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Intégrer les notions de la durabilité déjà au moment de la planification


L’agriculteur qui se lance dans un projet de construction ne pense pas toujours en premier lieu à la durabilité de son bâtiment. Le concept prend pourtant toujours plus d'importance. Il permet aussi de limiter les refus par le voisinage.


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Qu’est-ce que la durabilité pour une construction agricole? A l’échelle des exploitations, des réflexions ont déjà eu lieu et des outils ont été créés. Mais rien n’avait été élaboré spécifiquement pour les bâtiments agricoles, contrairement à d’autres secteurs de la construction qui ont déjà fait ce travail. L’association Agridea s’est penchée sur la question et a lancé le projet «Vision 2030 pour des cons­tructions agricoles durables». Il prévoit trois modules:
définition de la durabilité à l’échelle des constructions;
intégration de la durabilité dans la démarche de conseil;
présentation d’exemples et de bonnes pratiques.

Le premier module a été initié en 2020 et il est prévu que le projet soit mené jusqu’en 2022. Le mois dernier, un atelier de réflexion a réuni de nombreux acteurs du milieu de la construction (conseillers, enseignants, chercheurs, architectes, fournisseurs de matériaux, experts en durabilité, services cantonaux, associations diverses, etc.) afin de commencer à définir ce qu’est une construction agricole durable.

Pour chacun des trois piliers à la base de la durabilité (économie, société et environnement), il est possible de définir de nombreux critères. Ces derniers varient de plus selon la perception des divers acteurs de la construction. «Chacun a sa propre idée. L’objectif est de réunir un large panel de professionnels pour tenter de définir ensemble les critères. Nous souhaitons que le projet donne des pistes de réflexion, ouvre une vision, montre les difficultés et les prévienne. Il faut adapter les bâtiments au contexte, au lieu, à la personne, etc. Le constructeur ne doit pas faire un copier-coller d’une ferme à une autre», précise Claude Gallay, responsable du projet au sein d’Agridea. Au terme de cet atelier de réflexion, des thèmes et critères de durabilité ont pu être mis en avant et une liste définitive devrait aboutir d’ici à fin 2021.

L’Office fédéral de l’agriculture soutient cette première phase. «Pour l’OFAG, il est important qu’un projet démontre son utilité pour la pratique. Il n’y a actuellement pas d’outil d’évaluation de la durabilité des constructions spécifique pour l’agriculture, nous pensons qu’il est bien de combler cette lacune», explique Johnny Fleury, du secteur Bâtiments ruraux et aides aux exploitations de l’OFAG.

Prévenir les refus
La notion de simplicité est un élément clé qui est ressorti de la consultation. Pour que l’outil soit utilisé, il doit être compréhensible pour tous les acteurs concernés. Les participants attendent aussi que l’outil créé puisse prévenir les oppositions. «C’est d’ailleurs un des aspects qui a compté pour lancer le projet. Les conseillers en construction nous signalaient qu’il devenait difficile d’obtenir des permis de construire. Quand l’opposition intervient, le bâtiment a déjà été réfléchi et de l’argent a été investi. Ce qui nous intéresse, c’est de pouvoir proposer la prise en compte de tous les enjeux bien avant d’arriver à ce stade», relève Claude Gallay. Un avis partagé par Johnny Fleury: «Ce projet favorise la discussion et la réflexion. Il est plus facile d’aller ensuite chez le voisin et d’expliquer que la construction a été réfléchie de A à Z sur le plan de la durabilité».

Une difficulté du projet sera de définir sa mise en œuvre. Il doit être simple, tout en tenant compte des enjeux de chaque secteur de la construction. Il existe aussi des différences cantonales, locales ou même à quelques mètres d’écart (bordure de cours d’eau par exemple). L’outil sera peut-être adapté selon les régions ou il pourrait y avoir un système de pondération des critères. Ces réflexions sont prévues pour la seconde phase du projet.
Sarah Deillon, 9 avril 2021 
 
 
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BASE VOLONTAIRE
Une crainte de certains participants était d’obtenir un outil complexe et contraignant. Mais Johnny Fleury ne pense pas qu’un tel outil puisse un jour être imposé par les améliorations structurelles. «Je pense qu’il apporte plus de concret s’il est utilisé sur une base volontaire. Ce n’est pas la même dynamique si la démarche est forcée. On aurait pu imaginer un système de bonus pour les personnes qui ont fait la démarche mais on préfère encourager les initiatives plutôt que de rendre obligatoire un processus.» Et Claude Gallay d’abonder: «Nous ne voulons pas proposer des constructions labellisées car qui dit label, dit des règles à suivre et cela peut faire peur. Néanmoins, il n’est pas exclu que l’outil se prête un jour à un processus de labellisation. Cette question a été soulevée lors de l’atelier».
SD, 9 AVRIL 2021
 

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C'est vous qui le dites
Pourquoi vous êtes-vous engagés dans ce projet, quelles sont vos attentes et comment définissez-vous la durabilité sur une exploitation? Quelle est votre expérience avec la drosophile?
 
Marc Münster 
Expert en durabilité chez Sanu future learning SA à Bienne.
«Je suis actif dans le développement durable et la réalisation de projets et je travaille avec les Cantons, les entreprises ou les écoles professionnelles pour intégrer ces notions. Je suis intéressé par ce volet agricole car la réflexion est menée au départ du projet, avant la construction, et cela donne la possibilité de faire des choses bien. C’est plus limitant d’intervenir sur un bâtiment existant. Une réflexion en amont ouvre la discussion et permet aussi de prévenir les problèmes et limiter les oppositions. On ne réalise pas une structure pour six mois, il est important de se poser les bonnes questions. J’attends de cette approche qu’elle favorise une discussion ouverte entre tous les acteurs d’une construction agricole. C’est important que tout soit mis sur la table. J’aimerais aussi que l’outil qui en résulte soit utilisable par tout un chacun. Pour moi, la durabilité sur une ferme se caractérise par le fait d’avoir la bonne fonction au bon endroit (pour limiter le trafic par exemple), par le choix des matériaux, la flexibilité au niveau de l’utilisation (si on change de modèle de production plus tard), la santé et la sécurité des animaux et des utilisateurs, la viabilité économique et l’intégration dans la commune.» SD, 9 avril 2021

 
Bruno Mohr
Chef du Service des constructions du canton de Berne, membre de la société suisse des ingénieurs et des architectes SIA.
«Ce concept de la durabilité est devenu très important ces dernières années. Je suis responsable du service des constructions du Canton de Berne et nous sommes toujours plus confrontés aux problèmes d’oppositions dans les projets agricoles. Les éléments les plus discutés sont l’emplacement, la taille, le choix des matériaux, l’intégration dans le paysage, etc. Certains points ne sont probablement pas assez réfléchis par les agriculteurs. Je pense ainsi que l’outil prévu par le projet peut être utile pour le milieu agricole. J’attends par contre qu’il soit simple d’utilisation afin qu’il soit compris par les paysans. Ce ne sera pas évident car il y a beaucoup de personnes qui interviennent dans le groupe et il faut tenir compte des intérêts de chacun. La durabilité est caractérisée par les trois piliers que sont l’économie, l’environnement et la société. L’aspect économique est souvent bien réfléchi par les paysans, aussi car il est un impératif. Pour l’environnement, on sait ce qu’il est bien de faire mais l’impératif est moins grand. Il y a une classification des priorités mais cela vient parfois aussi d’une méconnaissance. L’outil, dans ce sens, peut aider à se poser les bonnes questions.» SD, 9 avril 2021

 
Sylvain Chevalley
Conseiller construction au sein de Prométerre.
«C’est un beau projet, je trouve intéressant d’être partie prenante pour voir comment il se construit et comprendre les limites. Il y a deux éléments majeurs qui m’ont incité à participer. D’abord, je suis d’avis que les étables standards d’aujourd’hui ne seront plus adaptées demain, notamment sur le plan du climat et la documentation manque à ce propos. Ensuite, il y a aussi la question de l’enjeu pour l’environnement. La société a maintenant des attentes assez claires sur les constructions et il faut bien planifier son projet en tenant compte de ces attentes pour éviter des oppositions. J’attends du groupe que nous ayons des discussions constructives et j’espère que nous arriverons à des solutions concrètes. Pour moi, un bâtiment durable prend en compte l’économie d’énergie et de sol (limiter l’empiétement de la SAU), l’environnement, le bien-être animal et de l’éleveur, il est assez autonome et il est réfléchi financièrement. Les coûts de construction aujourd’hui sont très élevés et on cherche dès lors à faire des économies, parfois en sacrifiant un outil important, comme le séchoir. Il serait bien de réfléchir peut-être différemment aux investissements et de mieux valoriser certains points.» SD, 9 avril 2021

 
Hans-Michael Schmitt
Enseignant au sein de l’Institut dédié au paysage et aux espaces ouverts (ILF).
«Je suis actif dans le domaine de la qualité du paysage et l’agriculture est un facteur important pour le développement de ce dernier. Les bâtiments sont nombreux et il est judicieux de se poser les bonnes questions pour favoriser au mieux leur intégration. Les notions d’agriculture et de paysage devraient normalement être bien coordonnées mais ce n’est pas toujours le cas. Selon moi, les réflexions devraient se faire à trois niveaux. D’abord, pour trouver l’emplacement le plus approprié (exposition, pente, etc.). Ensuite, pour définir la dimension du bâtiment (d’un seul bloc ou non, la taille, le toit, etc.). Et finalement, pour choisir la structure et les matériaux. Il ne sert à rien de prendre des mesures pour un aspect uniquement, ils doivent tous se combiner. Mes attentes pour le projet concernent la qualité du paysage. J’aimerais que l’on en tienne davantage compte dans les réflexions à l’avenir. Le paysage est une notion vague, c’est un travail interdisciplinaire qui touche de nombreux acteurs différents. Je pense que l’outil développé sera aussi utile pour les cantons et les communes qui ont besoin de compétences dans le domaine car ce sont elles qui au final prennent les décisions.» SD, 9 avril 2021
 
 
Matthias Egger, 
Directeur du bureau d’architectes Egger Partner à Schönenberg an der Thur (TG).
«Le milieu agricole me tient à cœur et il est important pour moi que l’on trouve des solutions pour contribuer au développement de l’agriculture suisse. Les bâtiments ont un rôle majeur à jouer. Ils doivent répondre aujourd’hui à des questions liées au bien-être animal ou au domaine de l’environnement mais ce sont des aspects qui ne vont pas toujours ensemble. Et dans le même ordre d’idées, le bien-être animal est souvent mis en avant dans les projets mais il n’est pas forcément adéquat pour le travail de l’agriculteur. L’aspect économique est aussi très important. Encore récemment, on ne considérait que peu le facteur de l’environnement mais il aura toujours plus d’importance à l’avenir. J’attends de ce projet qu’il livre un outil qui puisse être utilisé. Ce dernier doit être supportable pour les agriculteurs. En Suisse, les coûts de construction sont très élevés. Le béton, par exemple, est beaucoup plus cher que dans l’Europe. Il est donc important de pouvoir apporter des solutions concrètes aux paysans. Bien sûr, ils doivent encore disposer de liberté pour réaliser leurs travaux. Un point fort de ce projet est qu’il donne la parole à de nombreux partenaires différents.» SD, 9 avril 2021


 

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