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Lisiers et fumiers prennent de la valeur avec l’augmentation du prix de l’azote


La Chambre neuchâteloise d’agriculture et de viticulture (CNAV) a consacré sa matinée thématique annuelle à la gestion des engrais de ferme. Un sujet sensible, au moment où la crise énergétique en Europe fait flamber les prix de l’azote.


dossier agrocnav


Près de cent agriculteurs, ont répondu à l’invitation de la Chambre neuchâteloise d’agriculture et de viticulture (CNAV) et participé à la matinée Agro-CNAV le lundi 12 septembre 2022, sur les exploitations de Thierry Besancet ainsi que de Claude-Alain et André Haussener, à Cernier (NE). Les organisateurs de la manifestation ont choisi d’aborder le thème des engrais de ferme autour de quatre pôles thématiques.

Ils ont également mis sur pied une démonstration de machines qui a permis aux participants de comparer trois systèmes d’épandage de lisier, à savoir un pendillard classique, des enfouisseurs à doubles disques et le système Schleppfix. Avec ces trois machines, la CNAV mène par ailleurs cette année un essai, en mesurant notamment les rendements et les souillures du fourrage. Les résultats seront publiés dans Agri dès qu’ils seront connus.

Des effluents de plus en plus précieux
Les engrais minéraux, dont la production est particulièrement gourmande en énergie et en gaz, subissent de plein fouet la crise énergétique qui sévit actuellement en Europe. Les prix flambent et les alternatives prennent, elles aussi, toujours plus de valeur.

Docteur en sciences agronomiques, Konrad Schleiss est le fondateur et le directeur d’Umweko, une entreprise de conseils spécialisée sur la gestion de la biomasse. Il a calculé, à partir des prix du commerce des différents éléments nutritifs en vigueur à la fin du mois de mars 2022, la valeur de différents engrais de ferme.

«Le lisier méthanisé vaut ainsi 15 fr./m3 en agriculture conventionnelle et 35 fr./m3 en production biologique», a-t-il indiqué. «Le digestat liquide revient à 22 fr./m3, respectivement 35 fr./m3.» Sur la même base de calcul, le fumier méthanisé, qui présente une densité d’à peine 400 kg/m3, a une valeur de 8,5 fr./m3 en conventionnel et 15 fr./m3 en agriculture biologique. Avec une densité plus élevée, le digestat solide vaut 16 fr./m3, respectivement 24 fr./m3. Quant au mètre cube de 650 kg de compost, il revient à 23 fr./m3 en conventionnel et 32 fr./m3 en bio.

Compostage des fumiers
Konrad Schleiss a également comparé les caractéristiques du fumier en tas et du fumier composté. «Ce dernier a un effet azoté plus élevé et de plus longue durée», a-t-il rappelé aux participants.

Le compostage est un processus aérobique exothermique. «Relativement rapidement, un échauffement à au moins 70°C agit comme une hygiénisation», a expliqué Konrad Schleiss. «Puis, la température baisse et le composte entre dans sa phase de maturation, durant laquelle le taux d’oxygène doit augmenter.» Interrogé sur la durée minimale et sur la charge en travail du compostage, le spécialiste a répondu: «La vitesse du processus dépend de plusieurs facteurs, mais pour faire un bon compost, il faut compter au moins 3 mois. Les opérations nécessaires sont un broyage de la matière organique et au moins une dizaine de retournements des andains. Un criblage est aussi fortement recommandé afin de garantir que seules les particules fines soient épandues».

Limiter les pertes dans les bâtiments
Réduire les pertes d’éléments nutritifs est non seulement un objectif environnemental imposé par la politique agricole, mais c’est aussi devenu un but économique, au vu de l’évolution des prix des engrais minéraux. Dans ce contexte, les mesures visant à diminuer les émissions d’ammoniac gagnent en importance.

Les pertes peuvent se produire à l’épandage, au stockage, mais aussi, déjà, à l’étable. Raison pour laquelle un stand de la matinée Agro-CNAV était consacré à la réduction des émissions dans les bâtiments d’élevage. Deux mesures s’avèrent particulièrement efficaces pour réduire ces émanations dans les étables: minimiser les surfaces souillées émettrices et séparer rapidement les urines et les fèces.

«Pour cela, nous conseillons de mettre en place de stalles d’affouragement surélevées et d’aménager des couloirs en légères pentes, dotés d’une rigole de récupération des urines», a relevé Markus Spuhler, collaborateur d’Agridea. «Les agriculteurs qui désirent se faire accompagner dans leur projet peuvent s’adresser à notre nouvelle cellule Coaching en construction, dont le représentant romand est François-Lionel Humbert, de Grangeneuve.»

Bilan positif
«La météo nous a aidés et les retours que j’ai reçus de la part des participants sont tous positifs», s’est réjoui Yann Huguelit, à l’heure du bilan de la manifestation. Le directeur de la CNAV a également souligné le nombre important de jeunes agriculteurs présents, dont une trentaine d’apprentis en formation à l’Ecole de métiers de la terre et de la nature de Cernier (NE). «C’est positif de constater leur intérêt pour la valorisation des engrais de ferme.»
Vincent Gremaud, 16 septembre 2022
 

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MESURER LES TENEURS DU PURIN
Sur l’un des stands sur pied à l’occasion de l’Agro-CNAV, les participants ont pu s’informer sur une nouveauté technique qui permet de déterminer précisément les quantités d’éléments nutritifs contenus dans les lisiers au moment de l’épandage. Pour ce faire, le constructeur John Deere a modifié son système HarvestLab 3000, qui utilise une technologie de pointe, la spectrométrie proche infrarouge (NIR).

Capteur pour ensileuses adapté aux lisiers
«Cet appareil existe déjà depuis 2008», a expliqué Régis Wintenberger, représentant de la firme Robert Aebi Landtechnik, importateur en Suisse de la marque John Deere. «A la base, il a été développé pour équiper des ensileuses. En Suisse, une trentaine en sont dotées.»

Le système HarvestLab 3000 peut notamment mesurer la matière sèche. A partir de cette valeur, la longueur de coupe sur les ensileuses peut être ajustée automatiquement en temps réel. Le capteur de John Deere est également capable de mesurer les taux d’amidon et de cellulose, du maïs comme de l’herbe.

Nouvellement, le fabricant du HarvestLab 3000 a adapté son système pour qu’il soit aussi capable d’analyser le lisier. «Il peut mesurer la matière sèche, l’azote total (N-tot), le phosphore, la potasse, la part ammoniacale de l’azote, le volume et la masse», précise Régis Wintenberger. Réalisant pas moins de 4000 mesures par seconde, le système donne des résultats aussi fiables que ceux d’une analyse chimique qui, de surcroît, dépend fortement de la représentativité de l’échantillon prélevé.

Actuellement, trois de ces appareils ont été commercialisés en Suisse, tous en poste fixe. La nouvelle Station d’essais Flux d’éléments nutritifs d’Agroscope en utilise une pour ses études. «Le système est aussi montable directement sur le tuyau de sortie d’une citerne», poursuit Régis Wintenberger, «Il est même possible d’installer une communication entre la machine et le tracteur pour gérer les épandages en fonction, par exemple, des unités d’azote et non plus des mètres cubes.»
VG, 16 septembre 2022


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ATTENTION AU COMPACTAGE DES SOLS
L’épandage des engrais de ferme se fait généralement avec des machines relativement lourdes. «Prendre des mesures telles que recourir à des pneus larges ou abaisser la pression des pneus permet de réduire l’impact sur les premiers centimètres du sol. Mais on constate malheureusement de plus en plus de tassements plus en profondeur, au niveau de l’horizon B», a expliqué Serge Amiguet, directeur de Sol-Conseil. «Le poids total des machines reste donc un paramètre primordial à prendre en considération.»

Les conditions dans lesquelles sont menés les travaux d’épandage doivent également être considérées. Ces interventions ne devraient avoir lieu que sur des sols suffisamment ressuyés. «Le compactage et l’érosion sont les deux principales menaces qui planent sur la fertilité des sols», a averti le pédologue.

Différents tests pratiques
Pour les agriculteurs soucieux de l’état de leurs terrains, il existe toute une palette de petits tests faciles à mettre en place et qui permettent de jauger de la santé des sols. On y retrouve l’évaluation visuelle de la structure des sol (VESS) réalisée à partir d’un test à la bêche, au frontal ou d’un profil de sol, mais aussi le slip-test – qui donne une indication de l’activité biologique – ou le slake-test. «Ce dernier, réalisable à l’aide d’un simple bocal à cornichons avec son égouttoir, met en évidence la stabilité structurale du sol», a expliqué Serge Amiguet, qui a également démontré l’effet de la couverture des sols sur la prévention de l’érosion.

Interpréter les résultats des analyses de sols
Selon le spécialiste, les deux principaux paramètres à considérer sur les résultats d’analyses de sols sont le pH et la matière organique. «Nos rapports contiennent aussi le taux de calcaire total, utile notamment lorsque intervient la réflexion du chaulage», a-t-il complété. «Surtout, il ne faut pas hésiter à nous appeler pour toute aide dans l’interprétation de ces données. Les vulgarisateurs sont aussi, à ma connaissance, à votre disposition.»
VG, 16 septembre 2022

 

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