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Des matériaux naturels pour l’isolation


L’utilisation de matériaux naturels pour l’isolation de son habitation se développe progressivement. Face aux produits plus traditionnels, ils présentent de nombreux atouts au niveau du confort. Cela reste toutefois un marché de niche.


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Chanvre, paille, lin, liège, bois sont quelques-uns des matériaux qui peuvent prétendre remplacer les produits plus traditionnels que sont le verre cellulaire, la mousse polyuréthane, le polystyrène, le polyester, la laine de roche ou la laine de verre. C’est la valeur lambda qui définit les propriétés isolantes d’un matériau. Or, il n’y a que très peu de différences entre un produit naturel et un autre. Les matériaux naturels sont en outre connus pour mieux protéger de la chaleur (déphasage). «La pénétration du soleil, avec un isolant de 20 cm d’épaisseur, se fait déjà après 3 h d’ensoleillement avec de la laine de verre alors qu’il en faut 12 environ pour un composant végétal», explique Luc Meige, propriétaire de Meige Matériaux à Pompaples (VD), qui liste les principaux avantages des isolants naturels:
ils stockent le CO2 (emprisonné dans la matière);
ils permettent d’économiser de l’énergie lors de la fabrication (ces produits ont besoin de liants qui doivent être chauffés à 90° C, contre 1200° C pour la laine de verre);
ils protègent davantage de la chaleur.
Si des professionnels de la technique du bâtiment ont choisi de les utiliser, c’est pour le côté écologique au niveau de la construction mais aussi au niveau de la production. «Si on prend exemple du chanvre, il a un rendement de pousse trois fois supérieur au bois», souligne Luc Meige. «C’est aussi une culture qui n’a que très peu de besoins et qui est intéressante dans une rotation», ajoute Pascal Favre, fondateur de l’entreprise de maçonnerie Arbio SA.
 
Des prix élevés
Aujourd’hui, les clients qui choisissent ces isolants ne font pas forcément attention au prix. Le critère qui les intéresse est l’aspect écologique. «Quand ils nous appellent, ils n’ont pas encore choisi leur matériau mais ils savent juste qu’ils ne veulent pas de Sagex, pas de propylène, pas de produits chimiques, etc.», explique Olivier Lyon, administrateur de l’atelier d’architectes Atelier o. Mais il y a aussi des propriétaires qui souhaitent que leur maison soit écologique mais qui ne sont pas prêts à faire le pas. «Les clients ont souvent une idée précise de leur construction et l’isolation n’est qu’un chapitre. La différence de prix équivaut parfois seulement à 2000 francs mais ils préfèrent mettre ce prix dans un équipement de cuisine par exemple», explique Christophe Ogi de l’atelier d’architecte Eco-Logique Sàrl.
Ces matériaux végétaux sont effectivement plus chers. Si la laine de verre coûte 50 fr./m3, le prix pour les isolants végétaux est au minimum doublé: chanvre 150 fr./m3, fibre de bois 95-100, laine de lin 240, laine de mouton 300, liège 300 (à titre indicatif, les prix peuvent varier selon le lieu de production et le chantier). «Nos maisons écologiques correspondent au segment Demeter dans l’agriculture. Ce n’est pas disponible pour tout le monde», explique le responsable de Meige Matériaux. «Mais pour moi, il ne s’agit pas que d’une question de prix, c’est aussi beaucoup une question de conscience personnelle. Ces matériaux ont une origine, une vie et une après-vie, c’est à nous de choisir ce que nous voulons pour notre confort et pour l’équilibre de notre environnement. L’emploi de matériaux bio-sourcés pour son habitation est une réelle réflexion et un choix personnel», souligne Dominique Pittet, collaboratrice au sein de Pittet Artisans.
 
S’adapter au chantier
Au niveau de la pratique, on a aujourd’hui gagné en connaissances et ces matériaux sont utilisés pour des constructions variées, sur plusieurs étages également. On dispose par exemple des piscines sur les structures en paille pour que ce soit bien tassé. Il est aussi possible de préfabriquer les panneaux en usines et de les accoler aux façades. «Ce type de constructions appelle à avoir du bon sens. Il faut s’adapter à la particularité du lieu. Un matériau peut être moins cher sur tel chantier et plus cher sur tel autre. Selon la place à disposition, on devra peut-être aussi renoncer à faire les travaux sur place et choisir de prendre des panneaux préfabriqués», souligne Olivier Lyon. Cette anticipation de travaux revêt aussi toute son importance pour Dominique Pittet qui estime qu’il est primordial de penser au concept dans sa globalité. «Si on anticipe et on réfléchit à tous les aspects d’un projet, on se rend compte qu’il y a des étapes que l’on peut éviter et cela permet d’optimiser le budget.»
Il peut également être intéressant de combiner les matériaux puisque certains sont plus adaptés à des endroits que d’autres. «Le bois par exemple doit pouvoir sécher, il ne peut donc pas être utilisé dans un environnement qui reste humide en permanence. La terre, en revanche, est très appréciée pour réguler l’humidité. Il est aussi intéressant de mettre un mur en terre en face d’une baie vitrée car il emmagasine la chaleur pendant la journée et la restitue pendant la nuit», souligne Pascal Favre. Et Luc Meige de préciser: «S’il est possible de faire des immeubles en paille, il y a par contre un frein pour les bâtiments aux architectures trop compliquées. Lorsque l’habitation prévoit par exemple une grande baie vitrée de 4 m, la structure en paille et bois risque de bouger et de créer des fissures indésirables sur la façade.»
Sarah Deillon, 2 juillet 2021
 
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DES MATERIAUX SEMBLABLES
Les techniques de pose de ces isolants végétaux diffèrent selon les matériaux et les chantiers mais tous les acteurs s’accordent à dire que leurs propriétés isolantes sont semblables. Du côté d’Arbio SA, la philosophie est de s’adapter à la construction. «Ainsi, le matériel peut à la fois provenir du chantier en cours (gravier, terre, boue) ou de la ferme voisine ou d’un pays avoisinant», précise Pascal Favre. Et Olivier Lyon d’illustrer: «J’ai reçu une demande pour concevoir un magasin à la ferme et nous allons utiliser la paille de l’exploitation. C’est vraiment intéressant ainsi!».
Pascal Favre et Dominique Pittet travaillent beaucoup avec le chanvre. Du côté de Pittet Artisans, ils se sont spécialisés dans l’isolation avec du béton de chanvre (chènevotte mélangée à de l’eau et de la chaux). «En trente ans, nous avons affiné le processus de mise en œuvre du béton de chanvre pour le rendre compétitif sur le marché. Ses atouts sont par exemple sa perspirance ou sa capacité à s’adapter à tout support», témoigne Dominique Pittet. Luc Meige a une préférence pour le liège. «C’est le seul matériau prêt à l’emploi qui ne comporte aucune matière synthétique. Les plaques d’isolation en laine de chanvre par exemple comptent 8% de liant synthétique et ne peuvent pas être compostées.»
 
Roseau de Chine
Le roseau de Chine est un autre matériau qui pourrait être utilisé comme isolant mais actuellement aucune entreprise n’en dispose dans son portfolio. D’après un chercheur de la Haute école spécialisée bernoise, il manque le pont entre les agriculteurs et le secteur de la construction. «Il existe des projets de recherche depuis longtemps. On sait qu’au niveau de la plantation, le roseau de Chine est intéressant puisque la culture n’a que très peu de besoins. Et au niveau de l’utilisation, on a aussi plusieurs idées. Mais pour l’instant, il ne s’agit que de projets pilotes puisqu’il n’existe pas de filière et de cadre normatif», relève Cornelius Oesterlee, responsable du bachelor en technique du bois. L’école a été approchée par Ueli Freudiger, agriculteur à Gals (BE), et a accepté de faire les essais pour lui. Ils étudient actuellement la conformité du produit avec les normes de la construction. «Nos premiers essais se sont portés sur des maisons d’habitation. Les panneaux sont préparés à l’avance et installés sur place», explique le spécialiste. Au niveau de l’isolation, le roseau de Chine est jugé équivalent aux autres produits.
SD, 2 juillet 2021
 
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DIFFICILE DE LANCER UN MARCHE
Pour Luc Meige, il manque plusieurs éléments pour que l’utilisation de ces matériaux puisse se développer mais à commencer par les structures à disposition. «Il n’existe pour l’instant en Suisse aucun marché pour ces produits, importés avant tout depuis les pays alentour. Cela relève aussi d’un problème politique car il devient très difficile aujourd’hui de créer une nouvelle usine. Sitôt que l’on met un projet à l’enquête, on se retrouve face à de nombreuses oppositions.»
 
Créer une coopérative
La fibre de bois, qui dispose d’un marché bien établi, est l’isolant naturel le plus vendu. «En comparaison aux autres produits végétaux, le bois se vaut en termes d’isolation et au niveau de l’énergie grise, il a donc pris l’ascendant et écrasé les autres marchés», relève Christophe Ogi qui précise que le bois est aussi facile à utiliser. «En plus d’être moins cher, le bois présente un côté plus rassurant, plus disponible, et les entreprises le connaissent mieux», confirme Olivier Lyon.
Dans le cas du chanvre, Pascal Favre a l’impression qu’il suffirait que les producteurs se rassemblent et créent une coopérative pour que le marché soit lancé. «Le chanvre doit être cardé (fibres sorties de la tige). Ensemble, ils pourraient acheter les installations nécessaires.» Pour Luc Meige, le problème est plus complexe. «Même si les producteurs créaient une coopérative, je ne sais pas s’il serait possible de lancer un marché car il faut un certain volume de production pour être rentable.» Et Christophe Ogi d’ajouter: «Si on communique suffisamment sur les propriétés de l’isolation avec ces matériaux naturels et que leur utilisation se développe, je pense qu’il serait réalisable de créer une filière mais il ne faut pas que des agriculteurs, nous avons besoin de toute l’industrie qui est derrière. Celle qui achète et transforme la matière». «Aujourd’hui, l’utilisation de chanvre ne se fait que pour le CBD mais on pourrait utiliser toute la plante (fleur, tige, feuille) et la valoriser pour des utilisations comme la litière, le papier, les textiles, l’alimentation et les isolations», complète Dominique Pittet.
 
Des normes strictes
Luc Meige souligne encore qu’il y a plus de normes en Suisse et que certains produits, autorisés à l’étranger, ne peuvent pas être importés. Les normes incendie notamment sont plus strictes. Il estime qu’il y a «plus de bâtons dans les roues» en Suisse. «C’est la valeur lambda qui définit les propriétés d’un matériau. Elle est à 0,037 pour le lin et à 0,032 pour la laine de bois par exemple. Pour le chanvre, elle a été calculée à 0,040 mais cette valeur n’a pas été reconnue et elle a été fixée à 0,050. Du coup, il faut en utiliser plus pour compenser.» Et Pascal Favre de préciser: «Pour pouvoir répondre aux normes SIA, le produit doit passer par l’EMPA. Comme il n’y a pas de marché pour le chanvre en Suisse, les tests en laboratoire n’ont pas été effectués ici et le produit s’en trouve péjoré sur sa valeur thermique».
SD, 2 juillet 2021
 

 

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