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Les arbres de retour dans les vignes de quelques domaines romands


Pratique millénaire, l’association de la vigne et des arbres séduit de plus en plus de vignerons. Exemples à Begnins (VD) et à Plan-Cerisier (VS).


Mûriers à Begnins


Férue d’histoire, la vigneronne de Begnins (VD) Noémie Graff est bien placée pour savoir que le mariage entre les arbres et la vigne ne date pas d’hier. Trois parcelles acquises ces trois dernières années vont lui permettre de remettre au goût du jour ce compagnonnage sous plusieurs formes. Le premier projet qu’elle a présenté lundi, dans le cadre du cours en ligne d’Agridea dédié à la vitiforesterie, a une vocation didactique, compte tenu de la proximité de l’école. Il consiste à mettre en place une structure en hutins, en misant sur des mûriers. Un cépage résistant va remplacer le pinot noir et sept pêchers de vigne seront plantés en intercalaire. 

Le deuxième secteur concerné mettra davantage l’accent sur les aspects agricole et agronomique, sur une surface de 2500 m2. La plantation d’un cépage blanc résistant est envisagée à terme. Deux rangées de six arbres (fruitiers ou non) vont se déployer en bordure du périmètre choisi. Les espèces seront sélectionnées en fonction de plusieurs critères, dont la hauteur, la période de floraison et la couleur des fleurs. 

Une haie arbustive morcelée pourrait par la suite venir s’ajouter à ces différentes essences gages de diversité de cultures et paysagère. 
Sur une autre parcelle, c’est pour des raisons esthétique et sanitaire, étant donné la proximité du voisinage, qu’un développement «vitiforestier» a été imaginé. Il s’agit d’une haie arbustive mellifère pour attirer les abeilles du rucher situé non loin de là et favoriser la biodiversité en général. Des cassissiers, dont les fruits pourront être transformés en liqueur s’accordant parfaitement avec le chasselas, et des plantes du genre rubus, dans l’optique de tester leur capacité à augmenter la teneur en polyphénols du pinot noir du site, compléteront le tableau. 

Des haies arbustives composées d’aubépines, de chèvrefeuilles, de cornouillers mâles et de fusains vont prendre place dans un autre endroit du domaine. «La plantation des grandes espèces sera effectuée cet automne, celle des haies l’année prochaine», a conclu Noémie Graff.
 
Oliviers à l’honneur
A Plan-Cerisier (VS), c’est vers les oliviers que s’est tournée la famille du domaine Florian Besse, il y a plusieurs décennies déjà. «Le plus vieux a été planté en 1995, à l’occasion de la naissance de ma sœur. Au départ, il ne s’agissait pas d’une démarche de vitiforesterie. Ces arbres ont été choisis pour contribuer à la beauté du paysage», a relevé Mélanie Besse, représentante de la quatrième génération. 

Aujourd’hui, l’exploitation de 4,5 hectares non mécanisable regroupe une quarantaine d’oliviers. Une partie d’entre eux forme un verger. Les autres cohabitent avec la vigne. Des arbres isolés (figuiers, amandiers, baguenaudiers, arbousiers, grenadiers, perruquiers) renforcent la diversité.

Mélanie Besse cite plusieurs avantages liés à la présence d’oliviers dans l’interligne. Bien adaptés au climat, ils représentent une concurrence négligeable pour le vignoble, ils supportent les traitements, améliorent la structure du sol et contribuent à une augmentation de la biodiversité. Pour ne rien gâcher, leur cycle de production (taille en avril et récolte des olives en novembre) n’empiète pas sur les périodes de gros travaux dans les vignes. 

Pour ce qui est des inconvénients, ces arbres prennent de la place et ils demandent des efforts d’entretien pour éviter que leur croissance ne prétérite les interventions phytosanitaires effectuées uniquement par drone. Autre paramètre à prendre en considération: il faut savoir s’armer de patience avant la première véritable récolte. Celle-ci aura lieu à la fin de l’automne à Plan -Cerisier et elle devrait s’avérer modeste en raison du gel tardif. 

Le domaine Florian Besse ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, lui qui a lancé cette année un nouveau projet de vitiforesterie, à savoir une vigne en hutins, alliant un cépage résistant à des essences encore à définir. Des herbes aromatiques, à l’image du thym serpolet déjà présent auprès des oliviers, et des légumes, pourraient ajouter une dimension supplémentaire à la démarche. 

D’après les échos du terrain relayés par David Marchand, collaborateur de l’institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL) en charge du conseil et la recherche en viticulture bio, la majorité des vignerons restent toutefois réticents face à ce genre de pratique. «Les arbres sont considérés comme des ennemis qui concurrencent la vigne, lui font de l’ombre, empêchent la mécanisation, attirent les oiseaux ou la drosophile suzukii. Mais les mentalités évoluent chez certains vignerons précurseurs.»
Ludovic Pillonel, 27 août 2021
 
 
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NE PAS SE LANCER DANS UN DIAGNOSTIC PRECIS

«Le bon arbre au bon endroit, installé dans les bonnes conditions et conduit de la bonne manière.» Cette phrase résume le message transmis par Fabien Balaguer, directeur de l’Association française d’agroforesterie, lors de son intervention à l’occasion du cours d’Agridea dédié à la vitiforesterie. 

Alignement d’arbres entre les rangs ou dans le rang, haies champêtres en bordure de parcelle ou rognées au sein même du vignoble, talus végétalisés ou vergers en bas de coteau: les possibilités sont multiples. Quant aux essences, il s’agit de privilégier celles qui, comme la vigne, sont capables d’assurer des symbioses endomycorhiziennes, à savoir les fruitiers et des espèces telles que le peuplier, le cornouiller ou le noisetier. Les arbres au feuillage léger, à même de tamiser la lumière, comme l’alisier, le cormier et l’érable champêtre, ont également la cote.  

Des paramètres tels que la topographie de la parcelle, son exposition au vent et au soleil, la composition de son sol et le contexte climatique auquel elle est soumise détermineront aussi le choix. Pour attirer la plus large palette possible d’auxiliaires, mieux vaut miser sur le nombre et la diversité, sans toutefois tomber dans l’excès. «On assiste parfois aux deux extrêmes: il y a ceux qui sont trop frileux et ne bénéficient pas des effets escomptés et ceux qui plantent trop d’arbres, et croulent sous les travaux d’entretien», observe Fabien Balaguer. 

En termes d’aménagement, il est recommandé de ne pas dépasser, dans l’idéal, un écartement de 100 à 150 mètres entre les lignes mais une distance allant jusqu’à 300 mètres reste acceptable. Quant à la taille souhaitable des parcelles, elle se situe entre 4 et 15 hectares. 

Aucun arbre miracle
«Il n’y a pas d’arbre miracle et il ne faut pas non plus planter pour faire joli», a souligné Fabien Balaguer, expliquant que l’agroforesterie s’inscrivait dans une logique de production de biomasse, de bois d’œuvre ou de fruits à exploiter. Pour donner sa pleine mesure, le concept doit aussi intégrer des paramètres tels que le non travail du sol et l’utilisation de couverts végétaux. 

Afin d’éviter l’effet de surcharge, dans le cadre de projets d’une certaine ampleur, l’intervenant recommande de procéder à la plantation des arbres en plusieurs fois. Et compte tenu des particularités liées à chaque exploitation, il incite les viticulteurs souhaitant franchir le pas à solliciter le conseil de spécialistes et à se renseigner auprès de collègues dotés d’une expérience dans la vitiforesterie. 

Quant à l’impact de l’intégration d’essences végétales sur la productivité de la vigne, le directeur de l’Association française d’agroforesterie l’estime peu significatif. «Certaines années, les arbres permettent de répondre aux aléas climatiques (lire ci-contre). Dans les projets que je connais, leur présence a conduit à une stabilisation des rendements viticoles, sans pic de production ni grosses pertes de récolte.» Il ajoute que l’influence sur la qualité du vin n’a pas pu être clairement établie. «Mais les cuvées qui mettent en avant cette approche se vendent très bien», conclut-il.
Ludovic Pillonel, 27 août 2021

 
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OUTIL FACE A L'EVOLUTION DU CLIMAT

Invité à évaluer le potentiel de la vitiforesterie pour le vignoble suisse, David Marchand, du FiBL, voit dans cette approche une réponse au changement climatique. Le Valais, où 500 à 600 millimètres  de précipitations sont enregistrés en moyenne chaque l’année, contre 800 à 1000 mm dans le reste de la Romandie et en Suisse alémanique, a un profil particulièrement adapté aux développements de la vitiforesterie. 

Plusieurs avantages
L’évolution de cette pratique dans notre pays devra permettre de confirmer les avantages possibles de l’intégration d’arbres dans les vignes. En plus d’assurer la régulation du régime hydrique, ces plantes compagnes peuvent servir de remparts contre les vents problématiques (bise, foehn), garantir un ombrage aux parcelles précoces, protéger les sols et limiter l’action du gel. La gestion de trognes à la rogneuse permet de fournir un apport de matière organique et de carbone frais, garant de la fertilité des sols. Sur le plan pédologique, les autres bénéfices mentionnés par David Marchand sont: un système racinaire décompactant, la stimulation de la vie du sol et une mycorhization en profondeur.  

L’amélioration du paysage et de l’image de la viticulture, ainsi qu’une possible combinaison avec l’éco-pâturage représentent, selon lui, des raisons supplémentaires de donner du crédit à cette pratique marginale à ce jour.
 
Le développement de la vitiforesterie dans les vignobles suisses dépendra toutefois de sa capacité à répondre aux différents besoins des vignerons (rendements conservés, coûts de production supportables, qualité du raisin optimale).
  
Législation en question 
Lors de son intervention, David Marchand a aussi soulevé la problématique des bases légales, qui peuvent constituer un frein pour la vitiforesterie. Qu’en est-il, par exemple, de la possibilité de planter des arbres dans la zone viticole protégée, identifiée comme «la partie de la zone viticole destinée à l’exploitation de la vigne, à l’exclusion de toute autre culture pérenne»? Quid des acquits dans le cadre des grands projets?, s’est notamment demandé le spécialiste.
Ludovic Pillonel, 27 août 2021

 

 

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