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Un bon couvert végétal est composé d’un mélange d’espèces bien choisies


La composition des engrais verts qui seront mis en place après les prochaines moissons doit être déterminée en fonction des buts recherchés. Rappel des bonnes pratiques en la matière.


Dossier couverts


Alors que les céréales se développent, il est déjà temps de penser aux couverts végétaux qui seront semés après les moissons et de passer commande pour les semences de ces engrais verts. Pour rappel, les couverts ont plusieurs rôles. Ils limitent les lessivages, l’érosion, le développement des adventices et les repousses. Si on les appelle «engrais verts», c’est parce qu’ils permettent aussi d’enrichir le sol en éléments essentiels et en matière organique. En les protégeant des rayons UV du soleil et en leur servant de nourriture, ils favorisent les bactéries, les champignons (mycorhizes) et la faune du sol.

Diversité d’espèces
A l’origine composés d’une seule espèce, les engrais verts contenant des mélanges se sont peu à peu imposés. Les mélanges assurent une levée et une couverture du sol même si les conditions ne sont pas optimales pour l’une ou l’autre espèce. La pression sur les mauvaises herbes en est augmentée ainsi que la production de biomasse. «Un bon couvert contient au moins 5 espèces et une part importante de légumineuses», insiste Nicolas Courtois, conseiller auprès d’AgriVulg, le service de vulgarisation d’AgriGenève. «Le choix des espèces varie en fonction des contraintes de l’interculture et de la disponibilité en azote.»

AgriVulg vient d’ailleurs de sortir la version 2021 de son Guide des couverts végétaux. Les divers mélanges proposés par les conseillers genevois contiennent d’ailleurs entre 5 et 12 espèces différentes.

Dans le canton de Genève, où très peu de bétail est détenu, les cultivateurs ont un besoin particulièrement important de trouver d’autres solutions pour apporter de la matière organique à leurs sols. «L’utilisation des couverts végétaux composés de diverses espèces s’est bien démocratisée dans notre région», confirme Nicolas Courtois.

Le spécialiste conseille aux néophytes de débuter avec un mélange de base. Celui proposé par AgriVulg contient de la phacélie, du radis chinois, du nyger, du trèfle d’Alexandrie et du fénugrec. «Il s’agit d’un petit mélange de base, qui convient pour chaque interculture», commente Nicolas Courtois. Avec l’abandon des traitements de semences aux néonicotinoïdes, la pression de la jaunisse transmise aux orges et aux blés par les pucerons est beaucoup plus grande. Pour limiter le risque que le couvert serve de réservoir et péjore les résultats des céréales qui suivront, la composition de ce mélange de base a été adaptée. «Cette année, nous avons remplacé l’avoine brésilienne de notre mélange de base par le fénugrec», précise le conseiller agricole.

En progression vers plus de biomasse
Après avoir fait leurs premières armes avec un mélange de base, les agriculteurs sont invités par Nicolas Courtois à se diriger vers des mélanges plus complexes: «Le but est toujours d’obtenir davantage de biomasse». AgriGenève propose ainsi des mélanges gélifs. Avant une légumineuse, il convient de ne pas inclure au couvert des légumineuses sensibles. AgriVulg propose de compléter son mélange de base par du lin, du radis fourrager tardif, du tournesol, du sorgho de l’avoine brésilienne et de la féverole. Avant une céréale de printemps, un maïs ou un tournesol, un mélange de base complété par du la gesse, de la vesce commune, de la féverole, du radis fourrager et du sorgho permet de favoriser, grâce à sa part importante en légumineuses, la disposition de l’azote pour la culture de printemps.

Enfin, il est possible de passer aux mélanges relais, toujours dans le but d’augmenter la biomasse produite. Pour cela, AgriVulg ajoute à ses mélanges gélifs du seigle fourrager ainsi que, pour le mélange prévu avant une céréale, un maïs ou un tournesol, de la vesce velue d’hiver.

Semer tôt
Nicolas Courtois insiste aussi sur l’importance de la date de semis des couverts: «Il faut les semer aussi tôt que possible! Quant à la profondeur de semis, elle doit se situer entre 3 et 5 cm». Divers essais ont pu démontrer que la biomasse produite est d’autant plus importante que les semis ont été réalisés tôt. De plus, les mises en place effectuées juste après la récolte permettent aux graines de bénéficier de l’humidité résiduelle des sols.
Vincent Gremaud, 14 mai 2021

INFOS UTILES
Fiches techniques 15.13 à 15.19 d’Agridea.
Guide des couverts végétaux 2021 d’AgriVulg.


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REPÈRES
COMMANDEMENTS À RESPECTER
 
Dans son Guide des couverts végétaux 2021, AgriVulg énumère onze commandements à suivre pour réussir ses engrais verts.

• Répartir ou exporter les menues pailles.
• Gérer les pailles, en adaptant la hauteur de fauche au type de semis.
• Choisir les espèces selon les intercultures et de la disponibilité en azote.
• Mélanger autant que possible les espèces.
• Semer tôt.
• Semer profond en limitant le travail du sol afin d’éviter l’assèchement et la mise en germination des mauvaises herbes.
• Rouler pour favoriser la levée.
• Semer les couverts dans des champs propres.
• Appliquer un antilima­ces si besoin. Surveiller rapidement et attentivement la levée.
• Fertiliser après le semis avec 20 à 30 unités.
• Détruire à pleine floraison au plus tard, pour optimiser le rapport C/N et éviter les montées à graines. 
VG, 14 mai 2021

 
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PARFOIS DÉCRIÉE, LA PHACÉLIE NE NUIT PAS AUX ABEILLES
Originaire d’Amérique du Nord et du Mexique, la phacélie a été introduite en Europe il y a près de 200 ans. Ses propriétés ont fait d’elle l’une des premières espèces utilisées comme engrais vert. Levant facilement, cette plante couvre rapidement le terrain, structure le sol avec ses racines, développe une biomasse intéressante. Bon marché, cette plante aux inflorescences bleu lavande attire les auxiliaires tels que les syrphides, les carabes, les bombyles ou les aphelinidae qui se nourrissent de pucerons.

Excellente plante mellifère, la phacélie attire également les abeilles. Et si cette caractéristique semble positive, elle est régulièrement décriée par certains apiculteurs qui l’accusent d’être, en partie du moins, responsable de la hausse des pertes de colonies qu’ils déplorent hiver après hiver. Selon eux, le butinage tardif d’engrais vert pourrait épuiser prématurément les abeilles avant la saison froide et participer au dépeuplement des colonies d’abeilles durant l’hiver.

En effet, les graines contenues dans les couverts végétaux sont semées après les moissons et fleurissent en automne, bien plus tardivement que les phacélies présentes à l’état naturel.

Lorsque les conditions météorologiques le permettent, les abeilles butinent en grands nombres ces couverts végétaux et récoltent du nectar et du pollen de phacélie. Cette situation est nouvelle car par le passé seule la floraison du lierre pouvait régionalement occasionner un butinage intense en fin de saison. A cette période de l’année la plupart des abeilles encore présentes dans les ruches sont appelées à passer l’hiver pour garantir la reprise de l’activité au retour des beaux jours au printemps suivant.

Etude transfrontalière
Dans le cadre d’un projet Interreg mis sur pied par la Fondation rurale interjurassienne (FRI), le Lycée agricole de Poisy, près d’Annecy (F), et l’Association pour le développement de l’apiculture en Rhône-Alpes (ADARA), un essai a été mené entre 2012 et 2014, avec le soutien de la Station fédérale de recherche agronomique Agroscope de Liebefeld (BE). Sur chacun des trois sites répartis entre le Jura suisse, l’Isère (F) et la Haute-Savoie (F), 30 colonies d’abeilles ont été constituées de manière qu’elles soient le plus homogènes possible. Comme l’essai portait aussi sur l’effet des semences traitées aux néonicotinoïdes, ces colonies ont été réparties à l’automne en trois groupes (de dix ruches) installés en trois zones:
sans culture fleurie dans un rayon de 2 km;
en bordure d’une parcelle où un engrais vert fleuri a été semé après une culture dont la semence n’avait pas été traitée;
et en bordure d’une parcelle où un engrais vert fleuri a été semé après une culture dont la semence avait été traitée.

Dès la floraison des cultures intermédiaires terminée, les colonies étaient reconduites dans le rucher de base. Pendant la période de l’essai, différents paramètres ont été mesurés: quantité et origine botanique du pollen rapporté à la ruche, intensité de vol, mortalité des abeilles au trou de vol, force des colonies avant et après l’hiver, poids des colonies.

Résultats et vidéo
N’ayant pu démontrer aucun effet clair et systématique du butinage tardif des engrais verts en automne sur les abeil­les, les auteurs aboutis­sent à la conclusion que cela n’influence pas la capacité d’une ruche à passer l’hiver. Ils estiment qu’il se révèle donc injustifié d’incriminer les couverts végétaux contenant de la phacélie dans le phénomène des pertes hivernales de colonies. Il n’est donc pas conseillé de faucher les couverts en fleurs pour éviter le butinage. Mais les auteurs reconnaissent aussi que ces butinages ne se sont révélés bénéfiques pour les colonies que dans de rares cas et à un faible niveau. Un film à visionner sur Youtube vulgarise les résultats de leur étude.
VG, 14 mai 2021


 

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