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Des clôtures impossibles à installer pour les élevages de porcs en plein air


Une des mesures préventives proposées aux éleveurs, dans la perspective de l’arrivée de la peste porcine africaine (PPA), est la construction de clôtures. Mais sur les exploitations plein air, la démarche est tout simplement irréalisable.


Dossier no 17 - 2022


«Impossible.» Alfred Burri ne peut être plus clair. Prévenir la peste porcine africaine (PPA) sur l’exploitation de la prison de Witzwil, à Gampelen (BE), par la construction de clôtures de protection est inimaginable. Pourquoi? L’ensemble de la production porcine du lieu – en ce moment, près de 800 porcs, truies et jeunes compris, qui seront ramenés, durant l’année, à 500 à 600 têtes – est élevé intégralement en plein air.
 
Avec un espace nécessaire de 200 m2 par porc d’engraissement et de 400 m2 par truie, l’exploitation consacre environ 10 à 15 hectares à cet élevage particulier, déplacé dans son entier tous les six mois. Il n’est donc tout simplement pas envisageable d’installer du matériel pérenne sur une si grande surface.

Plusieurs facteurs de risque
On le sait, la PPA peut se transmettre, entre autres, par contact direct avec des sangliers contaminés. A Witzwil, justement, les sangliers sont nombreux. D’ailleurs, un mâle infecté par Mycoplasma hyopneumonia a été retrouvé, il y a peu, parmi le troupeau. C’est la deuxième fois, en l’espace de 10 ans, que l’exploitation doit se plier aux mesures sanitaires imposées pour la pneumonie enzootique.

Si élever les porcs en plein air limite, par exemple, les problèmes de rongeurs, d’autres défis sont à relever en regard à d’éventuelles contaminations. Ainsi renards et corneilles, par exemple, s’attaquent non seulement à la nourriture mais aussi aux nouveaux-nés, malgré qu’une double clôture, dont un fil électrique à 20 cm du sol, soit posée en permanence autour de l’élevage. «Le problème, c’est qu’en ce moment, l’herbe pousse très vite», commente Alfred Burri. Posée à plus de trois mètres des enclos, cette clôture temporaire mesure un peu plus d’un mètre de haut et a été élevée il y a six mois. «Elle pourrait être rehaussée de 20 cm et surplombée d’un fil électrique. Mais cela ne suffit parfois même pas.» Après l’hiver, la voici abîmée par la neige et la météo. Un renard a aussi été pris en flagrant délit de saut en hauteur. «C’est dire s’il est difficile de protéger à 100% un tel élevage.» Ici, pourtant, le personnel ne manque pas.

Hygiène au top
Sur le site de Witzwil, le concept d’hygiène imposé à l’ensemble des travailleurs exige que les 25 employés et 40 détenus qui œuvrent sur l’ensemble des productions se changent dans des vestiaires équipés de désinfectant. En cas de problème sanitaire, comme c’est le cas en ce moment, une seule personne est assignée à chaque groupe, évitant ainsi le transport de germes. De la viande contaminée par la PPA pourrait-elle atteindre le site? «Les paquets que reçoivent les détenus sont rigoureusement contrôlés. Reste le passage des chauffeurs, certes, mais…», convient le responsable. Les grands espaces où sont détenus les porcs, parfois en bordure de zones de protection de la nature, sont aussi traversés par des chemins pédestres: un risque supplémentaire pour l’exploitation.

Le fumier des porcs, non stocké, est régulièrement enfoui, lors de la remise en culture des parcelles. «On y plante souvent du maïs», précise Alfred Burri. Quant au stockage de l’alimentation, autre point sensible mis en évidence par les instances chargées de la prévention de la PPA, «toutes les céréales sont produites sur les 640 hectares de SAU de l’exploitation et transformées sur place.» Pour ses recettes, l’établissement fait appel à des spécialistes en alimentation.

A l’adresse des porcs d’engraissement, la nourriture est stockée dans des silos de transport d’une tonne, au moulin du site et dispensée une à deux fois par semaine. L’aliment pour les truies gestantes, allaitantes, les porcelets et les verrats est quant à lui distribué au moyen d’un char «fait maison», deux fois par jour, au même titre que l’eau, distribuée dans des auges en béton tapissées de métal. Devant les bassins sont posées des plateformes bétonnées. «Les règles de détention des animaux sont identiques pour nous», souligne le chef d’exploitation qui se voit aujourd’hui contraint de baisser son cheptel pour des raisons de manque de personnel, certes, mais aussi de pression de la protection des animaux et de l’environnement (sol). «L’hiver, il arrive que les cochons pataugent dans la boue, ce qui nous a valu quelques problèmes», partage-t-il.

A Witzwil, plusieurs productions se côtoient. En sus des grandes cultures, essentiellement fourragères, vaches laitières et allaitantes, taureaux d’engraissement et d’élevage, poulains sevrés et chevaux de trait occupent les lieux. Une boucherie et un moulin, ainsi qu’un magasin de vente directe y sont aussi implantés. En cas d’épidémie de peste porcine africaine, ils seront donc nombreux, les secteurs sensibles à surveiller.
 
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Exploitations standards aussi concernées
«L’ensemble des règles de biosécurité, dont la construction de clôtures, concernent toutes les exploitations et non seulement celles avec sorties, répète Rita Lüchinger, de Suisag. Certains exploitants se pensent protégés de la peste porcine africaine, à l’intérieur des bâtiments, mais ce n’est pas le cas.» De nouvelles fiches techniques ont d’ailleurs été traduites en vue de proposer des instructions concrètes aux éleveurs souhaitant prévenir la propagation de l’épidémie par le biais de la construction de clôtures.

Plusieurs jours dans les excréments
Afin d’élever des clôtures efficaces – qui, on le rappelle, ne sont pas obligatoires mais fortement conseillées – Suisag rappelle qu’il faut non seulement isoler le bâtiment, mais également la place de stockage du fumier et sa rampe d’accès (distance avec la clôture: 1 mètre). Comme la nourriture peut s’avérer attrayante pour les animaux sauvages, les silos à fourrage ont aussi été identifiés comme zones à protéger. Pour rappel, le virus de la PPA survit plusieurs jours dans les excréments, l’urine, la salive et les excrétions nasales et se propage essentiellement par contact direct. Pour la sécurité des porcs, les éleveurs doivent donc encore penser à protéger des animaux sauvages tous les intrants, comme la paille, par exemple, parfois stockée dans d’autres bâtiments. Enfin, une rampe de chargement installée dans un endroit totalement clôturé est idéale. Selon Suisag, une clôture ad hoc doit s’élever à 1,20 m au minimum et s’arrimer à des piquets solidement fixés dans le sol, voire bétonnés. Les mailles du grillage seront suffisamment petites pour que les marcassins ne puissent s’y glisser et le treillis doit être ancré au sol. Une seule clôture électrique n’est pas suffisante, même avec plusieurs fils. Elle peut, par contre, rendre d’autres dispositifs plus efficaces.

Néanmoins, si les animaux sauvages sont effectivement vecteurs par contact direct, «la peste porcine africaine semble propagée dans une plus grande mesure par les déplacements humains», complète la spécialiste. Les mesures de biosécurité adressées spécifiquement au personnel ou qui concernent le va-et-vient des camions sont de ce point de vue essentielles.

Le virus survit mal dans le sol
Sur une exploitation telle que celle de Witzwil, l’arrivée de la PPA par une contamination, quelle qu’elle soit, pourrait générer l’application de différentes mesures (lire Agri du 29 octobre 2021, 5 novembre 2021 et du 21 janvier 2022) dont une détention possible sur une surface plus restreinte. Du côté des services vétérinaires, on assure qu’avec un périmètre de sécurité bouclé, le risque de contamination par les sols serait fortement réduit. «Le virus survit surtout dans les carcasses, c’est pour cela qu’un de nos buts est de rechercher et d’éliminer les cadavres.» En outre, une interdiction de récolte pourrait aussi être prononcée à l’égard de cultures qui contribuent au maintien de la population de sangliers. Pour rappel, les mesures sanitaires ne seraient levées que 12 mois après le dernier cas détecté.
 
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Nouvelles vidéos d’information
La peste porcine africaine reste une menace très sérieuse pour la Suisse. Les autorités mettent en garde: ce n’est qu’une question de temps avant qu’elle n’atteigne notre pays.
En cela, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) a publié récemment quatre nouvelles vidéos, dans la foulée de l’exercice grandeur nature NOSOS 21. Ces capsules informent sur l’ensemble du dispositif et résument les mesures mises en œuvre en cas d’arrivée de l’épidémie.

Feu de sécurité
Du côté de Suisag, un questionnaire en ligne, pour l’instant seulement disponible en allemand, propose, par le biais de plus de 120 questions, de recenser les points faibles de son exploitation. «La particularité de cette application, nommée ‹Feu de signalisation des risques de PPA›, est de classer les mesures à prendre en fonction de leurs impacts et priorités», précise Rita Lüchinger, de Suisag. Le logiciel ayant été créé en Allemagne, des démarches de traduction sont en cours. En Suisse, au 7 avril dernier, près de 400 exploitations se sont déjà prêtées au jeu de cet exercice analytique. Enfin, pour faire face à un public peut-être inquiet de l’élaboration de clôtures imposantes, des bâches informatives ont été créées et sont disponibles auprès de Suisag (www.suisag.ch)
 
Les vidéos d'information se trouvent sous ce lien: ici
 



 

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