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Désaisonner les mises bas permet de produire du lait toute l’année


Le désaisonnement s’avère nécessaire pour satisfaire la demande constante en fromages de chèvres frais. Eleveur caprin fribourgeois, Sébastien Berset témoigne de son expérience.


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En Suisse, la majorité des éleveurs caprins professionnels produisent du lait durant une dizaine de mois, de février à novembre. Mais les consommateurs sont friands toute l’année de produits frais à base de lait de chèvres. Pour satisfaire cette demande, des producteurs font le choix de désaisonner une partie de leur troupeau. C’est le cas de Sébastien Berset, agriculteur à Villargiroud (FR), sur les pentes du Mont Gibloux. En association avec son père Patrice, il gère une exploitation de 27 ha en zone de collines. Le troupeau compte quelque 270 chamoisées, qui produisent annuellement 230 000 kg de lait.

Alors que les chèvres mettent naturellement bas en février, Sébastien Berset a divisé son troupeau en deux groupes. Le premier suit le cycle annuel naturel, l’autre met bas en octobre. Pour ce faire, celui qui est aussi membre du comité de l’Association romande des producteurs caprins applique un traitement lumineux.

Condition imposée par l’acheteur
La majeure partie de ce lait (195 000 kg) est livrée à la fromagerie Moléson SA, située à Orsonnens, à 3 minutes de l’exploitation, le reste étant coulé à la fromagerie de l’Institut agricole de l’Etat de Fribourg, à Grangeneuve. «L’accord que j’ai passé avec la fromagerie Moléson m’oblige à livrer du lait toute l’année», explique Sébastien Berset. Le prix de base payé par cet acheteur est fixé à 1,30 fr./kg de lait. De mars à juin, une déduction de 4 ct/kg est appliquée pour alimenter un fonds spécifique. Ce dernier est divisé en 4 tranches mensuelles qui seront redistribuées durant les mois d’octobre à janvier, au prorata du lait livré. Les productions de décembre et janvier sont donc particulièrement intéressantes. «Ce n’est pas une course aux centimes! D’ailleurs les surcoûts induits par les traitements lumineux ne sont pas couverts», tempère Sébastien Berset. «Mais l’intérêt principal pour moi est de maintenir un bon prix de base.» Le Fribourgeois de 32 ans souligne la bonne entente qu’il cultive avec son acheteur: «Avec mes acheteurs, j’entretiens davantage un véritable partenariat qu’une simple relation commerciale».

Autres avantages des lactations longues
Outre le lissage de la production sur l’ensemble de l’année, Sébastien Berset souligne d’autres avantages de désaisonner une partie du troupeau. «Lorsque les mises bas ont toutes lieu en février, cela engendre un pic de travail particulièrement important», explique l’agriculteur. «Il faut aussi de la place dans les bâtiments pour y détenir les cabris.» Avec un désaisonnement, le travail est réparti sur deux périodes distinctes et les besoins en termes de capacité de détention des cabris sont divisés par deux. de plus, les chèvres qui changent de groupe sont traites durant un an et demi sans mettre bas. Cela limite le nombre de cabris qui consomment du lait et dont il faut s’occuper. La mise en valeur de ces cabris s’avère particulièrement difficile au printemps, lorsque tous les cabris des troupeaux non-désaisonnés se retrouvent sur le marché, face à une demande qui reste généralement très faible. L’écoulement est plus facile pour les cabris nés en automne. «En octobre, les cabris sont rares», confirme Sébastien Berset.

Enfin, l’éleveur explique que les lactations longues lui permettent d’économiser ses meilleures chèvres. «Les gestations et les mises bas épuisent les chèvres. Au moment des naissances, les chèvres courent davantage de risques. Il y a les rétentions placentaires, les avortements en fin de gestations et les mises bas difficiles», précise-t-il. «Les chèvres les plus productives sont aussi celles qui ont tendance à être plus fragiles. En leur octroyant des lactations longues, je préserve leur santé et améliore leur longévité.» Ainsi, la sélection annuelle des trente chèvres qui rejoignent le groupe des désaisonnées (lire ci-dessous) s’opère en fonction de leurs performances. «Je les choisis parmi celles qui ont le plus de lait. L’état corporel entre également en ligne de compte. Il faut qu’elles aient suffisamment de réserves.»

Sébastien Berset évoque le cas d’une de ses chèvres, «la mascotte du troupeau». Née en 2009, cette chamoisée a d’abord, durant trois années de suite, donné naissance sans problème à un cabri. Lors de sa 4e mise bas, une césarienne s’est avérée nécessaire, suite à quoi l’éleveur a décidé de la garder en lactation durant près de 2 ans. Il a malheureusement aussi fallu pratiquer une césarienne lors de la 5e naissance. «Ensuite, je l’ai traite pendant quatre ans d’affilée», explique le Fribourgeois. Durant toute cette période, elle a maintenu une performance laitière moyenne de 2,5 à 3 kg de lait par jour. «Pour obtenir un tel résultat, il est nécessaire de maîtriser autant la génétique que l’alimentation (lire ci-dessous)», conclut Sébastien Berset.
Vincent Gremaud, 4 juin 2021
 
 

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LA BONNE GESTION DE LA LUMIÈRE

A l’état naturel, les chaleurs des chèvres ont lieu en automne, lorsque les jours diminuent. «Ces chaleurs sont provoquées par la chute du taux de mélatonine dans le sang», explique Sébastien Berset. «Il est impossible que les chèvres soient en chaleur au printemps ou en été sans que nous les préparions.»

Pour obtenir des mises bas en octobre, les saillies doivent avoir lieu en mai, alors que la longueur des jours augmente. «En trichant avec la lumière, on arrive à les tromper», indique le Fribourgeois.

Concrètement, durant les mois d’hiver, le lot de chèvres désaisonnées est détenu sous un éclairage artificiel pour simuler des jours plus longs, jusqu’à 16 heures par jour au maximum. Dès mars, cette lumière est coupée et ces chèvres sont détenues dans la partie la moins claire de la chèvrerie. Au besoin, un assombrissement est provoqué à l’aide de bâches.

«Mais ce traitement lumineux n’est pas totalement efficace», relève Sébastien Berset. Le taux de réussite des saillies printanières plafonne en effet autour de 80% alors qu’en automne, environ 90% des chèvres mises avec les boucs parviennent à porter. Ainsi, le groupe des désaisonnées aurait tendance à diminuer.

Pour contrer cet effet, l’éleveur choisit chaque année une trentaine de chèvres non-désaisonnées. Il les sépare du reste du groupe avant d’y introduire les boucs. Au moment du tarissement automnal des chèvres devant mettre bas en février, ces chèvres vides rejoignent le groupe des désaisonnées, avec son éclairage artificiel. Ce changement de groupe induit que ces chèvres seront traites durant 17 à 18 mois de suite, jusqu’en août.

Avant le tarissement de décembre, Sébastien Berset procède à un contrôle de gestation. «Je ne taris jamais une chèvre qui ne porte pas», souligne-t-il. «Les chèvres vides qui produisent encore du lait et qui sont suffisamment en forme effectuent une lactation longue pour changer de groupe. Les autres sont abattues, aussi en fonction de la demande en chèvres de réforme.»
VG, 4 juin 2021
 
 
 
 
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L’IMPORTANCE DE L’AFFOURAGEMENT

La maîtrise de l’alimentation est un critère très important pour la réussite des lactations longues. Il s’agit de couvrir les besoins de l’animal, de lui fournir les moyens d’exprimer son potentiel de production, sans provoquer d’acidoses.

Sébastien Berset apporte un soin tout particulier à l’affouragement de ses chèvres laitières. Et cela commence par l’exploitation de sa surface fourragère. Il cultive 3,5 ha de luzerne pure, riche en protéines, et la grande majorité de sa surface herbagère est composée de prairies temporaires. Certaines années, il complète sa production de fourrage de base par l’achat de bouchons de luzerne et/ou de maïs. «En bouchons, la qualité fourragère est meilleure», commente-t-il. Sébastien Berset s’approvisionne en concentrés auprès du moulin de Chénens. La proportion de ces concentrés dans la ration atteint au maximum 10%, ce qui réduit le risque d’acidose et lui permet de toucher la PLVH.

Part de pâture réduite
La pâture des chèvres a l’avantage de favoriser la production laitière, mais augmente la pression parasitaire. La pâture couvre environ 25% de la ration des chèvres de Sébastien Berset. «Les surfaces pâturables autour de la chèvrerie ne font que 4 ha, et la pâture est très exigeante en main-d’œuvre.»

Le Fribourgeois travaille avec un fil avant et un fil arrière. «On déplace les clôtures en moyenne tous les deux jours», relève-t-il. «C’est beaucoup plus de boulot.» D’autant plus que les chèvres forment deux lots distincts. «Lorsque la croissance de l’herbe est forte, les chèvres fréquentent le même parc: un lot pâture le matin, l’autre l’après-midi.»

Durant les deux premières semaines de tarissement, une ration maigre est distribuée afin de réduire la production laitière. «C’est parfois difficile de couper le lait à celles que je taris en août», poursuit Sébastien Berset. «Et celles qui sont désaisonnées perdent un peu en production en hiver, malgré le traitement lumineux. Mais ça remonte ensuite avec l’augmentation des jours.»
VG, 4 juin 2021

 

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