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Apporter les bons éléments nutritifs pour diminuer l’attractivité des plantes


Une bonne gestion des nitrates dans la sève des plantes peut contribuer à une diminution des attaques de ravageurs piqueurs-suceurs.


AG 3 Dossier Fumure Steve Montandon


Les insectes piqueurs-suceurs (pucerons, cicadelles, etc.) causent de nombreux dégâts dans les champs. Ces ravageurs ont la particularité de se nourrir des acides aminés libres présents dans la sève des végétaux. Ils sont incapables de digérer les protéines complexes. Ils privilégient les jeunes feuilles et les rameaux tendres. Afin de diminuer l’appétence de la culture et ainsi de réduire les risques d’attaques, il existe deux possibilités liées à la fumure: éviter une surcharge en nitrates dans la sève et favoriser la protéosynthèse.

Réduire les nitrates
Avec un apport élevé de nitrates au champ, les plantes absorbent un maximum de cet élément minéral. La proportion dans la sève peut devenir trop importante. Pour pouvoir assumer la transformation de cet élément nutritif, les végétaux se gorgent d’eau. Il en résulte une turgescence des cellules, ce qui facilite la pénétration pour les ravageurs piqueurs-suceurs. Afin de contrer cet effet négatif, le calcium et le silicium sont indispensables en début de cycle, car ils jouent un rôle notable dans la synthèse de la paroi extérieure des cellules. «Un blé vert comme du poireau ne signifie pas que la culture se porte bien. Cette couleur indique que les plantes ont un surplus de nitrates. Elles sont de ce fait plus propices aux attaques de ravageurs, comme une vigne trop vigoureuse devient plus sensible aux maladies fongiques. De plus, les excès de nitrates mal transformés ne permettent pas d’améliorer le rendement, mais augmentent les risques de pollution par lixiviation», explique Aurélien Roger, directeur général de Timac Agro Swiss. A la sortie de l’hiver, un apport d’engrais azoté à base de nitrates à hauteur de 40 unités par hectares peut se justifier, car il stimule la culture. «Il ne faut pas oublier qu’une plante avec un bon développement va allouer une partie de son énergie à son système de défense naturel contre les agresseurs», rappelle Aurélien Roger. Après, il serait préférable d’épandre des formes d’azote à diffusion plus lente, comme l’ammonium et l’urée.

Pour une culture de printemps, la même réflexion peut être appliquée. Afin d’assurer l’implantation, il est conseillé d’apporter un peu d’azote directement disponible au semis. Mais par la suite, il est recommandé de choisir une forme d’azote non soluble et de laisser les racines travailler avec les bactéries du sol en fonction du cycle des plantes. «Nous devons considérer les végétaux comme des êtres vivants qui peuvent aller chercher de la nourriture dans un habitat donné», estime le directeur général de Timac Agro Swiss. «L’agriculteur est plus qu’un simple ingénieur qui calcule des entrées et des sorties d’éléments, il est le garant de la fertilité de ses terres et doit réfléchir sa fumure dans sa globalité: pH, matière organique et sous quelles formes apporter les nutriments.»

Garder un équilibre entre les nutriments
Les végétaux doivent transformer les nitrates qu’ils absorbent en protéines complexes et non pas en acides aminés libres. C’est pourquoi, il est important que le cycle de la protéosynthèse se déroule de façon optimale.

Pour effectuer ce processus, la plante doit avoir en suffisance sept nutriments: le potassium, le bore, le manganèse, le cuivre, le fer, le molybdène et le magnésium. Le potassium et le bore permettent le transport des acides aminés pour l’assemblage des protéines. Le manganèse, le cuivre, le fer et le molybdène gèrent la transformation de l’azote en protéines. Pour finir, le magnésium est essentiel pour la photosynthèse, qui produit l’énergie nécessaire pour le mécanisme, car il est l’atome central de la chlorophylle.

Il faut également faire attention à la proportion des nutriments disponibles. Un déséquilibre en magnésium, molybdène, soufre et bore conduit à une mauvaise transformation des nitrates.

La potasse et le bore sont les deux principaux oligoéléments impliqués dans l’acheminement des nitrates dans la plante. Un manque peut avoir des conséquences néfastes. Jusqu’au stade tallage du blé, par exemple, le ratio doit s’établir à deux unités de potasse pour une unité d’azote afin de garantir un transport efficient.

Pour limiter la production d’acides aminés libres, la solution la plus simple semble être de réduire l’apport d’azote sous forme de nitrates et de compenser avec de l’ammonium ou de l’urée. Bien qu’il risque de ne pas être efficace lors de fortes pressions, ce principe permet de baisser la probabilité d’attaques en misant sur le fait que des parcelles voisines génèrent davantage d’appétence chez les ravageurs piqueurs-suceurs.
Steve Montandon, le 22 janvier 2021

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Des nutriments parfois oubliés mais importants pour les végétaux
 
Le manganèse et le cuivre sont essentiels pour les plantes. Les carences sont rares, mais peuvent engendrer des pertes de rendement importantes.
 
Le cuivre et le manganèse ne sont pas mesurés lors des analyses de sol. Ils ne sont également pas pris en compte dans les plans de fumure. Des essais français ont montré que ces deux oligoéléments sont indispensables pour le bon développement des céréales. Les carences se manifestent dans des cas spécifiques.

Cuivre
Le cuivre est un élément plutôt confus. Il est parfois présent en trop grande quantité dans les sols et peut créer une toxicité envers les plantes. Cependant, cela ne signifie pas que les végétaux n’en ont pas besoin. Cet élément nutritif est important pour l’augmentation de la fertilité (nombre de grains par épi) et assure une meilleure qualité du grain. Il améliore également l’utilisation des sucres et permet d’élever le taux de protéines. Après plusieurs essais sur des céréales, les membres de l’entreprise Conseil Technique Rural (CTR), basée en France, ont remarqué que le cuivre offre une protection contre des maladies d’épis tels que l’ergot, la fusariose, etc. Selon leurs observations, il s’avère possible de gagner en moyenne environ six décitonnes par hectare à la récolte avec un apport avant le stade épi un centimètre. Par exemple, leurs essais avec le blé d’automne ont révélé un supplément de rendement de 5 dt/ha sur un site avec un bon potentiel, grâce à l’oligoélément.

Une carence en cuivre est aggravée par: des sols organiques, un pH élevé, des sols crayeux et sableux, ainsi que des applications d’engrais à haute teneur en azote. Les symptômes apparaissent surtout à la sortie de l’hiver, par ronds irréguliers. Seules les jeunes feuilles sont atteintes et subissent un étranglement puis un dessèchement de l’extrémité. De nombreux épillets sont stériles à la récolte.

Manganèse
Les plantes ont un besoin essentiel et indispensable de manganèse pour leur développement. Activateur d’enzymes, il est aussi impliqué dans la photosynthèse, la respiration ainsi que la synthèse des protéines. Ce nutriment est important pour une meilleure implantation de la culture, il va améliorer le tallage et favoriser la tolérance au froid pendant l’hiver. Il augmente la résistance aux maladies ainsi que la qualité du grain.

La réserve en manganèse des sols est constituée essentiellement de formes insolubles alors qu’une faible fraction se trouve à l’état soluble et échangeable. Le passage des formes oxydées indisponible vers la forme disponible est avantagé par des phénomènes de réduction comme la présence de matière organique acide ou un sol tassé. En revanche, un pH élevé ou un sol très aéré peuvent engendrer un passage vers la forme insoluble.

Diverses études ont prouvé l’efficacité du manganèse dans la lutte contre les maladies du blé. Cet oligoélément a un effet inhibiteur direct sur le développement fongique, en particulier dans la prévention de l’oïdium, du piétin verse et échaudage, des rouilles ainsi que de la rhyncosporiose. Il est aussi impliqué dans la production de lignine et de subérine, qui augmentent la résistance des cellules végétales face aux infections.

La carence en manganèse peut s’apparenter aux dommages causés par les applications de désherbants racinaires. Les membres de l’entreprise CTR estiment qu’il ne s’agit pas d’une confusion. Des analyses foliaires ont montré que le taux de manganèse dans les végétaux chute considérablement à chaque traitement avec un herbicide. Les symptômes peuvent apparaître à tous les stades. Ils se caractérisent par la mort des plantes en fin d’hiver ou au redémarrage de la végétation, ainsi que par un dessèchement brutal des plantes, sauf aux endroits tassés comme les passages de roues. Ce dernier point permet de différencier cette carence d’une rémanence d’herbicides.

Pour prévenir ou corriger un déficit, la fertilisation avec un engrais foliaire s’avère plus efficace. Il est conseillé de réaliser deux pulvérisations de 500 g/ha de manganèse, l’une à l’automne ou à la sortie de l’hiver, l’autre au début de la montaison. Un apport de sulfate de manganèse avant le premier épandage d’azote va permettre de faire redémarrer la culture en valorisant mieux l’engrais.
SM, le 22 janvier 2021

 

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