Menu
 

Production de graines de tournesol en augmentation


La culture du tournesol à décortiquer a débuté il y a moins de dix ans en Suisse et les graines ont trouvé leur marché. La demande augmente et les surfaces pourraient être plus grandes mais il reste des défis à surmonter avant de voir la culture se développer.


Dossier_2522_Cultures


Les premiers essais suisses de production de tournesol à décortiquer remontent à 2009. Il s’agissait d’un projet mené conjointement par Progana et Biofarm et qui visait plusieurs objectifs:
sélectionner les variétés nécessaires;
trouver la méthode adéquate pour le décorticage et le nettoyage;
chercher les partenaires adaptés pour ces tâches.
«En 2012, Biofarm a repris la gérance du projet et nous avons pu introduire les graines de tournesols dans notre gamme de produits une année plus tard», explique Hans-Georg Kessler, responsable oléagineux et grandes cultures spéciales au sein de Biofarm.
 
Régions de production
Plusieurs producteurs ont accepté d’accueillir des essais sur leur exploitation et se sont ainsi aussi lancés dans l’aventure en 2009 (lire ci-dessous). Au départ seul le canton de Vaud était touché, que ce soit pour la culture ou la première partie de la transformation (décorticage et nettoyage). Aujourd’hui, la filière du tournesol à décortiquer a fait du chemin et une petite production annuelle est assurée. En 2022, la surface bio était de 62 ha et IP-Suisse de 53,2 hectares.
 
Conflits de production
Afin de simplifier la réception, la culture est limitée à des régions de production. Huit centres collecteurs reçoivent le tournesol de la coopérative Biofarm, dont 4 en Suisse romande: Moulin Chevalier (7 ha) à Cuarnens (VD), Vaud Céréales (16 ha) à Orbe (VD), Domaine Château-du-Crest (3 ha) à Jussy (GE), Agrocentre (4 ha) à Courtételle (JU). La production a débuté en 2013 avec 10 ha, est montée à 31 ha en 2016 puis 54 ha en 2018 et 62 ha en 2022.

Biofarm a maintenant pu atteindre les grands distributeurs, comme Coop en 2020. L’enseigne a une demande de graines assez forte pour son département boulangerie. «Avec les besoins de Coop, nous pourrions probablement doubler ou même tripler les surfaces mais comme le marché recherche aussi du tournesol oléagineux classique et HOLL, il y aurait une concurrence entre les différents types de tournesols», précise Hans-Georg Kessler qui ajoute: «Se pose alors la question de savoir lequel est le plus intéressant? C’est pourquoi, nous avons choisi de monter le prix producteur à 165 fr./dt avec un rendement moyen de 23 kg/are».
 
Sans taxe de douane
Pour la production IP-Suisse, le scénario est un peu le même. Trois centres collecteurs suisses réceptionnent la marchandise: Oberbipp (BE), Märstetten (TG), Granges-Marnand (VD). L’agriculteur de Sutz (BE) Simon van der Veer réceptionne aussi du tournesol à décortiquer (8,7 ha de 6 producteurs) qu’il valorise lui-même. La culture IP-Suisse a débuté en 2017 avec 7 ha et a augmenté petit à petit pour atteindre 17,5 ha en 2018 puis 33,6 ha en 2021 (sans les surfaces réceptionnées par Simon van der Veer) et 53,2 ha en 2022 (toutes surfaces comprises).

La demande pour une production IPS est également forte et les surfaces pourraient être augmentées. Les graines sont pour l’instant commercialisées dans les magasins de Migros Vaud et Migros Aare, sous les doubles labels IPS et De la région. Le reste de la production est commercialisé par le Moulin d’Yverdon-les-Bains et Dicifood, d’où elle est vendue dans de nombreuses boulangeries, épiceries ou moulins. Les prix pour le producteur se situent au même niveau que les prix des tournesols pour l’huile mais avec une prime de 15 fr./100 kilos. 

Actuellement, 2244 tonnes de graines de tournesol sont importées, en provenance essentiellement de Bulgarie, Allemagne, Autriche et Chine. Les près de 120 hectares de production suisse représentent, une fois décortiqués, 75 à 100 tonnes, donc moins de 5%. «Cette situation est due d’une part au fait qu’il n’y a pas de taxe de douane sur ces produits de niche. C’est un problème récurrent pour le développement de spécialités que l’on rencontre aussi pour le quinoa, les lentilles, le sarrasin, etc. D’autre part, les prix des graines de tournesol importées sont 4 à 5 fois inférieurs aux prix suisses. Il faut donc une réelle volonté de travailler avec des produits locaux», précise Alexandre Bardet, responsable des cultures et du commerce des céréales au sein d’IP-Suisse.
 
Des semences difficiles à trouver
La production de tournesol à décortiquer doit répondre à un autre défi, celui de trouver suffisamment de semences d’une variété adaptée. «Nous peinons à obtenir nos semences. Il semblerait qu’on n’ait pas besoin des acheteurs suisses à l’étranger. Les semences arrivent souvent au dernier moment», regrette Hans-Georg Kessler. Biofarm travaille actuellement avec la variété Sunbird LII et teste depuis cette année des variétés serbes sur un site. IP-Suisse utilise la variété Zebra.
Sarah Deillon, 24 juin 2022
 
____________________
UNE CULTURE PEU EXIGEANTE ET FACILE A CONDUIRE
 
André Horisberger, agriculteur à Vufflens-la-Ville (VD), s’est lancé dans la production de graines de tournesols dès les débuts de la culture en 2009. «Progana m’avait demandé de faire des essais et comme je cultivais déjà du tournesol classique, cela ne me dérangeait pas d’essayer le tournesol à décortiquer», explique-t-il. Il a poursuivi les essais quelques années avant d’arrêter la production. «A l’époque, c’était surtout au niveau de la logistique que c’était compliqué, notamment pour le décorticage.» Le producteur a été approché à nouveau par Biofarm il y a cinq ans et il s’est relancé dans la culture. Selon les besoins de la coopérative, il adapte la quantité de millet et de tournesol dans sa rotation. Pour 2022, c’est 4,7 ha de tournesol (3 ha en 2021).
 
Itinéraire semblable
André Horisberger n’a rien changé dans la conduite de sa culture par rapport au tournesol classique. «Jusqu’à ce que l’on ait les graines dans la main, on ne voit pas de différence entre les deux types de tournesols et la conduite de la culture ne diffère pas non plus.»
L’agriculteur essaie de semer début avril pour éviter une récolte tardive pendant la période humide. Pour le tournesol à décortiquer, il est conseillé de ne pas viser un peuplement trop dense afin de favoriser de grosses ombelles. Pour André Horisberger une densité de 60 000 grains est optimale. Dans sa rotation, le tournesol arrive après deux années de prairies et avant du blé. Avant de semer, il a apporté du fumier méthanisé, labouré, hersé avec un vibroculteur pour faire un faux semis puis hersé avec une rotative pour casser les mottes. Une fois le tournesol en place, il a sarclé à 2 reprises. «Si je parviens à sarcler correctement, je n’ai pas vraiment de problèmes avec la culture. Elle est peu exigeante et facile à conduire», explique André Horisberger qui précise: «Mon seul souci, ce sont les oiseaux! Ils aiment malheureusement autant le tournesol à décortiquer que le tournesol traditionnel. Sur le milieu de la parcelle, ils ont mangé presque un tiers des grains. Une année, j’ai semé 2 fois avant de mettre finalement du millet. A terme cela pourrait me faire renoncer mais que mettre à la place? Le maïs n’est pas mieux».

C’est à la récolte que commencent à se marquer les différences. Pour qu’elles ne soient pas écrasées lors de la transformation, les graines du tournesol à décortiquer disposent d’une plus grande enveloppe car il y a un espace à l’intérieur entre la graine et l’enveloppe. Le volume mis en char est ainsi beaucoup plus important.

Diversité culturale
André Horisberger apprécie le tournesol car il s’agit d’une culture de printemps qui apporte ainsi de la diversité et une autre approche de lutte contre les mauvaises herbes. Comme il l’introduit après des prairies, la présence de plantes indésirables, comme les chardons, est modérée. Par ailleurs leur développement est limité car la culture les couvre. Implanté après la prairie, le tournesol demande peu d’azote (25 à 30 t/ha de fumier méthanisé). Il représente encore un bon précédent pour le blé. Le seul bémol pour l’exploitant est la livraison à Orbe, en l’absence d’un centre collecteur plus proche.
SD, 24 juin 2022
 
____________________ 
LES DEFIS DE LA TRANSFORMATION

Le décorticage et le nettoyage des graines représentent les plus gros défis dans la culture du tournesol à décortiquer. Depuis les débuts des essais, il a fallu changer de moulins à plusieurs reprises. En raison de quantités qui devenaient trop importantes pour les structures ou pour un résultat insatisfaisant au niveau du nettoyage. «Les installations de nos précédents transformateurs réceptionnaient aussi des céréales, du maïs ou du soja et cela emportait trop d’impuretés dans notre marchandise», souligne Hans-Georg Kessler.

Actuellement deux moulins travaillent les graines de tournesols en Suisse: Eichmühle à Beinwil (AG) et Zwicky à Müllheim-Wigoltingen (TG). Ces moulins ont généralement dû acquérir de nouvelles installations. «Aujourd’hui l’étape du décorticage et nettoyage reste délicate. Nous sommes parfois encore confrontés à des problèmes d’impuretés. La dernière récolte par exemple a nécessité un deuxième passage de tri», indique Hans-Georg Kessler.

A plus petite échelle, plusieurs exploitants disposent de leurs propres installations et produisent du tournesol pour leur consommation et vente privée ou réceptionnent la marchandise de leurs collègues. C’est le cas de l’enseigne «Les Graines de l’Ami Luron», de Philippe Leuba et Geneviève Robert, à Montmollin (NE). En 2021, ils ont réceptionné environ 11 tonnes de tournesol à décortiquer (5 producteurs). «Dans un plus gros moulin, ce qui n’est pas bien décortiqué est utilisé dans le canal de l’huile mais nous, nous devons garder un plus grand pourcentage de graines et cela nécessite beaucoup de soin au niveau du décorticage et plusieurs passages de tri», témoigne Philippe Leuba. SD, 24 juin 2022
 

 

E-Paper & Archives

Cette semaine dans Agri

 

Prix du marché

Chaque semaine, suivez l'évolution des prix du marché de la viande, en conventionnel ou sous label: bovins, porcs, ovins. Consultez aussi les prix de la vente directe, des marchés surveillés et de Proviande.

Conseil de saison

Conseil de saison

Le conseil de saison est accessible en ligne aux abonnés toutes les deux semaines dès le mercredi.

Voyages

Le programme des voyages Agri 2022 est disponible. De la Corse au Pérou, du printemps à l'automne, cinq destinations sont proposées à nos lecteurs. Prochains voyages ouverts aux inscriptions, les trésors de la Corse et le Portugal. Pour en savoir plus...

Agri - Hebdomadaire professionnel agricole de la Suisse Romande
Site web réalisé par www.webexpert.ch

Actualités

Cette semaine

Dossiers

Prix du marché

Photos

Vidéos

Archives

Voyages

A table

Boutique