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Des capteurs fribourgeois qui aident les producteurs à lutter contre le gel


L’entreprise Koalasense commercialise des capteurs connectés qui peuvent guider les agriculteurs dans leur combat contre les gelées printanières.


koala 1


Les koalas sont des animaux qui passent le plus clair de leur temps accrochés dans les arbres. Pour s’économiser, ils dorment énormément, bougent peu et ne sont actifs qu’en cas de nécessité. Comme les capteurs développés par Jacques Grandjean et ses collègues (lire ci-dessous) ont les mêmes propriétés, leurs concepteurs leur ont donné le nom de Koala.

A Charrat (VS), Pierre Dorsaz a acheté trois de ces Koalas pour son domaine de 6 ha de vigne et 2 ha d’abricotiers. Il a placé un boîtier dans chacun de ses deux vergers et un autre dans une parcelle de vigne. «Je lutte contre le gel principalement par aspersion. Les vignes, situées sur les coteaux, n’ont pas forcément d’eau, sans possibilité de lutte. Ce n’est donc pas la peine de les équiper de sondes.»

Placés à la hauteur des premiers fruits, les capteurs mesurent la température sèche (réelle), mais aussi l’hygrométrie, la température humide (calculée en fonction de l’humidité relative) et le point de rosée.

Paramétrage individualisé
En fonction des paramètres programmés, une alerte est envoyée par sms, e-mail et/ou téléphone. «Lorsque les abricotiers sont en fleurs, les dégâts apparaissent dès que la température descend sous les -2,5° C. Mon alarme sonne alors dès 0° C», explique Pierre Dorsaz. «A ce stade, le risque est encore limité et l’aspersion peut s’avérer nocive, en lessivant les pollens.» Lorsque la fleur passe, le gel est néfaste dès que la température est négative. «Je règle alors mon alarme à 1° C.» Cela laisse le temps au Valaisan d’organiser la lutte et de procéder à l’aspersion pour protéger ses vergers.

Pierre Dorsaz n’est pas un féru des nouvelles technologies. Pourtant, il paramètre lui-même ses alarmes, directement depuis son smartphone. «C’est assez intuitif et pas très compliqué», commente-t-il.

Proximité des mesures
Depuis quelques années, l’Interprofession des fruits et légumes du Valais (IFELV) gère le projet Intrantscope, qui envoie aux participants des alertes définies à partir des données recueillies par un réseau de stations météorologiques couvrant la plaine du Rhône et une partie du coteau. «Je suis aussi abonné à Intrantscope», indique Pierre Dorsaz. «Mais les données peuvent être faussées lorsque l’exploitant d’une parcelle qui abrite une sonde commence à lutter contre le gel avec des bougies ou même par aspersion. Avec mes Koalas, les données proviennent de mes propres parcelles et je sais quand elles sont influencées par mes actions.»

Le jeune agriculteur apprécie aussi de recevoir des mesures très régulièrement. «Les capteurs envoient toutes les 10 minutes leurs données. Ce sont presque des mesures en temps réel, même si, avec la tension des nuits sensibles, dix minutes peuvent paraître très longues.» Avant d’acquérir ses Koalas, Pierre Dorsaz se déplaçait d’une parcelle à l’autre avec un thermomètre à la main, durant les nuits à risque. «Les Koalas sont très pratiques! Non seulement ils m’avertissent par des alarmes, mais ils me permettent aussi de suivre l’évolution de la situation dans mes parcelles.»

Efficacité reconnue
En 2017, alors qu’il participait au projet pilote avec les premiers Koalas, Pierre Dorsaz estime que sa récolte a pu être sauvée en grande partie grâce à ses Koalas. «Une nuit, alors qu’aucune annonce de gel n’avait été émise, les températures sont descendues bien plus bas que prévu. Très peu de producteurs ont mis en œuvre des moyens de lutte cette nuit-là. Averti par mes capteurs, j’ai pu agir et protéger mes abricotiers.»

Mais cette année, les Koalas n’ont pas suffi face à l’ampleur du gel. «Je me suis levé une quinzaine de nuits», raconte Pierre Dorsaz. «J’ai beau avoir lutté avec tous mes moyens, le gel était trop extrême. Je n’ai pas pu éviter la perte d’environ 85% de ma production d’abricots. La vigne a aussi été en partie touchée.»

Avec l’abricot, Pierre Dorsaz a misé sur une culture dégageant une marge brute à l’hectare intéressante, mais particulièrement sensible aux gelées nocturnes. Le producteur compte sur ses capteurs pour l’aider à minimiser les dégâts de ces gels printaniers. «Ces dernières années, il me semble que leur fréquence est en nette augmentation.»
Vincent Gremaud, 25 juin 2021


SUR LE WEB


 
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 « A CE JOUR, IL Y A UNE CENTAINE DE KOALAS EN SUISSE »
Interview
JACQUES GRANDJEAN
Cofondateur de l’entreprise Koalasense


> Pour quelles raisons vous êtes-vous lancés dans la conception de capteurs à usage agricole et quel est l’historique de votre société?
Mon beau-père est un vi­ticulteur arboriculteur valaisan. Les nuits de gel printanier, je le voyais sillonner ses parcelles avec un thermomètre à la main. En tant qu’ingénieur en électronique, je me suis dit qu’il devait être possible de l’aider. En 2017, nous avons mis en place un projet pilote avec 40 capteurs dans le Bas-Valais. Cet essai s’étant avéré concluant, nous avons fondé notre start-up, avec mon collègue Nicolas Gugger, l’année suivante. Aujourd’hui, nous avons été rejoints par Stéphane Biolley et Gaétan Collaud, deux ingénieurs en développement logiciel. Nous avons préféré partir prudemment et nous avons tous un autre emploi en dehors de Koalasense.

> Comment fonctionnent vos appareils?
Il s’agit de capteurs qui mesurent la température et l’humidité de l’air. Nous achetons les composants et réalisons le montage et les tests nous-mêmes. Les Koalas communiquent via le réseau sans fil LoRa de Swisscom, qui offre une excellente couverture dans toute la Suisse. En utilisant ce réseau basse consommation, les appareils ont une autonomie de deux à quatre ans avec trois simples piles AA. Mais le LoRa limite la fréquence d’envoi de données à une communication toutes les dix minutes.

> Combien de Koalas avez-vous déjà vendus?
A ce jour, une centaine d’appareils fonctionnent sur des exploitations agricoles. La moitié d’entre eux a été achetée et les autres sont des capteurs en location. Le Valais compte à lui seul une cinquantaine de Koalas mais on retrouve nos appareils un peu partout en Romandie ou en Suisse alémanique.

> Pour quelles applications concrètes proposez-vous des solutions?
Jusqu’à présent, notre activité s’est concentrée sur les utilisations agricoles (lire ci-contre). Nos Koalas peuvent aider à lutter contre le gel en arboriculture et en viticulture, mais ils donnent également des informations utiles pour gérer l’irrigation des cultures. D’ailleurs environ 25 Koalas sont actifs dans des exploitations maraîchères. Nos capteurs peuvent également servir dans le contrôle des stockages frigorifiques. Il faut noter que le réseau LoRa jouit d’une excellente couverture à l’extérieur, mais pas à l’intérieur. Dans les serres ou les cellules frigorifiques, il est nécessaire de poser une antenne déportée.

> A quel prix un agriculteur peut-il s’équiper?
En général, nos clients arboriculteurs et viticulteurs qui veulent simplement lutter contre les gelées printanières préfèrent partir sur la location. Pour cela, ils paient 350 francs par saison, tout compris. Dès que la période à risque est terminée, ils nous renvoient l’appareil et nous assurons l’entretien pour la saison suivante. Les maraîchers qui utilisent nos appareils durant toute l’année préfèrent les acheter. Il faut aussi compter 350 francs par Koala, ainsi qu’un abonnement de 20 fr./mois pour le premier appareil et 5 fr./mois pour les capteurs supplémentaires. Nos produits bénéficient d’une garantie de deux ans.

> Proposez-vous des formations pour aider vos clients à utiliser correctement et paramétrer leurs appareils?
Non, nous ne mettons sur pied des formations complètes. Les Koalas sont envoyés par poste avec un mode d’emploi détaillé. Dès réception de nos capteurs, nous prenons contact téléphoniquement avec nos clients pour nous assurer qu’ils ont bien pris en main leur appareil et qu’ils savent les paramétrer depuis leur smartphone ou leur ordinateur. En fait, c’est très simple et il n’y a pas de réel besoin de formation. Nos utilisateurs ne sont pas tous des geeks. Le plus âgé d’entre eux a plus de 70 ans et s’en sort parfaitement.

> Vos Koalas vont-ils encore se développer pour offrir davantage de prestations?
Le développement est un processus continu. Les retours que nous recevons de la part de nos clients depuis le terrain nous servent beaucoup. Par rapport aux premières versions, les Koalas d’aujourd’hui donnent par exemple la température humide, particulièrement utile pour ajuster la lutte par aspersion. La durée de l’historique des graphiques a aussi été allongée. Dans le futur, nous espérons pouvoir mesurer l’humectation foliaire ou détecter des maladies comme le mildiou.
Propos recueillis par Vincent Gremaud, 25 juin 2021
 
 

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DES PISTES DE SKI AUX PARCS URBAINS
Même si le secteur agricole représente les trois quarts de l’activité de Koalasense, la société est aussi présente dans d’autres domaines. Ses capteurs connectés sont ainsi déployés depuis quatre ans le long de la piste du Mont-Lachaux, à Crans-Montana, à l’occasion du passage de la Coupe du monde féminine de ski alpin dans la station valaisanne. Les données de température et d’hygrométrie recueillies par les Koalas à quelques centimètres du sol aident les organisateurs à prévoir et planifier les différentes interventions nécessaires à la préparation de la piste. Les Koalas peuvent aussi mesurer la pollution de l’air ou aider les villes à localiser et combattre leurs îlots de chaleur. «Nous cherchons à nous diver­sifier pour développer notre entreprise et mieux répartir la charge en travail sur l’ensemble de l’année», explique Jacques Grandjean.
VG, 25 juin 2021

 

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