évoquait les différentes méthodes complémentaires, notamment la phytothérapie, l’aromathérapie (huiles essentielles), les médecines énergétiques – dont l’acupuncture pour les problèmes de fertilité – et l’homéopathie, pour n’en citer que quelques-unes. Toutes visent à rééquilibrer le terrain de l’animal et à remobiliser ses forces de guérison. Le terrain? Ce qui rend l’animal unique. Il se définit en rassemblant l’ensemble des symptômes, des comportements et des caractéristiques que le bovin exprime au cours de sa vie. Pour imager, c’est un peu le cadre sur lequel on va peindre un tableau. Selon la médecine choisie, des types de terrains sont répertoriés et on y associe une médication spécifique.

Une autre façon de voir
Accorder plus de temps à l’observation est donc primordial pour disposer d’un maximum d’informations. Afin de saisir ce regard particulier à développer, voici des exemples de questions à se poser. Les réponses sont à noter si possible par écrit, par exemple en même temps que la mise à jour du journal des traitements. Attention à ne pas se noyer dans un flot de détails inutiles. «Il faut chercher ce qui est étrange et spontané, explique Christel Wicki Monnard, vétérinaire homéopathe, à Attalens (FR). Dès qu’il faut réfléchir, on est déjà trop loin!».

Il y a d’abord certaines questions de contexte: quel aspect a le troupeau dans son ensemble au pâturage, par exemple? Ou quels sont les dominants, les dominés?

En plus des indicateurs habituels, comme la prise de température ou l’analyse de la digestion et des beuzes, il est utile de repérer dans quel cadre la maladie s’est déclarée. D’autres questions se posent alors: quand et comment les premiers symptômes sont-ils apparus? La bête a-t-elle réagi à la chaleur, à l’humidité, au froid? Comment, quand et où la situation s’aggrave-t-elle ou s’améliore-t-elle? Est-ce que les symptômes apparaissent du même côté?

Il faut chercher si d’autres problèmes simultanés sont à déplorer et comment l’animal réagit, notamment à la pression, à la lumière, aux bruits, aux odeurs ou à la présence d’humains. Se laisse-t-il approcher? Se couche-t-il sur le côté malade, se soulage-t-il? Et quelle est sa morphologie, sa tenue? Est-il maigre ou plutôt costaud? Le cycle des chaleurs est aussi intéressant. Il faut déterminer sa régularité et son expression. Comment sont les mamelles, chaudes, enflées, rouges? Et de façon générale, le bovin, est-il nerveux, jaloux, peureux, affectueux?

Si la bête souffre d’une affection chronique, celle-ci va modifier profondément le comportement général et nerveux. Au contraire, en présence d’une pathologie aiguë, il faudra repérer les signaux immédiats présentés par l’animal, des changements peu nombreux, mais nets, localisés et très importants. «Attention aux interprétations, met en garde Christel Wicki Monnard. Le plus important, c’est ce qui caractérise le plus l’animal, ce qui saute aux yeux ou parait bizarre».
Martine Romanens, le 20 mars 2020. 

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Aussi dans le journal des traitements

Selon l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), l’utilisation de médicaments soumis à l’obligation de tenir un registre, au sens de l’art. 26 de l’Ordonnance sur les médicaments vétérinaires (OMédV) doit être consignée dans le journal des traitements et le produit inscrit dans l’inventaire. Ces exigences s’appliquent à tous les médicaments, c’est-à-dire également aux préparations issues de la médecine alternative, pour autant qu’elles rentrent dans les catégories visées. Quant aux délais d’attente, il faut se référer à l’annexe 2 de l’OMédV qui contient la liste des principes actifs en médecine vétérinaire. A partir de la dilution D6, tous les unitaires homéopathiques peuvent être utilisés sans délai d’attente. La pharmacie vétérinaire doit être clairement séparée.

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C'est vous qui le dites!
Quelle est votre expérience avec l'aromathérapie? 

Marc Wicht, éleveur de Red Holstein au Mouret (FR)
«J’ai débuté avec un livre que ma mère avait acheté: L’aromathérapie pour les ruminants, de Françoise Heitz, aux éditions La France Agricole. Je n’applique exclusivement que les recettes découvertes dans ce livre. Je reporte mes pratiques sur le journal des traitements. Pour l’instant je ne me suis aventuré que sur des mammites chroniques, des diarrhées et des pneumonies chez les veaux. Je traite aussi les œdèmes mammaires par des massages avec de l’huile essentielle de cyprès diluée à 5% dans de l’huile végétale. Super, aussi sur des génisses! Suite à des résultats convaincants, notamment sur une vache pourtant déjà traitée à deux reprises par le vétérinaire, je vais me lancer avec précaution sur des terrains plus difficiles. J’ai mis au courant mon praticien. Je vois tout de suite si c’est efficace, l’amélioration est rapide. Le cas échéant, je l’appelle. Je dispose d’un stock d’environ vingt huiles essentielles avec lesquelles je réalise des recettes pour la plupart diluées. Si j’ai des doutes quant à des résidus potentiels dans le lait, je commande une analyse. Mais attention! Il faut manipuler avec prudence ces produits, notamment en cas de grossesse, c’est très puissant. Comme pour l’homéopathie, il y a plusieurs approches de l’aromathérapie. On peut utiliser une huile par vache selon son terrain ou des recettes par pathologie, comme je pratique. C’est un chemin. J’évolue petit à petit, au gré de mes essais.»
 
Quentin Brodard, éleveur de Holstein au sein de l’Association Comex Peiry-Brodard à Treyvaux (FR)
«Il y a quatre ans, je voulais absolument traiter mes animaux avec des 
méthodes naturelles – particulièrement les mammites – et ne plus devoir po-
ser quatre tubes pour quelques bretzes. Je me suis intéressé aux vidéos produites par Adage35.org, le site internet d’une association d’éleveurs et inspiré surtout des témoignages et conseils des éleveurs mêmes. J’ai téléchargé un guide des huiles essentielles en libre accès et commencé à traiter mes vaches en salle de traite avec par exemple des massages. Nous avons ainsi diminué de moitié les traitements antibiotiques, bien sûr, pas encore sur les mammites aiguës. Je connais les limites et garde les pieds sur terre. Depuis notre récente association et notre reconversion bio, les choses ont changé, j’ai eu moins 
de temps pour poursuivre mes essais. Nous avons adopté le robot de traite et installé un compteur de cellules, un outil diagnostic qui nous en apprend beaucoup. Certaines vaches simplement en chaleur voient leurs cellules monter à 300-400 milles et redescendre spontanément vers des valeurs plus acceptables. Le robot permet aussi de réduire l’intervalle de traite pour des bêtes en début d’infection. Je veux parvenir à soigner pratiquement tous les maux de mes animaux avec des moyens alternatifs et je dois mettre en place un protocole. Il y a beaucoup à faire dans l’agriculture dans ce sens, au niveau de la formation. Nous avons besoin de rencontrer de bons professionnels.»
 
Propos recueillis par Martine Romanens. 

 


 

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