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De l’herbe à la crèche plutôt qu’au pré


Pour des raisons de parcellaire ou stratégiques, certains agriculteurs privilégient la distribution d’herbe fraîche à la crèche plutôt que le pâturage.


herbe à la crèche


En termes d’affouragement du bétail laitier, on dit souvent que la vache qui pâture est l’idéal: elle est à la fois barre de coupe et épandeur, le tout pour un coût minimal. Pourtant, certains agriculteurs pratiquent l’affouragement en vert, c’est-à-dire la distribution, à la crèche, d’herbe fraîche, plutôt que la pâture. Si l’on comprend aisément que ce soit le cas lorsque les parcelles pâturables sont éloignées, l’intérêt de cette pratique est moins évident lorsque le parcellaire se prêterait au pâturage. Malgré ses coûts, cette pratique présente aussi certains atouts, notamment pour assurer une ingestion plus élevée. Elle peut ainsi trouver sa place dans une stratégie d’exploitation si elle est adaptée à la structure et à la main-d’œuvre disponible.
 
Avantages
L’affouragement en vert permet de valoriser des couverts jeunes, riches en protéines et appétants. C’est aussi une manière de varier les couverts au long de l’année. En distribuant l’herbe, l’éleveur a la possibilité de connaître les quantités ingérées; il peut par ailleurs piloter la qualité de manière fine. Par rapport à des conserves d’herbe, les pertes de matière sèche sont réduites. La pratique de l’affouragement en vert permet une bonne autonomie fourragère et protéique et limite la part de concentrés et de maïs. Elle contribue à réduire la part de fourrage conservé. C’est aussi un moyen de valoriser des prairies éloignées. Le potentiel de production de lait est intéressant: près de 15?000 litres/ha, soit un peu plus que le pâturage.
Il n’y a d’ailleurs pas que l’herbe qui peut être distribuée à crèche. Les dérobées peuvent l’être aussi en automne, les légumineuses pures ou en association également.

Pour l’Institut de l’élevage (France), qui a édité une fiche sur la pratique de l’affouragement en vert, les recommandations de gestion sont les mêmes que pour le pâturage, à savoir: récolter un fourrage jeune afin d’optimiser sa valeur énergétique et azotée, respecter des temps de repousse suffisants entre deux récoltes et ne pas faucher trop ras, garder les parcelles les plus avancées en stade pour les conserves.
 
Inconvénients
Ces avantages ne doivent pas faire oublier l’inconvénient principal de l’affouragement en vert: son coût. Il faut considérer l’investissement en matériel, les coûts de carburant, mais aussi le temps de travail qui n’est pas valorisé autrement. Il faut aussi prendre en compte le travail supplémentaire de raclage, de paillage et finalement d’épandage puisque le bétail reste à l’intérieur pour se nourrir. A noter que chaque animal doit avoir une place à la crèche dans ce système.

La coupe, le transport et la distribution de l’herbe chaque jour représentent par ailleurs une astreinte pour le personnel et ce, quelle que soit la météo et également lors des pics de travail. On compte 30?minutes à 1?h?30 par jour. Cette pratique est aussi liée à des rejets de CO2. Enfin, en termes d’attentes de la société, la visibilité des troupeaux dans le paysage est plus appréciée que des animaux qui restent dans les étables.

Comparaison des coûts
D’après les experts, l’affouragement en vert peut s’avérer rentable si les charges de mécanisation peuvent être diluées sur un grand volume. Cette pratique est donc plutôt réservée aux grands troupeaux et avec une part conséquente de la ration distribuée sous forme d’herbe à la crèche.

Plusieurs études ont été réalisées sur les coûts des différents fourrages. La Haute école des sciences agronomiques forestières et alimentaires (HAFL), à Zollikofen, a mis en valeur les coûts de production de 133 exploitations et montré que le pâturage est deux fois moins cher que la distribution d’herbe à crèche et trois fois moins cher que les fourrages conservés (voir tableau). Une étude réalisée entre 2008 et 2009 auprès de 120 exploitations suisses dans toutes les zones donnait des résultats similaires. La pâture était le fourrage le meilleur marché (16,2 francs/dt MS). L’affouragement en vert était presque deux fois plus cher (30,4 francs/dt MS). Entre fourrage sec et fourrage ensilé, les coûts étaient proches (45 à 47 francs/dt MS).

Lors de sa formation d’agrotechnicien, Lucien Terreaux, fils d’agriculteur à Arconciel (voir sous-article de gauche), a comparé les coûts de production du lait et ceux des herbages sur son exploitation et sur des exploitations voisines. Rapportés au litre de lait produit, les fourrages représentaient 25% du coût de production du lait, autant que pour une exploitation voisine qui pratique la pâture. En effet, sur l’exploitation d’Arconciel, les coûts supérieurs de l’affouragement en vert sont dilués sur une plus grande production de lait. «Cette comparaison n’est bien entendu valable qu’à un instant donné. Une comparaison sur plusieurs années permettrait de se faire une meilleure idée», relativise Lucien Terreaux.
Elise Frioud, 19 juillet 2019
   
Valoriser le potentiel de la race


A Arconciel (FR), Dominique Roulin, Francis Terreaux et Rémy Wohlhauser exploitent en communauté, sous le nom de Comex Frydom, une surface de 90 hectares dont 75 dédiés à la production fourragère. Le reste est partagé entre du colza, du blé, de l’orge et du maïs pour l’affouragement en vert à l’automne. L’exploitation compte 75 vaches laitières de race Holstein et 80 à 90 têtes de jeune bétail. Les 600000 litres de lait produits annuellement sont valorisés en Gruyère AOP et Vacherin fribourgeois AOP à la laiterie du village. La production individuelle des vaches s’établit à 9000-9500 litres.

En été, les vaches sont affouragées à la crèche avec de l’herbe. Elles pâturent également la nuit sur une parcelle de 5-6 hectares à proximité de la ferme. Une autre parcelle d’une dizaine d’hectares, un peu plus éloignée, est également utilisée pour le pâturage. En hiver, les vaches reçoivent du foin et du regain et les compléments nécessaires.

Sur cette exploitation, la pâture intégrale est difficilement praticable: une gravière adjacente à la ferme limite les possibilités. Les exploitants souhaitent également, à travers la pratique de l’affouragement en vert, valoriser le potentiel de la race: la production laitière est plus importante avec l’herbe à crèche, fourrage jeune et riche. «Cela nécessite du temps de travail et des frais de mécanisation supplémentaire, mais si les vaches pâturaient, elles devraient de toute façon recevoir un complément à l’intérieur», analyse Dominique Roulin. 

Les associés se concertent pour savoir quelles surfaces dédier à l’affouragement en vert et lesquelles réserver au fanage. Ils ajustent jour par jour en fonction de ce qui est consommé par le bétail. Les prairies artificielles destinées à l’affouragement en vert sont composées de trèfle violet, de trèfle blanc, de dactyle et de ray gras anglais.
EF, 19 juillet 2019

Limiter les surfaces nécessaires

 
Eric et William Curty gèrent ensemble à Villarimboud (FR) une exploitation de 43 hectares avec 45 vaches laitières de race Simmental à cornes ainsi que la remonte, soit au total environ 120 têtes de bétail. Les génisses sont alpées. Ils produisent 220000 kg de lait par année qui sont valorisés en Gruyère AOP. La production moyenne de leurs vaches s’établit à 5500 kg. Les exploitants vendent aussi des veaux et des vaches de garde. 

Comme leurs collègues d’Arconciel, les deux frères misent sur l’affouragement en vert avec un fourrage toujours au bon stade. Leur objectif, à travers cette pratique, est de valoriser au maximum leurs terres. «Nous avons pas mal de surfaces en location, environ les 2/3 des terres. Nous souhaitons rationaliser notre production fourragère. Le pâturage serait plus gourmand en surface que la distribution d’herbe à la crèche», indique Eric Curty. S’ils misaient sur la pâture, les exploitants devraient par ailleurs distribuer davantage de concentrés, or ils essaient de les limiter; les vaches en reçoivent moins de 600 kg à l’année. Enfin, les agriculteurs estiment que lorsqu’il fait chaud en été, les vaches sont mieux dedans que dehors. 
 
En été, 75% de la ration est distribuée en vert à la crèche et les vaches pâturent la nuit. Elles disposent pour ce faire de 4 hectares autour de la ferme. Sur les parcelles fauchées (1 coupe de foin et 2 coupes de regain), qui représentent environ 13 hectares, les vaches passent en pâture à l’automne. En hiver, le bétail reçoit du foin, du regain et de la betterave fourragère. De l’avoine est également distribuée en vert au bétail.

Pour l’herbe, les exploitants misent sur des prairies artificielles avec du trèfle violet et essaient de récolter toujours au bon stade grâce à une gestion intensive. A côté de la production fourragère, 6 à 7 hectares sont consacrés aux cultures.
EF, 19 juillet 2019

 

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