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"Nous allons réaliser une enquête sur l'ensemble de la formation agricole"


«Vie de famille et vie professionnelle sous le même toit». La profession de paysanne est un métier singulier. Magali Briod présidente de la Direction romande d’examens de paysanne partage ses réfléxions sur les enjeux de la filière.


Dossier no 23 - 2021


    Comment évolue la formation supérieure de la paysanne?
Elle se situe au coeur d’un processus de réflexion constant. Vu qu’elle se base sur des formations initiales différentes et qu’elle est au bénéfice d’un règlement séparé, la formation supérieure de la paysanne n’entre pas directement dans le cadre de la grande révision de la formation à l’horizon 2030. Mais ses contenus pourraient être influencés notamment si la politique agricole pose des exigences plus élevées.

    Le brevet fédéral de paysanne rencontre son public.Toutefois, est-ce suffisant pour la bonne santé financière de la formation dans son ensemble? 
Oui. Cette formation est subventionnée au même titre que les autres formations supérieures. 
 
    Un grand réservoir de potentielles candidates existe, ne pourrait-on pas en motiver plus?
Oui, mais comment les atteindre? Nous avons tenté les envois ciblés, sans grand succès. Une étude va être menée en 2022-2023. L’idée est de sonder tout le champ professionnel agricole à propos de ses attentes sur la formation.  Quels sont les facteurs qui incitent une personne à entreprendre une formation supérieure? A contrario, quels en sont les freins? Qu’est-ce qui plaît? Actuellement, un groupe de travail se charge de réfléchir au contenu de cette enquête. Nous avons déjà approché des hautes écoles car celle-ci devrait se réaliser dans le cadre d’un travail de diplôme. Il faut ajouter que toujours davantage de femmes désireuses de mener leur carrière dans l’agriculture choisissent la voie du CFC et que nos candidates arrivent avec des bagages professionnels et personnels variés, et, ainsi, avec des attentes différentes.

    Est-ce que la formule modulaire convainc?
Au niveau organisationnel, oui, mais l’effet motivant de se sentir en «volée» peut manquer parfois. D’ailleurs certaines se le créent en suivant un parcours identique.

    Dans quelle mesure les technologies numériques sont-elles intégrées dans vos parcours?
Nous les utilisons là où c’est possible. Pour des sondages en ligne, par exemple, en vue d’un projet de vente directe ou de prestations. Mais les paysannes disposent, d’emblée, d’un bagage professionnel de compétences qu’elles peuvent mettre à profit pour leur projet (création de site internet, etc.). Le nouveau budget de travail en ligne Labourscope a été utilisé pour la première fois ce printemps, dans le module Gestion de l’habitat. Je n’ai d’ailleurs pas encore de retour sur cette première expérience. Il y aura certainement des améliorations à apporter. Enfin, avec la pandémie, une partie des cours a eu lieu en ligne. 

    Les travaux de fin de formation pourraient offrir des pistes à d’autres, sont-ils exploités en ce sens?
Il serait difficile de partager ces travaux car leur contenu s’avère très personnel et fait mention des chiffres des exploitations. Même en vue de l’examen, nous ne partageons aucun exemple de travail. 
 
    En général, les filières académiques ou professionnelles sont cloisonnées, on emprunte soit la voie professionnelle jusqu’à la maîtrise, soit la voie des études. Est-il question de créer des passerelles?
Je dois avouer que je ne connais pas bien cette problématique. 

    «Paysan» est un mot qui cache un concept indéfini. Il est peu utilisé dans le monde professionnel. Par conséquent, le titre de «paysanne avec brevet fédéral» ne serait-il pas à reconsidérer?
Ce brevet offre une reconnaissance par les pairs. Vis à vis du milieu externe, il est possible que le titre ne soit pas considéré comme il le devrait. Comment faudrait-il le nommer: paysanne professionnelle? De nombreuses femmes sont très fières d’être appelées paysannes. Nous l’avions constaté lors de l’introduction du terme «femmes rurales». 

    Et le réseau, comment le favoriser?
Suite à leur formation, nombre de femmes s’en retournent à leurs occupations et leurs familles... Le cours «engagée avec compétence» visait ce but. Malheureusement, cette année, il n’a pas été remis sur pieds, faute de candidates.
 
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Le diplôme et la maîtrise s’équivalent

• Pour se présenter à l’examen professionnel de paysanne, il faut avoir complété 9 modules obligatoires et 2 modules à option (possible de choisir dans les modules du brevet agricole). 

• Au niveau romand, 18 brevets ont été délivrés, en 2020, et 14 candidates ont déposé un dossier, en 2021. La formation rencontre un grand succès en Suisse allemande.

• Aucune paysanne ne s’est présentée au diplôme (maîtrise) depuis 2018. Toutefois certaines ont emprunté les cours passerelle. La paysanne avec brevet fédéral doit acquérir les modules Rentabilité de l’entreprise et Marketing avant de suivre les modules de gestion du niveau «maîtrise».

• La conduite de l’entreprise dans sa globalité et le développement d’une vision stratégique, le financement, le marketing, la politique agricole de même que les questions juridiques constituent les contenus des modules à suivre en vue de l’obtention du diplôme de paysanne.

• Les hommes ayant suivi le parcours de la formation supérieure de paysanne sont désignés «responsables d’un ménage agricole». Ils ne pourraient pas endosser le titre de «paysans». 
 

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La formation donne des droits 

En majorité, deux types de profils se lancent dans une formation supérieure de paysanne. Les femmes qui veulent collaborer à la gestion de l’entreprise voire gérer leur propre branche de production, d’une part, et celles qui veulent reprendre l’exploitation familiale, d’autre part. Il arrive aussi que des femmes issues d’autres professions s’intéressent à acquérir des compétences supplémentaires. 

Le brevet fédéral de paysanne donne droit aux paiements directs, à l’aide initiale et aux crédits d’investissement, ceci seulement si la femme est exploitante. Ces droits sont pour l’instant acquis, «mais il faut continuer à travailler pour leur maintien», explique Magali Briod.

Se former pour former
Les paysannes avec brevet pouvaient, dans certains cantons, engager des jeunes gestionnaires en intendance en première année d’apprentissage. «Mis à part exception, ce n’est plus le cas», confirme l’OrTra Intendance Suisse, responsable de cette formation. Le canton de Vaud dispose toutefois d’une formation  particulière, sanctionnée d’un certificat cantonal de capacité, laquelle peut se réaliser en ménage agricole.
 
Une paysanne diplômée peut former un jeune agriculteur pour autant qu’elle se justifie de deux ans de pratique, agricole. «Il faut qu’elle demande une autorisation à la commission cantonale de formation», insiste Magali Briod. 

Aides financières
Il y a quelques années, le subventionnement des formations supérieures des filières professionnelles est intervenu pour harmoniser le coût final des formations supérieures. 

Suite à une harmonisation des offres des écoles d’agriculture, le prix d’une demi-journée de cours s’élève à 80 francs en Suisse romande. L’entier de la formation «brevet fédéral de paysanne», selon les modules choisis, vaut un peu plus de 15000 francs, dont la moitié sera subventionnée par la Confédération et près d’un quart par les cantons. Le montant final à charge des candidates s’élève à environ 5000 francs.  

A l’examen seulement
Au moment de l’admission à l’examen final, il est demandé, en prérequis professionnel, un CFC ou une maturité ainsi que deux ans de pratique en ménage agricole (dans une exploitation qui touche les paiements directs). 

Une gestionnaire en intendance ou une agricultrice au bénéfice d’un CFC peuvent se faire valider d’office quelques modules. Selon le métier de base, certaines compétences peuvent également être préalablement reconnues.

S’il n’a pas été possible de le faire,  «il ne faut pas hésiter à ne se présenter qu’à l’examen du module», indique Magali Briod. Enfin, une femme intéressée à emprunter la filière de la formation supérieure qui ne dispose pas d’expérience peut se la créer dans le ménage d’une autre.


Sur le web : Tous les renseignements sur la formation se trouvent sur le site de l’Union suisse des paysannes et des femmes rurales, www.paysannes.ch
 

 
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Comment avez-vous vécu votre formation et quelles améliorations proposez-vous?
 
Angélique Guenat 
Polymécanicienne et paysanne diplômée 
Sorvilier (JB)

«Au début, quand nous avons intégré les cours de maîtrise, c’était un peu ‹spécial›. Il était difficile de revendiquer, vis à vis des agriculteurs présents, les mêmes droits acquis suite à un parcours différent, notre légitimité, en quelque sorte. J’ai suivi cette formation pour ma sécurité dans l’éventualité d’un jour, aider et accompagner mon ami sur son exploitation et, aussi, pour mon enrichissement personnel. J’ai mieux compris la communauté d’exploitation dans laquelle mon ami était investi. J’ai aussi pu créer du lien avec sa famille qui m’a ouvert grand ses portes. J’ai pu rédiger mon travail de diplôme en me projetant sur l’exploitation. Cette formation n’est pas si difficile mais elle nécessite beaucoup de temps. Je m’en suis donné les moyens aussi, en demandant de l’aide, pour le français par exemple, et j’ai trouvé le soutien nécessaire de la part des enseignants. Pourquoi si peu de femmes s’engagent jusqu’au diplôme? Par manque d’objectifs, je pense. Le droit aux paiements direct est acquis après le brevet. Il n’y a rien de tel qui puisse motiver à réussir le diplôme, même s’il apporte énormément.
 
Mélanie Loup
Opticienne et paysanne avec brevet fédéral
Constantine (VD)

«La formation a été pour moi à la fois enrichissante, très valorisante et prenante. J’ai apprécié l’aspect femme multifonctionnelle, le côté humain et les échanges. Ce papier légitime nos acquis, notre rôle et position. Je trouve que, lors des cours Mise en valeur des produits et Cuisine, nous aurions pu approfondir les aspects professionnels et organisationnels. Nous sommes restées très centrées sur le ménage privé, alors qu’il arrive souvent que nous soyons amenées à transformer de grosses quantités. Le subventionnement de la formation est  accordé à des conditions très précises, qui, si elles ne sont pas remplies, compromettent le remboursement. J’ai rencontré ce problème. Mon dossier est encore ouvert, peut-être que tout va s’arranger. J’aurais apprécié disposer d’informations préalables. Le système modulaire est intéressant pour un programme à la carte mais parfois difficile à organiser, surtout pour une personne qui doit assurer un emploi à l’extérieur. Il arrive fréquemment que plusieurs examens tombent en même temps. Ne vivant pas notre formation en volée, il est plus difficile de garder le contact.»
Martine Romanens, le 16 juin 2021



 

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