Menu
 

Boucler sa ceinture est le seul moyen de rester à l’abri lors d’un retournement


Engager des véhicules agricoles dans la pente nécessite de prendre des mesures techniques et organisationnelles pour prévenir les renversements et, le cas échéant, pour en minimiser les conséquences.


ag07_dossier_1


Même si le nombre d’accidents professionnels mortels qui touchent l’agriculture suisse tend à diminuer au fil des ans, 2018 a connu un pic impressionnant. Cette annus horibilis a vu 46 agriculteurs perdre la vie accidentellement durant leur travail, soit deux fois plus que l’année précédente. Les retournements de véhicules avec écrasement du chauffeur sont la principale cause de cette augmentation des décès. Fort de ce constat, le Service de prévention des accidents dans l’agriculture (SPAA) a organisé, le 31 janvier dernier, une journée de cours sur la conduite en pente. Sur les neuf agriculteurs ou viticulteurs praticiens qui se sont déplacés pour l’occasion à la Cave de la Madeleine, à Vétroz (VS), cinq ont indiqué avoir déjà dû faire face à un retournement de tracteur, de chargeur compact ou de chenillette. «Le but du cours est aussi d’apprendre des incidents des autres», a relevé Jean-Luc Jaton, collaborateur du SPAA.

Equipements
Le risque de renversement doit être considéré lors de chaque engagement d’un véhicule agricole. La déclivité influence naturellement le choix des machines à utiliser. Mais le plat n’est pas pour autant garant de sécurité, notamment pour les travaux effectués avec un chargeur compact. «Ces engins cumulent les désavantages d’être étroits, articulés, et d’avoir un centre de gravité élevé lorsqu’ils manipulent de lourdes charges en hauteur», commente Jean-Luc Jaton. Mais le spécialiste insiste sur le fait que chaque machine a ses propres limites: «Nous avons même vu des Terratrac se retourner!»

La stabilité d’un véhicule peut être améliorée en équipant ce dernier de roues jumelées ou d’un contrepoids (lire ci-dessous). L’équipement de base pour se préserver des conséquences d’un retournement consiste en un arceau de sécurité – ou une cabine homologuée – qui garantit un espace de vie au chauffeur, couplé à une ceinture. Seuls les nouveaux tracteurs immatriculés depuis 2018 doivent obligatoirement être équipés d’un dispositif de maintien du conducteur. Mais il est facile de monter une ceinture de sécurité sur les un siège qui en est dépourvu.

Les systèmes autobloquants des ceintures ont malheureusement tendance à resserrer ces dernières sur le conducteur à chaque soubresaut, ce qui rend leur utilisation dans la pratique agricole relativement désagréable. «Pour l’heure, encore aucun système n’est vraiment parfait», reconnaît le spécialiste en sécurité. «Mais ces désagréments peuvent vous sauver la vie!» Le SPAA propose depuis l’automne dernier un modèle de ceinture nommé Springbelt, qui oblige le conducteur à boucler sa ceinture pour manipuler les commandes sur sa droite sans gêne.
 

Facteurs humains
Le meilleur équipement du monde ne sert à rien s’il n’est pas utilisé. Le SPAA milite pour que le bouclage de la ceinture devienne un automatisme non seulement en voiture, mais aussi sur les engins agricoles. A noter que le port de la ceinture est obligatoire sur la route dès 25 km/h, pour autant que le véhicule en soit équipé.

Le chauffeur doit aussi adapter sa conduite aux conditions. Les sols très secs ou très humides augmentent les ris­ques. Lors d’épandage dans les pentes, il convient de de pas rouler sur les parties souillées de lisier ou de fumier. La traction doit être enclenchée et il faut à tout prix éviter les à-coups, par exemple lors du relevage d’un andaineur. Les virages et les manœuvres en tournières doivent faire l’objet d’une attention particulière.

L’expérience et la connaissance de la machine sont des facteurs qui diminuent les risques. Les employés doivent donc être formés convenablement avant de leur demander d’effectuer des travaux en pente.

Enfin, Jean-Luc Jaton relève que les incidents provoqués l’inattention du conducteur et impliquant l’utilisation de téléphones portables connaissent une augmentation inquiétante!
Vincent Gremaud, 15 février 2019

_______________________________________
ATTENTION À LA RÉPARTITION DU POIDS

La stabilité d’un véhicule dépend de différents facteurs. Selon les lois de la physique, pour qu’un objet se renverse, il suffit que la résultante des forces qu’il subit se retrouve à l’extérieur de la base sur laquelle il repose. Sur un véhicule, cette assise est définie par les empreintes au sol des quatre roues. «Contrairement aux engins spécialisés pour les travaux en pente, la plupart des tracteurs agricoles sont équipés d’un essieu pendulaire à l’avant, ce qui rend leur stabilité comparable à celle d’un tricycle!», explique Jean-Luc Jaton, collaborateur du Service de prévention des accidents dans l’agriculture (SPAA).

Lorsqu’un outil porté est accroché à l’avant du tracteur, le centre de gravité de l’ensemble est avancé, ce qui augmente le risque de renversement. Raison pour laquelle, il est très important d’accrocher un contrepoids à l’arrière, pour ramener le centre de gravité le plus en retrait possible.

Pour renforcer la stabilité, il est aussi envisageable d’élargir la base en recourant à des pneumatiques larges, ou à des roues jumelées. Le gonflage a aussi son importance. «Les pneus à basse pression ne sont pas forcément les plus adaptés à la pente», relève le collaborateur du SPAA.

Hauteur du centre de gravité
Plus le centre de gravité du véhicule est bas, plus le risque de renversement est faible. Pour pouvoir effectuer leurs divers travaux, les tracteurs agricoles ont généralement des gardes au sol relativement importantes, ce qui en fait de parfaits candidats au renversement. L’utilisation d’un outil porté ou d’un chargeur frontal augmente aussi l’instabilité du véhicule. D’une manière générale, l’outil porté ne doit pas se trouver en aval dans une pente. Certains pneus peuvent être remplis avec de l’eau pour abaisser le centre de gravité.

En dynamique, il faut aussi tenir compte de la force centrifuge. Ainsi, il n’est pas rare de voir un tracteur se renverser dans un giratoire ou dans une courbe. Cette tendance est renforcée lorsqu’une remorque est tractée et «pousse» le véhicule vers l’extérieur.
VG, 15 février 2019

_______________________________________
DE LA THÉORIE À LA PRATIQUE

Après une matinée en salle, les participants au cours dispensé par le Service de prévention des accidents dans l’agriculture (SPAA) ont investi, durant l’après-midi, le hangar à machines de la Cave de la Madeleine.

Comme plus de 10 000 personnes avant eux, ils ont pu monter dans la cabine de simulation de renversement mise au point par le SPAA. Cette dernière permet d’éprouver les sensations d’un début de basculement. «Ainsi, l’utilisateur remarque la nécessité de la ceinture de sécurité pour rester dans l’habitacle», explique Jean-Luc Jaton. «La cabine permet aussi aux agriculteurs de jauger la pente en fonction de l’inclinaison de la cabine. Un chauffeur qui sous-estime la déclivité peut amener son engin au-delà de ses capacités.»
 

Comportement adéquat
Naturellement, il convient de tout mettre en œuvre pour éviter que le véhicule ne se renverse. Néanmoins, il faut aussi connaître les bons gestes à adopter lorsque l’on remarque que l’engin commence à basculer. Et selon les personnes qui ont déjà vécu pareille mésaventure, «même si le mouvement s’amorce lentement, l’emballement est extrêmement rapide!» L’objectif doit être de rester à tout prix dans l’espace de vie déterminé par l’arceau de sécurité ou la cabine. Beaucoup pensent qu’ils seraient capables de sauter du véhicule vers l’amont pour éviter de se retrouver écrasés. «C’est ce que mon père a tenté de faire lorsque son engin s’est renversé», témoigne un participant. «Mais c’est absolument impossible! Il s’est retrouvé en aval. Heureusement, il a eu beaucoup de chance.» Le bon réflexe dans ces cas-là: s’enfoncer dans son siège en poussant sur ses pieds et s’accrocher fortement au volant ou aux montants de la cabine. «Mais pas aux vitres, car elles se brisent rapidement», relève Jean-Luc Jaton.

Avant de s’engager dans les pentes, il convient de débarquer les éventuels passagers, qui resteront en dessus du véhicule. Enfin, il faut éviter tout objet susceptible de voler dans la cabine qui se retourne.
VG, 15 février 2019

 

E-Paper & Archives

Cette semaine dans Agri

 

Prix du marché

Chaque semaine, suivez l'évolution des prix du marché de la viande, en conventionnel ou sous label: bovins, porcs, ovins. Consultez aussi les prix de la vente directe, des marchés surveillés et de Proviande.

Conseil de saison

 

Le conseil de saison est accessible, pour les abonnés, dès le mercredi précédant la parution.

Voyages

Croisière en Hollande

 

Du 19 au 26 juin. Goûter les charmes d'une croisière sur l'Ijsselmeer, dans l'un des plus grands lacs des Pays-Bas.

Pour en savoir plus...


Agri - Hebdomadaire professionnel agricole de la Suisse Romande
Site web réalisé par www.webexpert.ch

Actualités

Cette semaine

Dossiers

Prix du marché

Photos

Vidéos

Archives

Voyages

A table

Boutique