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«Les défis actuels concernent le prix du bois et le changement climatique»


L’Association des propriétaires forestiers ForêtSuisse a célébré ses 100 ans d’existence. L’occasion de retracer l’histoire avec DANIEL FÄSSLER, le président. La pression sur les prix et l’instabilité sont des problématiques de longue date.


AG31 Dossier Forêt SD


Quel a été le déclencheur, il y a 100 ans, pour créer l’association ForêtSuisse?
En 1918, à la fin de la Première Guerre mondiale, l’Europe se trouvait à genoux. Les prix, dans leur ensemble, étaient à la baisse. L’expérience de la guerre et de la crise avait renforcé l’esprit fédérateur et le sens du service public, un terreau fertile à la mise en route de nombreuses associations nationales. C’est ainsi qu’est né l’Office forestier central en 1919. Comme il fallait un bras politique pour représenter les intérêts des propriétaires forestiers, la création de l’Association suisse d’économie forestière a suivi en 1921. Elle visait notamment à contrebalancer l’influence des autres branches de la filière de transformation du bois, déjà bien organisées.

A quels défis étaient confrontés les propriétaires forestiers de l’époque?
Ils étaient nombreux. Le premier test majeur fut assurément la crise de 1929 et la grande dépression mondiale qui suivit. Au début des années 1930, le chômage a augmenté inexorablement, de même que le nombre d’exploitations forestières déficitaires. Durant cette période de détresse, les prises de pouvoir d’Hitler et Mussolini puis le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale créèrent un contexte d’instabilité politique et économique. En 1936, au plus fort de la crise, le revenu net des forêts publiques s’est abaissé à 16 millions de francs. En comparaison, de 1925 à 1929, cette moyenne s’élevait à 35,5 millions.

Quels ont été les principaux changements dans les forêts et au niveau de l’implication de ForêtSuisse en 100 ans?
Le premier grand chamboulement est intervenu avec la Seconde Guerre mondiale. La forêt est alors devenue partie intégrante de l’approvisionnement stratégique du pays. Déjà durant la première année de guerre, 600 000 stères de bois de feu ont été mis à disposition. D’autre part, 12 000 hectares de forêt ont été défrichés pour mettre en place des cultures dans le cadre de la «bataille des champs» visant à assurer l’autoapprovisionnement alimentaire. C’est en 1945 et 1946 que la forêt a été le plus mise à contribution en raison de la pénurie de matières premières et d’énergie qui sévissait dans toute l’Europe. Sur ces deux années, 6 millions de mètres cubes de bois ont été abattus dans la forêt suisse pour couvrir la demande en bois de chauffage, pour l’alimentation des gazogènes et la production de papier. En ce temps-là, ForêtSuisse a collaboré étroitement avec la Confédération, en formant du personnel forestier et en approvisionnant l’armée et l’économie. Elle a aussi participé au développement technique des fourneaux, afin de limiter leur consommation en bois pour le chauffage et la cuisson.

Le deuxième point à évoquer est la «mort des forêts», qui a occupé le devant de la scène au début des années 1980 et qui a aussi impliqué notre association. Le 21 février 1984 à Berne, une assemblée extraordinaire de nos délégués a exigé des mesures légales rapides. Par un arrêté urgent, les Chambres fédérales ont voté un crédit de 150 millions de francs sur cinq ans. Dans le même temps, une révision totale de la loi a été initiée. Le résultat est la Loi fédérale sur les forêts, entrée en vigueur le 1er janvier 1993 en remplacement de la Loi sur la police des forêts de 1902.

Quels autres éléments perturbateurs ont compliqué la gestion des forêts?
L’ouragan «Lothar» du 26 décembre 1999 est un autre fait marquant. Les vents ont atteint des pointes de 272 km/h et ont mis à terre 13 millions de mètres cubes de bois dans tout le pays. Des forêts complètes, entretenues et soignées par des générations de forestiers se sont effondrées sous leurs yeux. L’incident a aussi provoqué la mort de 14 personnes. La surabondance de bois qui a suivi a eu des conséquences qui se font encore sentir aujourd’hui sur le marché. Le prix à la production n’a cessé de chuter et ne s’est jamais redressé, alors que les coûts de la main-d’œuvre ont augmenté. En bien des lieux, il n’est plus possible de couvrir les coûts d’exploitation, ou alors seulement à coups de contributions publiques.

Il faut aussi relever les changements climatiques. Ils ont un impact majeur sur la forêt suisse, ce qui nécessitera probablement de repenser fondamentalement la sylviculture. Les années 2018 et 2019 ont été marquées par des records de chaleur et surtout de sécheresse. Ces phénomènes ont affaibli les arbres et favorisé les attaques de scolytes. Les gros volumes de bois provenant des coupes forcées ont encore accentué la dégringolade des prix à la production.

Aujourd’hui, quels sont les défis et besoins des propriétaires forestiers?
Plusieurs facteurs mettent présentement les propriétaires de forêts sous pression. La pandémie liée au Covid-19 a entraîné une augmentation considérable de l’utilisation récréative de la forêt mais cela n’a pas généré de rentrées supplémentaires pour ses propriétaires. Les principaux défis auxquels doivent faire face ces derniers concernent le prix du bois et le changement climatique.
 
Quelles sont vos attentes pour les forêts suisses?
Le marché du bois reste un problème majeur puisque le contexte suisse a manifestement perdu tout aplomb. Alors que les propriétaires forestiers de notre pays doivent se contenter de rémunérations très faibles, les grumes, les sciages et les produits à base de bois atteignent des sommes record sur le marché international. Certes, une augmentation est intervenue au premier semestre 2021, mais sans conduire à un niveau satisfaisant à long terme. J’attends donc une hausse substantielle des prix des grumes en Suisse. En outre, les services que la forêt fournit actuellement à titre gratuit doivent être valorisés, c’est-à-dire rémunérés. Il s’agit, par exemple, de la fonction récréative, du captage et du stockage du CO2, de la prestation pour le stockage et la purification de l’eau. Il ne faut pas oublier que 42% de l’eau potable de Suisse est stockée et purifiée dans les forêts.

Et vos attentes pour les propriétaires, notamment après cette période de crise?
J’attends avant tout qu’ils puissent à nouveau toucher une rétribution adéquate pour leur bois. Les grumes doivent être payées à leur juste prix, qui permet une exploitation rentable de la forêt. Concrètement, les prix doivent couvrir les coûts de production et suffire aussi à financer les investissements. La volonté politique est là car la matière première qu’est le bois suisse présente plusieurs avantages (elle renforce la filière locale de valeur ajoutée et elle est durable dans tous les sens du terme). Et la demande de la part du secteur de la construction est susceptible de se maintenir, il est donc réaliste d’espérer une rémunération décente des bois bruts. Les producteurs doivent pouvoir compter sur une certaine stabilité et prévisibilité. C’est la raison pour laquelle j’ai lancé en juin au Conseil des Etats l’initiative parlementaire «Faire des recommandations de prix également pour le bois de forêts suisses». Elle vise à créer la base juridique autorisant l’établissement de prix indicatifs pour les grumes, le bois d’industrie et le bois-énergie.

D’autre part, le changement climatique nous place, propriétaires forestiers, face à un défi que nous devons relever en agissant pour que la forêt puisse continuer à répondre aux besoins futurs de la société. Cela ne peut se faire que solidairement. A cette fin, ForêtSuisse s’est lancée dans une démarche active pour coopérer avec les autres secteurs de la filière forêt-bois, avec les organismes de formation, avec les instituts de recherches en Suisse. Je suis convaincu que si nous les relevons tous ensemble, nous parviendrons à maîtriser les défis que nous réserve l’avenir.

Dates clés
1921 Création de l’Association suisse d’économie forestière, suite à la fondation de l’Office forestier central (1919).
1939 Pendant la Seconde Guerre mondiale, le bois fait partie de l’approvisionnement stratégique du pays. En 1942, 12 000 ha sont défrichés pour laisser la place aux cultures.
1949 Création du Fonds d’entraide de la sylviculture et de l’économie du bois.
1983 Premier inventaire forestier national. Il est la base de la politique forestière suisse à ce jour.
2015 Abolition du taux de change minimum franc-euro, avec des conséquences négatives sur le prix du bois brut.
2018 La sécheresse et la chaleur extrêmes de cette année et la suivante favorisent le scolyte qui endommage beaucoup de bois. Le prix reste à un niveau historiquement bas.
2021 Centenaire de ForêtSuisse qui a pris ce nom en 2016. L’association compte environ 250 000 propriétaires.
 
S. Deillon, le 13 août 2021

 

 

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