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La mise en place des arbres fourragers offre des avantages encore méconnus


Les bovins, ovins et autres caprins apprécient de brouter les feuilles des ligneux. La recherche s’intéresse depuis peu aux vertus des haies fourragères. Les premiers résultats tombent, alors que bien d’autres seront publiés dans les années à venir.


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Quand on évoque la culture fourragère, on pense avant tout aux herbages ainsi qu’au maïs, aux céréales ou au sorgho. Mais les ruminants se nourrissent aussi volontiers de feuillage en provenance de haies, de bosquets ou d’arbres. Jusqu’à peu, la recherche agronomique ne s’était pas vraiment penchée sur les bienfaits de ces apports. Les connaissances des valeurs agronomiques des ligneux en sont à leurs balbutiements. Depuis quelques années, notamment en France, les essais se multiplient pour découvrir les facteurs de réussite de systèmes agrosylvicoles performants.

Une imposante plateforme d’essais
Sur son site de Lusignan, dans le département de la Vienne (F), l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) a planté, en 2014, pas moins de 800 arbres d’une dizaine d’espèces différentes et 1160 pieds de vigne fourragère sur une surface de 9 hectares.

Ces ligneux ont été disposés en rangs espacés de 20 m pour les arbres et de 17 m pour la vigne. Diverses largeurs de rangées ligneuses ainsi que différents espaces entre les arbres sont testés. Cette plateforme d’essai est implantée sur des parcelles en rotation prairies-cultures. Pour permettre aux animaux de les brouter directement les ligneux sont conduits en têtards bas (coupés à 1 m de haut après 6 à 8 ans), ou en taillis (après recépage à l’âge de 4 à 5 ans). Par la suite, l’entretien est assuré exclusivement par les animaux.

L’ensemble de ces lignes boisées doit permettre de préciser les modalités permettant d’insérer des arbres dans les systèmes fourragers, sans négliger les aspects opérationnels en termes de d’efficacité, de coûts et de besoin en main-d’œuvre.

Utilisation des haies et bosquets existants
Sur le site de Lusignan, les quelque 3400 mètres linéaires de haies, les bois anciens et les bosquets existants seront également utilisés dans les essais. L’Inrae a planté plus de 500 ar­bres supplémentaires pour créer environ 1000 mètres de nouvelles haies, créant ainsi une collection de 70 espèces d’arbres, arbustes et lianes.

Valeurs nutritives intéressantes
En attendant que les arbres plantés se soient suffisamment développés pour mener des essais sur les différentes conduites de l’utilisation des surfaces et des ligneux, les chercheurs se sont penchés sur les valeurs nutritives des feuilles de différentes espèces s’adaptant bien au réchauffement climatique, résistant bien au sec, présentant une bonne production foliaire et une importante capacité de repousse.

Les premiers résultats sur la valeur alimentaire des feuilles d’arbres montrent l’existence d’une forte variabilité au sein des échantillons étudiés. Plusieurs espèces présentent un excellent profil tant pour leur valeur protéique que pour leur valeur énergétique.

C’est le cas notamment du mûrier blanc et du frêne commun, deux espèces traditionnellement utilisées dans les systèmes agrosyslvicoles. C’est aussi le cas pour le tilleul, l’aulne de Corse et l’aulne glutineux ainsi que pour un certain nombre de lianes et d’arbustes. D’autres espèces conviendraient également pour alimenter en été et par la pâture, des animaux taris ou aux besoins plus modérés que des animaux en lactation.

Il ressort des études de l’Inrae que la valeur four­ragère de certaines de ces ressources ligneuses pourrait approcher celle de nombreuses espèces fourragères prairiales. Ces espèces cons­tituent donc potentiellement une ressource fourragère mobilisable et intéressante même pour des animaux laitiers lorsque les fourrages traditionnellement pâturés sont moins disponibles en raison de conditions climatiques dé­favorables, notamment en été ou en automne.

Par exemple, le mûrier blanc présente, en été, une teneur en matière azotée totale de 165 g/kg MS pour une digestibilité de plus de 80%. La luzerne analysée lors de l’essai contenait 165 g/kg MS de matière azotée pour une digestibilité de 64,3%. Même si les valeurs de cette luzerne sont relativement modestes – les chercheurs ont relevé un rapport feuilles/tige plutôt faible – il est intéressant de cons­tater que le mûrier blanc tient la comparaison avec cette excellente plante fourragère.

Situation en Suisse

«Dans notre pays, le recours aux haies fourragères s’est peu à peu perdu au fil du temps. Et aujourd’hui, il n’y a plus vraiment d’arbres four­ragers en place», indique Johanna Schoop, ingénieure en environnement travaillant pour le secteur Production végétale et environnement d’Agridea. Le nouveau projet d’utilisation durable des ressources Agroforesterie prévoit de soutenir, via une contribution au mètre linéaire, l’exploitation de haies fourragères. Les détails concernant cette mesure doivent encore être définis. «Nous sommes par exemple en train de mener des discussions pour créer un nouveau code de culture pour ces haies fourragères, afin que les agriculteurs participants au projet puissent les inscrire», explique Johanna Schoop.    
Vincent Gremaud, 3 avril 2020

 

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