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Cultiver de la noisette d'origine suisse


De jeunes noisetiers ont fait leur apparition sur les parcelles de quelques producteurs vaudois. Le point sur cette nouvelle culture.


Dossier arbo - noisettes


Sous forme de fruit entier, d’huile, de farine, de poudre, de pâte, en chocolaterie ou pâtisserie, la noisette est partout. Principalement importées d’Italie, de France ou de Turquie, les noisettes utilisées en Suisse pourraient, en partie du moins et à certaines conditions, être cultivées sous nos contrées. Quels sont les besoins spécifiques de cette culture? Tour d’horizon sur la base de la bible en la matière: Le noisetier,  un livre édité par le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes français (lire ci-dessous) et les remarques de quelques producteurs suisses. La culture de la noisette indigène est très récente, on manque donc forcément d’expérience. 

   Terrain
Le sol doit permettre aux noisetiers de s’installer rapidement avec un bon ancrage. Ce sont donc la profondeur et l’homogénéité du profil cultural (40-50 cm) qui importent en premier lieu. A l’état naturel, le noisetier pousse dans les sous-bois et les haies.  Il exige de la matière organique et une certaine humidité. Le noisetier est une espèce peu exigeante vis-à-vis du pH du sol.  Il pousse bien dans une gamme allant de 6,2 à 7,8, la valeur la plus favorable étant 6,5-6,6. En raison de la mécanisation du ramassage des noisettes, le terrain doit être pratiquement plat. La plantation exige un décompactage en profondeur et l’adjonction d’éléments minéraux. Une fumure organique suffit dans la majorité des cas.
 
   Pollinisation
La floraison mâle-femelle sur le même plant n’intervient pas au même moment. Le noisetier est anémophile (pollinisé par le vent). Il est important de jongler avec le bon choix des plants pollinisants – pour prolonger la période de fécondation – et leur disposition.
 
   Climat
Le noisetier devient sensible aux gelées printanières après son débourrement. C’est un des grands obstacles à sa culture sous nos latitudes. Dans les jours suivant sa fécondation, le développement de l’amandon est dépendant des températures maximales journalières. Si celles-ci sont inférieures à 21°C pendant au moins trois jours consécutifs, on constate un arrêt de la division cellulaire qui engendre des fruits vides. La bonne alimentation hydrique est un autre des principaux facteurs du développement de l’arbre et  d’un fruit plein. En Suisse, la pose d’un système d’irrigation est fortement conseillée voire indispensable.
 
   Choix des variétés
Deux possibilités s’offrent au arboriculteurs: cultiver de la noisette à huile ou des fruits pour la main. En Suisse, c’est l’option fruits qui paraît clairement la plus intéressante, du moins du point de vue de la vulgarisation. Les plants se trouvent en pépinière, mais, pour l’instant, plutôt à l’étranger. Combiner truffes et noisettes est un projet d’emblée compliqué, les exigences de l’une et l’autre de ces productions étant divergentes. Le choix des plants se fera en fonction de la région, de la qualité du terrain, de l’exposition, de l’ensoleillement, de la qualité, du rendement des plants et des perspectives de commercialisation. Le rendement brut espéré pour une variété à gros fruits est d’environ 3 t/ha. Le marcottage est possible pour les variétés non protégées. Il faut s’assurer de disposer de plants sains car la mise en place des cultures est réalisée pour des années.
 
   Soins
Comme la plantation est pérenne, il est primordial de veiller à sa bonne alimentation. Selon la conduite choisie, le verger nécessite une taille annuelle, le désherbage du rang, la fauche de l’interligne ainsi qu’une fertilisation  et des interventions adaptées. 
 
   Ravageurs
Entre autre punaises, pucerons et acariens, le principal ennemi des noisettes est le balaninus nocum, le balanin de la noisette. Ce charançon de 6 à 9 millimètres gris ou fauve est présent dans toutes les zones de culture en Europe. C’est le ravageur qui crée le plus de dégâts. Les pertes de récoltes sont dues à deux facteurs: 

  • des piqûres sur les jeunes noisettes, au printemps, portes d’entrée pour d’autres maladies comme le botrytis ou le monilia;
  • à fin juillet, des chutes de noisettes perforées d’un petit trou (par lequel les larves s’échappent et tombent à terre), avec des amandons plus ou moins dévorés. Ce sont les fruits à coque fine qui sont les plus touchés. 

Les pertes peuvent atteindre 50% sur de vieux vergers non traités.

   Culture bio
La culture biologique de noisettes est très difficile pour deux raisons principales. Le désherbage du rang avec des moyens mécaniques laisse le sol avec un relief non compatible avec la récolte mécanisée. Ensuite, la gestion du balanin en bio n’est pas encore au point. Le potentiel annuel de présence de ce ravageur expliquerait d’ailleurs les fluctuations de prix de la noisette mondiale. 
 
   Récolte
En automne, à maturité optimale, la noisette tombe toute seule à terre. C’est à ce moment qu’elle doit être récoltée. Le secouage des arbres n’est pas possible. Des machines de récolte sont commercialisées dans les pays voisins, mais,  moyennant une adaptation,  les engins prévus pour les récoltes de noix pourraient être utilisées pour les noisettes.

   Conditionnement
Les noisettes passent par plusieurs étapes pour être préparées à la vente: 

  • nettoyage, tri, lavage et séchage;
  • calibrage des noisettes et des amandins;
  • conservation entières ou décortiquées, sous vide, réfrigérées ou sous température négative. Les noisettes non décortiquées se conservent mieux.

 


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L’expérience de l’association Henchoz-Pittet

«Nous étions partis en France pour découvrir des cultures de noix, expliquent Steve et Patrick Henchoz d’Echallens (VD). Là-bas, les producteurs y associent souvent de la noisette, du coup….» En France, à l’instar de l’Italie et ses buissons, les noisetiers sont menés comme une culture fruitière (gobelet). Les arbres adultes mesurent jusqu’à 3 à 4 mètres et sont taillés de façon à obtenir 4 ou 5 charpentières.

Investissement non négligeable
L’association Henchoz-Pittet plante, depuis 2015, environ 2 hectares par année de variétés de noisettes à gros fruits. Les propriétaires estiment leur investissement, perte de récolte comprise, à 25 000 francs/hectare, sans l’irrigation qu’ils hésitent à poser. Ils ont dû, en sus, équiper des tracteurs légers de pneus gazon car la récolte de noisettes mécanique doit être menée sur des terrains très plats. En plus de l’acquisition de la machine de récolte (voir vidéo), d’occasion, un hangar dédié au conditionnement verra le jour dans quelques mois. Une partie de leur première récolte (400 kg) a été d’ores et déjà commercialisée par la société Swissnoisettes Sàrl, fondée par les Henchoz et Julien Bugnon, de Cottens (VD) qui ont été rejoints par quelques petits producteurs.

Les fruits d’un calibre réduit s’en sont allés rejoindre l’huilerie. En tout, la production de près de 30 hectares de noisetiers vaudois sera commercialisée par la société.
Steve et Patrick Henchoz expliquent avoir rencontré plusieurs embûches. D’abord, la pression de la faune comme le lièvre, le chevreuil ou le castor les a contraint à protéger rigoureusement les plantations avec de l’électricité (3 fils). Ensuite, ils ont bien sûr été confrontés au balanin (lire ci-dessus). «Il faut définir le bon stade pour traiter, ce qui n’est pas facile», explique, dubitatif Patrick Henchoz, le père de Steve. Il y a deux ans, deux tiers de la récolte étaient à jeter. C’est à l’aide de draps posés au sol tous les trois jours qu’ils tentent de compter les insectes: la technique du frappage. «Pas facile de les repérer!» Des pièges autocollants seraient proposés dans le marché, sans grande efficacité, selon les Henchoz.

Savoir bricoler
Quant au gel, cette année, il faudra en évaluer les dégâts. Une taille de conduite des jeunes arbres est bien sûr nécessaire. Il faut aussi ébourgeonner et retirer les rejets. A partir de 8-10 ans de plantation, on peut mécaniser la taille. Un but pour l’association. «A mon avis, pour se lancer, il faut d’abord être bon bricoleur», complète Steve Henchoz, qui profite de sa seconde formation de mécanicien agricole. Il faudra encore contacter quelques acheteurs, car la production ira en augmentant ces prochaines années. Il faut environ 9-10 ans pour atteindre un plein rendement. Swissnoisettes devrait fournir au marché environ 30 à 40 tonnes de noisettes indigènes. 

 
 
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 Le prix du kilo encore à fixer
«Les débouchés pour la noisette sont énormes», explique Jean-Luc Bovey, directeur du Moulin de Severy (VD). Par contre, selon lui, la production suisse serait exclusivement destinée à un marché de niche.Le Moulin de Severy transforme 10 tonnes de cerneaux (20 tonnes de noisettes entières) pour la plupart non indigènes en huile destinée à la gastronomie. A quel prix achètera-t-il les noisettes suisses? «La production est nouvelle, il doit encore être fixé.» Pour une utilisation optimale, les noisettes parviennent sèches chez le transformateur. Elles doivent avoir été conservées dans de bonnes conditions, «ce qui représente un coût énergétique non négligeable dont il faudra tenir compte», poursuit Jean-Luc Bovey.

Un marché bel et bien existant
Si le marché de la noisette est si vaste, faut-il encourager de nouveaux producteurs? «Selon moi, les plantations récentes vaudoises vont déjà combler la demande», rajoute le directeur du moulin qui va investir dans une machine à casser les noisettes, «un service offert aux producteurs». Coop et Migros auraient pourtant manifesté leur intérêt pour les gros fruits Dicifood conditionnés par Julien Bugnon (lire ci-contre). «Ils sont toutefois mis en vente aux côtés de produits fortement concurrents», commente ce producteur. Les noisettes vaudoises ont été proposées cette année à l’étal 9,90 francs pour 400 grammes. «Mais ce prix va baisser en fonction de l’offre.» Selon Julien Bugnon, une cinquantaine de petits artisans (chocolatiers, pâtissiers) sont inscrits sur la liste d’attente des acquéreurs potentiels des futures productions. 
MR, le 1er mai 2020
 

 

 

 

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