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Les forêts évoluent plus vite que prévu


Les peuplements forestiers ont souffert des récents épisodes climatiques extrêmes. La situation est particulièrement critique en Ajoie, où de nombreux hêtres ont dépéri à cause du sec.


foret


«Ce hêtre présente des suintements noirs au niveau du tronc. Il est mort. Il a été victime d’une embolie gazeuse liée à la sécheresse», explique Marc Ballmer, touchant l’écorce d’un arbre dans une forêt près de Saint-Ursanne. Le spécialiste de l’Office de l’environnement du canton du Jura dresse un constat peu glorieux de l’état des forêts en Ajoie. Ici, les sapins blancs ont souffert du sec et se trouvent, de plus, attaqués par des scolytes. Là, les épicéas sont bruns, attaqués par le bostryche typographe. Sur les versants plus exposés au vent, où les sols sèchent rapidement, de nombreux hêtres présentent des couronnes desséchées, des branches mortes, sans feuilles ou avec de toutes petites feuilles.

Evolution rapide
Depuis quelques semaines, les médias relayent les inquiétudes des acteurs du milieu forestier. Et pour cause: les conséquences du réchauffement climatique et des événements extrêmes sont déjà bien visibles dans les forêts. La tempête Lothar en 1999, la sécheresse en 2003 et 2015, Eleanor en 2018 suivie d’une longue période de sec… les peuplements sont mis à rude épreuve. Epicéas, sapins blancs et hêtres sont touchés par la sécheresse alors que le frêne était déjà atteint par une maladie. En raison du chaud, mais surtout du sec, l’évolution est plus rapide que prévu. Les modèles de répartition des essences par rapport au climat parlent de retrait du hêtre en dessous de 800 mètres à l’horizon 2050 mais sur le terrain, les spécialistes observent déjà les changements.

La situation est particulièrement critique en Ajoie où plus de 10% des hêtres sont déjà morts, ce qui représente environ 100 000 m3 de bois. «Cette année se présente mieux que la précédente en termes de précipitations, mais on est loin d’une année normale. Certains endroits sont déjà bien secs, et l’été n’est pas terminé», analyse Marc Ballmer.

Surabondance de bois
En juillet, le Canton du Jura a d’ailleurs déclaré l’état d’urgence forestière. «Cela nous permet de prendre des mesures extraordinaires comme la fermeture de secteurs de forêts. Nous pourrions aussi réorienter le budget sur des mesures pratiques et revoir nos priorités. C’est de la gestion de crise», illustre le collaborateur de l’office de l’environnement.

Les mesures urgentes de sécurisation ont déjà été prises. En automne, le canton définira des mesures sylvicoles. «Les arbres qui représentent un danger doivent être coupés, mais il y a un volume très important à gérer. Les arbres morts qui ne représentent pas de risque seront probablement laissés sur pied. Pour les propriétaires, la situation n’est pas évidente. D’une part, les travaux sanitaires ou sécuritaires ne sont pas rentables. D’autre part, en Europe comme en Suisse, il y a une surabondance de bois, ce qui a fait chuter les prix, notamment pour les bois issus des dégâts», explique encore le spécialiste.

Le Jura n’est pas le seul canton touché. D’après la statistique forestière suisse de 2018, 5,2 millions de mètres cubes de bois ont été récoltés en 2018 sur le territoire, ce qui représente 11% de plus que l’année précédente. Ce surplus est attribué à la prolifération des bostryches sur les épicéas, en lien avec la sécheresse, et aux tempêtes de début d’année qui ont fait de nombreux dégâts.

ForêtSuisse, l’association des propriétaires forestiers, indiquait fin juin, dans un communiqué, attendre de la Confédération «une assistance concrète et rapide pour venir à bout de cette situation difficile» sous la forme d’autorisations flexibles ou de soutiens financiers. Pour Marc Ballmer, la Confédération pourrait effectivement faire davantage pour soutenir le secteur. «Déclarer l’état d’urgence dans notre canton est d’ailleurs un moyen de sensibiliser les responsables à la situation critique que nous observons. Au niveau fédéral, des mesures ne sont cependant prises que dans le cas de catastrophes nationales, lorsque plusieurs cantons et des volumes importants sont concernés», indique-t-il. Comme une partie du bois mort est laissée sur pied faute de place en scierie, les volumes annoncés ne sont toutefois pas suffisants pour que l’Etat intervienne, ajoute-t-il.

Adapter les peuplements
A plus long terme, pour faire face à l’évolution du climat, il sera nécessaire d’adapter les peuplements. Les jeunes arbres devraient développer des stratégies de résistance face à la sécheresse. A noter que les plantations sont plus sensibles aux facteurs de stress que les arbres qui sont en station. Il faudra aussi, dans les plantations, faire davantage de place aux essences mieux adaptées et favoriser la diversité des espèces et des classes d’âge qui donne des peuplements plus résilients. A terme, le hêtre devrait être remplacé par le chêne à basse altitude et l’épicéa devrait remonter d’un étage. Des essences qui ne sont pour l’instant pas présentes en Suisse pourraient y être installées.
 
Toutefois, un arbre met 50 à 100 ans à atteindre l’âge adulte, donc ces stratégies être anticipées. «Or, il subsiste une inconnue sur les conditions dans lesquelles ces arbres vont grandir, sur l’évolution future du climat».
Elise Frioud, 9 août 2019

 

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